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Art contemporain Pour quel marché '



Art contemporain
                                    Pour quel marché '
Constat - A côté des grandes biennales situées dans l'hémisphère Nord, dont celles de Venise, de Lyon ou encore de Berlin, d'autres rendez-vous similaires se créent dans la rive sud.
L'on voit ainsi se constituer des biennales en institution, donc en marché dans différentes régions du Sud (Afrique, Moyen-Orient ou Amérique du Sud). D'où la question : place et rôle de ces biennales du Sud dans la cartographie artistique internationale '
Rachida Triki, une philosophe et critique d'art tunisienne, indique que «les biennales d'une manière générale et notamment celles du Nord (Europe de l'Ouest et Etats-Unis) se présentent comme le nouveau mode ' et modèle ' de représentation de l'art contemporain».
Elle a, en outre, souligné, en marge du 3e Festival international d'art contemporain, que ces biennales sont de véritables foires.
«Ces foires sont de véritables systèmes clos, régis par des codes et des normes, ayant chacun une panoplie de collectionneurs, de sponsors'», explique-t-elle, et de regretter que «tout cela s'évalue en chiffres. L'on a donc affaire à un véritable marché régi par des critères commerciaux plutôt qu'esthétiques et qui, en conséquence, reproduit et détermine inévitablement la valeur marchande et artistique de l''uvre». Il y a, selon elle, un nouveau formalisme, un nouvel académisme. «Il faut être dans la norme dite contemporaine pour qu'un artiste soit coté, c'est-à-dire pour qu'il puisse vendre son 'uvre», dit-elle. Ce mode de fonctionnement influe immanquablement sur le mode de représentation des biennales du Sud qui, finalement, s'avèrent occuper une place secondaire comparées à leurs modèles occidentaux et ce, pour de multiples raisons, à savoir l'insuffisance de moyens financiers et matériels, la dépendance professionnelle envers les modèles européens, l'impuissance et donc la soumission face à la dictature du marché international (occidental) de l'art et son orientation esthétique. Dans cette cartographie où les biennales occidentales apparaissent comme de véritables institutions systématiquement rodées ' ce sont des industries ', les biennales émergentes n'ont alors aucun poids, aucune influence leur permettant de s'imposer et de dicter une ligne de conduite. C'est toujours par rapport au modèle occidental qu'elles fonctionnent. «Les artistes sont contraints d'aller dans ce sens», dit-elle. Autrement dit, ils sont obligés de se conformer aux normes imposées par le système qui indique et spécifie le marché international aux mains des collectionneurs occidentaux. Cela fait que les artistes africains, sud-américains, arabes ou encore asiatiques sortent de la réception locale. En d'autres termes, ces artistes ne créent pas, mais produisent des 'uvres en fonction de la demande, donc des instances du marché (collectionneurs occidentaux). Ne marquant plus les critères de qualité ou artistique de l''uvre, le marché de l'art actuel revêt alors un aspect purement commercial.
«C'est le Nord qui détermine, fixe les orientations esthétiques de l'artiste, c'est toujours lui qui confère à l''uvre sa valeur marchande et artistique. C'est lui qui fixe les critères et les normes», déplore Rachida Triki pour qui «l'on est dans une hallucination collective». D'où alors la nécessité de penser à une alternative, à savoir à une politique locale, celle qui aide les artistes à émerger, à s'épanouir sans toutefois se trouver dans la contrainte de se plier aux exigences du marché ambiant, c'est-à-dire se conformer à un type d'orientation esthétique. Car la disparition de la pensée entraîne systématiquement une uniformisation de l'art. «Il faut qu'il y ait des musées, des structures de débat, il faut favoriser la critique d'art, il faut travailler à l'échelle locale et inter-locale, puis penser à investir la scène internationale», estime-t-elle. Il est donc nécessaire d'avoir des musées, puisque ces derniers veillent à la création, la stimulent et l'inscrivent dans une dynamique continuellement renouvelée. S'investir dans les musées suppose fructifier la connaissance et, du coup, rendre la création féconde. Cela dit la nécessité de construire un système approprié aux aspirations des artistes, donc une scène artistique plurielle, vivante, composée de différents acteurs pour agir dans la différence sur l'art. Il faut instaurer un marché d'art équitable et équilibré pour permettre à la création de se développer.
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