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Kiosque arabe



Kiosque arabe
Par Ahmed Hallihalliahmed@hotmail.comChaque fois que des terroristes tuent, au nom de l'Islam, les victimes et complices potentiels réagissent de la pire façon qui soit, en redoublant de religiosité ostentatoire et de dévotions excessives. Quand nos enfants se font égorger, pendant leur service militaire ou après leur libération, et qu'ils sont traités d'ennemis de Dieu, on fait mine de défendre leur mémoire en adoptant la posture de leurs assassins.Oubliant que ce terrorisme a une origine et des causes objectives, nous réclamons plus d'Islam et surtout plus de wahhabisme, sous prétexte de combattre le terrorisme islamiste. Parents de tueurs et parents de victimes, unis par l'ignorance sacrée et la sainte frousse, rivalisent d'ardeur et de rapidité, pour occuper les meilleures places, sous l'étendard de la «foi rénovée». On se confond en prières et en jeûnes surérogatoires, entendus comme autant de pénalités de retard, pour repentirs tardifs ou opportuns. En attendant de tourner une autre page qui effacera le crime et exonérera ses auteurs, en les réintégrant dans une démarche susceptible d'accélérer leur ascension dans la hiérarchie sociale.Comme pour toutes les causes nationales, il faut des sacrifices, et pour consentir davantage, nul n'est mieux indiqué que celui qui a déjà beaucoup donné, surtout si la providence est de la partie, dirait-on.Il est inutile de s'attarder, ici, sur le sort des victimes qui auront le statut de martyrs, plus ou moins voués à l'oubli, ou sur l'avenir confortable de ceux de leurs assassins qui auront survécu aux ratissages. Les pousse-au-crime ' Ils ont certainement le rôle le plus enviable : beaucoup vus, très entendus, et jamais pris, puisque se mouvant dans un univers où l'incitation à la haine peut être assimilée à une marque d'affection. Les auteurs de fatwas mortifères sont si bien lotis qu'ils peuvent, en toute quiétude, ordonner l'assassinat d'une personne, prier sur son catafalque, et consoler la famille endeuillée. On peut les remarquer tout de suite à leurs mains toutes blanches, et même blanchâtres, à force de les avoir lavées comme Ponce Pilate. A une ou deux exceptions près, et notoirement connues, les incitateurs n'envoient jamais leurs enfants en première ligne, puisqu'ils ont une source de recrutement à leur disposition : les parents de terroristes. En public, ces derniers sont de parfaits croyants, nantis d'une ou plusieurs «omras», ou en caressant régulièrement le projet, et ils se montrent à toutes les prières, rétribuées ou non. Ils manifestent aussi publiquement leur hostilité au terrorisme, leur aversion à l'égard du chiisme, et des rites associés, lors des campagnes cycliques commandées par la maison-mère.Lorsqu'ils vivent en pays de mécréance, ou «dar-al-harb», les parents d'enfants à vocation terroriste jouent la surprise effarée lorsqu'un de leurs «poussins» est démasqué ou pris en flagrant délit. Les parents les plus vigilants et les plus suspicieux du monde à l'égard de leurs enfants déclarent, après la condamnation d'usage, qu'ils ne savaient rien des penchants meurtriers de leur fils ou de leur fille de seize ans. Aux Etats-Unis, la famille d'un militaire qui a tué ses cinq compagnons avoue après coup qu'il était dépressif, alors que les autres le décrivaient comme un «Américain normal». Il suffit de regarder sa photo, avec barbe et regard à la Raspoutine, pour se convaincre de la justesse du portrait, et c'est aussi ça l'Amérique ! On détruit un pays, l'Irak, sous prétexte d'éradiquer le terrorisme, et on le fait pousser sur les vertes rives du Tennessee ! L'Amérique, c'est connu, pousse le respect de la liberté religieuse, jusqu'à autoriser les pratiques et les sectes les plus contestables et les plus décriées, par ailleurs. Du côté des alliés saoudiens de Washington, on semble plus conscient du danger, et pour cause, puisque de jeunes Saoudiens se proposent désormais de procéder au rajeunissement du wahhabisme, en faisant allégeance à «l'Etat islamique». Il n'est plus seulement question de combattre Daesh, mais de revoir jusqu'au contenu des enseignements dispensés dans les écoles du pays.Le quotidien saoudien Al-Hayat, paraissant à Londres, critique ainsi ouvertement le système éducatif saoudien en particulier, et celui des pays arabes et musulmans en général, trop marqué religieusement.Pour renforcer la légitimité politique des régimes en place, on a introduit dans les programmes scolaires l'éducation et la pratique religieuses, mais avec un autre résultat. On a donc formé, sur le long terme, des générations déformées de pratiquants ostentatoires qui ont perdu le sens de la patrie et de la citoyenneté. On peut dire que la majorité des actes commis par Daesh sur le terrain sont le résultat d'un enseignement théorique inculqué, d'une façon ou d'une autre, à nos élèves.Avec sans doute moins de violence, cet enseignement pousse l'élève à se considérer comme un être supérieur, au-dessus des autres, par le simple fait d'être croyant. Ce qui incite à croire que l'on est ainsi le seul à être digne de vivre à l'exclusion de tous les autres, affirme encore Al-Hayat qui rappelle que le nazisme allemand et l'impérialisme japonais professaient pratiquement la même doctrine. Ce point de vue n'est pas nécessairement celui des théologiens conservateurs et réactionnaires saoudiens, mais il montre qu'il y a quand même des voix divergentes qui sont autant de motifs d'espoir. De l'espoir pour l'Arabie Saoudite, bien sûr, parce que le message risque de mettre plus longtemps avant de nous être remis, car les exaltés qui ont pignon et minaret sur rue bloquent ceux qui ne correspondent pas à leur vision. Ils leur substituent des appels au meurtre, comme on a pu en voir le cruel résultat ces derniers jours. L'heure n'est plus seulement à la traque des assassins, il faut aussi déclarer la chasse ouverte aux théoriciens et commanditaires du terrorisme.


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