Un accord énergétique qui change la donne.L'Union européenne s'est engagée à acheter pour 750 milliards de dollars de gaz et de pétrole américains sur dix ans.
Présenté comme une garantie de sécurité énergétique, ce partenariat place en réalité l'Europe dans une dépendance structurelle vis-à-vis deWashington. «Si vous n'avez plus le choix sur l'énergie, vous sortez de l'histoire pour un moment » Emmanuel Macron, 2024.
En verrouillant son approvisionnement énergétique aux États-Unis, l'UE sacrifie son ambition d'autonomie stratégique. Après la dépendance militaire à l'OTAN et la vulnérabilité technologique, l'énergie devient le troisième pilier de l'intégration dans le bloc atlantiste.
Moscou bascule vers l'Est Avant 2022, la Russie livrait 155 milliards de m³ de gaz et 2,2 millions de barils/jour de pétrole à l'Europe. Aujourd'hui, ces flux sont redirigés vers la Chine : 110 milliards de m³ et 2 millions de barils/jour en 2023. Ce réalignement énergétique accompagne un virage stratégique avec Pékin et les BRICS.
La Chine, pivot d'un contre bloc Pékin, devenu le premier partenaire commercial du Sud global, absorbe la production énergétique russe et développe des filières souveraines dans les énergies renouvelables. L'alliance énergétique et technologique sino russe devient le cÅ“ur du pôle eurasiatique face au bloc américano européen.
Flux énergétiques et commerciaux clés UE–USA : 750 Md $ de gaz et pétrole sur 10 ans, plus de 1300 Md $/an de commerce global. UE–Russie (avant 2022) : 155 Gm³ de gaz/an et 2,2 Mbj de pétrole pour 250 Md $/an. Russie–Chine : 110 Gm³ de gaz/an et 2 Mbj de pétrole, pour 240 Md $ (2023). Chine–Sud global : échanges en pétrole, lithium et minerais dépassant 2000 Md $/an. Cet accord énergétique ne scelle pas seulement un partenariat économique : il redessine la géopolitique mondiale.
L'Europe renonce à une partie de sa souveraineté énergétique et pousse la Russie et la Chine à renforcer encore leur alliance politique, économique et militaire. En signant un accord énergétique colossal avec Washington, l'Union européenne s'engage à acheter pour 750 milliards de dollars de gaz et de pétrole américains sur dix ans. Derrière ce pacte présenté comme stratégique, se cache une dépendance structurelle qui remet en question l'ambition d'une Europe autonome. Ce choix pousse la Russie et la Chine à accélérer leur rapprochement et redéfinit l'équilibre géopolitique mondial. L'accord récemment conclu entre Donald Trump et Ursula von der Leyen marque, selon de nombreux observateurs et responsables européens, une véritable percée américaine sur le marché européen, au détriment des autres producteurs mondiaux.
Accès privilégié des produits américains : L'Europe a éliminé les droits de douane sur la plupart des produits industriels américains, ouvrant une voie royale aux entreprises américaines pour accéder au marché européen. Cela concerne notamment l'industrie manufacturière, l'agroalimentaire, et des segments-clés de la technologie et de l'énergie. Engagements massifs d'achat et d'investissements : L'UE s'est engagée à acheter pour 750 milliards de dollars d'énergie américaine (gaz naturel, pétrole, nucléaire) d'ici 2028, ainsi qu'à investir 600 milliards de dollars supplémentaires dans l'économie américaine. Pour beaucoup, cela revient à verrouiller l'accès du marché énergétique européen pour les autres fournisseurs, russes, du Moyen-Orient ou africains. Tarification dissuasive pour les autres : Non seulement la plupart des biens européens voient les droits d'accès au marché américain passer à 15%, mais en parallèle, rien n'indique un allègement ou une ouverture pour d'autres producteurs internationaux sur le marché européen, contrairement aux Américains qui bénéficient d'un traitement préférentiel.
Conséquences pour la concurrence
La Russie a qualifié l'accord «d'anti-russe », considérant qu'il l'évince définitivement du marché énergétique européen stratégique qui était son ancien bastion. D'autres fournisseurs mondiaux (Asie, Afrique, Moyen-Orient) ne bénéficient d'aucune facilité nouvelle et pourraient même subir un effet d'éviction durable, l'Europe ayant verrouillé de facto ses achats d'énergie et réduit la marge à l'importation de produits étrangers hors USA. Certains secteurs européens se retrouvent aussi fragilisés face à l'afflux attendu de produits américains, avec un risque réel d'asphyxie pour des concurrents et partenaires historiques.
