«Les souvenirs sont nos forces. Quand la nuit essaie de revenir, il faut allumer les grandes dates, comme on allume des flambeaux.» Victor Hugo C'est un rituel immuable depuis Mars 1976.
Chaque commémoration ressemble à la précédente: ce sont toujours les indétrônables responsables de la sécurité qui arpentent l'exigu parking récupéré par l'Enrs après la catastrophique restructuration de 1987, se donnant une importance qu'ils n'ont plus depuis quelques années. Ce sont toujours les mêmes travailleurs fidèles aux belles années qu'ils ont passées là, qui sont les premiers à arriver sur place, choisissent un coin discret d'où ils pourront voir arriver leurs anciens camarades... Enfin, du moins ceux qui auront la nostalgie et le courage de faire des kilomètres. Certains sont venus juste tâter le pouls de leur ancienne entreprise, voir ceux qui ont été retenus ici, après leur mise en retraite: ce sont en général des pistonnés qui ne sont pas du tout indispensables à la marche de l'établissement.
Enfin, le piston est le seul outil inoxydable qui résiste à l'air humide qui souffle de la mer. Il y a aussi ceux qui caressent le vain espoir de voir leur fils leur succéder au poste de travail quils ont honorablement occupé. Ils ont bien essayé maintes fois à l'occasion des différents changements administratifs qu'occasionne le parachutage d'un nouveau Directeur Général, c'est en vain: ils ont pourtant fourni plusieurs dossiers qu'ils ont confiés à des chefs de confiance, tant dans l'appareil administratif que dans la section syndicale. Mais pour eux la réponse est toujours la même: le nouveau directeur a arrêté les recrutements en raison de la pléthore des personnels et un nouvel organigramme est à l'étude. Ils ne se font pas d'illusion, pour la bonne raison que chaque année, ils voient de nouvelles têtes, des gens de la tchi-chi, bien à l'aise dans leurs chaussettes. Il y a de véritables dynasties qui se sont créées. C'est l'augmentation du personnel féminin qui les étonne le plus: il y a des bureaux qui ressemblent à des salons de coiffure. Bof! se disent-ils, il ne restera de l'oued que ses galets. Ils viennent aussi pour avoir des nouvelles des gens qui, peut-être, ne viendront plus: certains sont restés cloués à leur domicile pour cause de maladie et d'autres ont tiré leur révérence depuis quelque temps déjà.
Les nouvelles circulent tellement mal: il y a bien un agent qui sert de plaque tournante et qui contacte le maximum d'anciens travailleurs qui se pointent assidument à l'hôpital ou au cimetière quand la funeste nouvelle tombe sur l'écran de leur téléphone portable.
Enfin, il y a les professionnels de la commémoration qui ne ratent pas une occasion pour tendre leurs mains et réciter la «Fatiha» qui va unir pendant quelques instants les coeurs qui battent encore pour une entreprise qui n'est plus la leur. Ce qui change le plus souvent dans cette commémoration, c'est évidemment le Directeur général qui change très souvent. Sa persistance à la tête de l'entreprise est le véritable baromètre de la stabilité du pays. Certains ne sont liquidés que parce qu'ils ont accumulé des casseroles qui mettent dans une situation délicate ceux qui les ont nommés. D'autres ont fait un bref passage: le record battu est celui d'une semaine pour un cadre qui est appelé à d'autres fonctions. Il fallait le faire! ce qui saute aux yeux des gens avertis qui suivent le ballet des cadres est le changement de comportement de ceux qui ont été hier marginalisés: il se disaient près des préoccupations des travailleurs tant qu'ils étaient au placard.. Une fois replacés dans de nouvelles responsabilités, ils récupèrent leur mine hautaine et fière et le dédain qui leur est coutumier. Pourtant, parmi ces gens groupés autour de cette humble plaque, peu connaissent sa véritable histoire.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Selim M'SILI
Source : www.lexpressiondz.com