Réactions et critiques : Plusieurs responsables et médias européens parlent d'une «capitulation », d'un accord « déséquilibré » et d'une mise sous tutelle de l'économie européenne, désignant l'offre américaine comme quasiment monopolistique sur l'énergie et l'industrie pour la décennie à venir. Trump a effectivement réussi à placer les entreprises et exportateurs américains en position dominante sur de larges secteurs du marché européen, en évinçant ou en compliquant l'accès aux autres fournisseurs internationaux, ce qui suscite un vaste débat politique et économique au sein de l'UE. Les conséquences de l'accord Trump-Ursula von der Leyen sur les producteurs européens, notamment agricoles et industriels, sont globalement négatives et préoccupantes :
Concurrence accrue et pression sur les prix : Les producteurs européens, particulièrement agricoles, sont exposés à une concurrence renforcée par l'ouverture du marché européen aux produits américains sans droits de douane. Cette situation risque de faire baisser les prix payés aux agriculteurs européens, déjà confrontés à des coûts de production élevés et à des normes sanitaires et environnementales strictes, plus contraignantes que celles des États-Unis. Effets sectoriels spécifiques : Certains secteurs agricoles européens, comme la viande bovine, le poulet, le sucre, l'éthanol, le miel et le porc, peuvent être particulièrement fragilisés par l'importation facilitée de produits américains, qui peuvent concentrer leur offre sur des morceaux ou segments rentables, déstabilisant ainsi les filières locales. Réactions sociales et manifestations : La pression économique et la concurrence étrangère alimentent une forte colère des agriculteurs européens, qui se traduisent par des manifestations et blocages (routes, ports) dans plusieurs pays européens.
Ces actions visent à protester contre les réglementations, la baisse des subventions et les impacts négatifs de la politique commerciale internationale sur leur revenu et leur activité. Risque de fragilisation économique et sociale : Ces tensions et difficultés pourraient entraîner des baisses de revenus, des pertes d'emplois et une crise structurelle dans certains secteurs de la production européenne, avec un impact sur l'ensemble de la chaîne économique et sociale rurale. Renforcement des débats sur la souveraineté et l'autonomie: L'accord accentue le sentiment de dépendance et d'asymétrie entre l'UE et les États-Unis, alimentant les débats politiques sur la nécessité pour l'Europe de développer une autonomie stratégique et économique, notamment dans les secteurs industriels et agricoles clés. Les producteurs européens font face à une concurrence américaine renforcée, à un risque de marginalisation sur leur propre marché, ainsi qu'à des pressions économiques et sociales intenses qui attisent un large mécontentement dans plusieurs filières, notamment agricoles.
L'accord commercial entre Donald Trump et Ursula von der Leyen, qui verrouille le marché européen au profit des États-Unis, provoque de fortes réactions dans le Sud global et en Chine, incitant ces régions à organiser une riposte stratégique via l'industrialisation accrue et l'utilisation nationale de leur énergie. Réponse stratégique du Sud global et de la Chine Accent sur l'industrialisation locale : Face à la fermeture des marchés occidentaux, de nombreux pays émergents (Afrique, Amérique latine, Asie du Sud-Est) misent désormais sur une croissance interne, en consommant davantage de leur propre production énergétique pour soutenir le développement industriel. Cette dynamique vise à réduire leur dépendance aux exportations de matières premières vers les pays du Nord et à monter en gamme dans la chaîne de valeur industrielle. Montée en gamme industrielle : La Chine, déjà leader mondial dans l'industrie et la technologie (panneaux solaires, véhicules électriques, batteries), accélère encore en interne et propose son expertise industrielle au Sud global. Cette stratégie crée une alliance défensive mais aussi offensive : elle entend catalyser une nouvelle vague d'industrialisation dans le Sud, rompant avec le modèle d'exportation brute d'énergie (pétrole, gaz, minéraux) au profit de la transformation domestique. Investissements massifs dans l'énergie et la technologie : La Chine finance la transition énergétique dans de nombreux pays du Sud, développant des infrastructures bas-carbone (photovoltaïque, batteries) et poussant à la création de clusters industriels locaux. Les perspectives de croissance de la demande énergétique dans le Sud global sont explosives : l'Asie du Sud-Est, par exemple, comptera pour 25% de la demande mondiale d'ici 2035.
Cette dynamique se traduit par une volonté de « consommer sur place » l'énergie, pour alimenter la production industrielle et donc favoriser l'emploi et la montée en compétence des économies locales.
Riposte commerciale et technologique à l'Ouest : La Chine, confrontée à des barrières tarifaires américaines et européennes, renforce son intégration régionale et ses échanges avec les pays du Sud, tentant de constituer des pôles industriels et technologiques alternatifs au bloc euro-américain.
La limitation des exportations de certains métaux stratégiques est également une réponse directe à l'escalade protectionniste occidentale. Enjeux énergétiques et industriels La part de l'énergie consommée par l'industrie atteint déjà près de 50% de la consommation totale en Chine, et des tendances similaires émergent dans le Sud global, au fur et à mesure de leur industrialisation accélérée.
Cette transformation structurelle devrait modifier les flux mondiaux de matières premières, réduire leur dépendance vis-à-vis des marchés occidentaux et renforcer leur résilience face aux chocs tarifaires et protectionnistes. La riposte du Sud global et de la Chine à l'accord Trump-Ursula prend forme par la montée en puissance de leur industrie et une plus grande consommation interne de leur énergie, réduisant leur dépendance à l'égard des marchés occidentaux et amorçant un nouveau cycle de souveraineté économique et industrielle, appuyé sur des alliances stratégiques Sud-Sud.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Salah Lakoues
Source : www.lequotidien-oran.com