Mascara - Monts des Beni-Chougrane	(Commune de Ain Fares, Wilaya de Mascara)

La tribu des Beni-Chougrane



La tribu des Beni-Chougrane

Les Beni-Chougrane (en arabe : بني شقران) sont une confédération tribale algérienne installée principalement dans les monts qui portent leur nom, dans le nord-ouest du pays, autour des wilayas de Mascara, Sidi Bel Abbès et Relizane. Cette tribu arabisée, d'origine probablement liée aux Banu Hilal ou aux branches arabes installées en Ifriqiya dès le Moyen Âge, s'est sédentarisée dans cette région montagneuse où elle a développé une économie agro-pastorale adaptée au relief accidenté.

Organisation tribale

Les Beni-Chougrane sont composés de plusieurs fractions et douars, parmi lesquels :

  • Ouled Saïd
  • Beni Nesigh
  • Ouled Cheikh
  • Ouled Ali
  • Ouled Brahim
  • Et d'autres sous-groupes plus petits.

Historiquement, cette confédération était structurée autour d'un système de solidarité tribale classique, avec des assemblées (djemaâ) pour la gestion des affaires collectives, des pâturages et des conflits. La tribu vivait en symbiose avec son environnement montagneux, pratiquant l'élevage transhumant (ovins et caprins) et l'agriculture dans les vallées fertiles (céréales, figuiers, oliviers).

Rôle dans la résistance à la conquête française

Les Beni-Chougrane occupent une place importante dans l'histoire de la résistance algérienne au XIXe siècle.

La région constitue le berceau de la famille de l’Émir Abdelkader (les Hachem), né en 1808 dans la plaine de Ghriss, au pied des monts. Dès le début de sa lutte contre l’occupation française (1832), les Beni-Chougrane furent parmi les premières tribus à lui prêter serment d’allégeance (bay'a). Leur territoire montagneux offrit des refuges naturels et des bases arrière stratégiques. Mascara, voisine, devint la première capitale de l’État naissant de l’Émir en 1832.

Après la chute de l’Émir en 1847, la tribu continua à manifester son opposition à la colonisation, notamment lors des révoltes de 1845-1846 contre les confiscations massives de terres.

La révolte de 1914

L’épisode le plus marquant reste la révolte des Beni-Chougrane de 1914, l’une des dernières grandes insurrections populaires contre le régime colonial français en Algérie occidentale.

Déclenchée par l’application forcée de la conscription obligatoire pour la Première Guerre mondiale (loi de 1912 étendue aux « indigènes »), elle éclata en octobre-novembre 1914 dans la région de Frikik (actuelle commune de Froha, wilaya de Mascara). Les insurgés, menés par des notables locaux, refusèrent le recrutement et attaquèrent des fermes coloniales, des postes administratifs et des lignes télégraphiques.

La répression fut extrêmement dure : l’armée française assiégea la région, incendia plusieurs douars, confisqua des milliers d’hectares de terres et imposa de lourdes amendes collectives. Des centaines de personnes furent tuées, emprisonnées ou déportées. Cette révolte s’inscrit dans la continuité de l’esprit de résistance hérité de l’époque de l’Émir Abdelkader.

Aujourd’hui

Les descendants des Beni-Chougrane vivent toujours dans la région, dans les communes montagneuses des wilayas de Mascara et Sidi Bel Abbès. Leur identité tribale reste vivace à travers les liens familiaux, les fêtes locales et la mémoire collective de cette histoire de résistance. L’agriculture et l’élevage demeurent les activités principales, bien que beaucoup de jeunes migrent vers les villes ou à l’étranger.

Le patrimoine oral, les noms de lieux et les traditions perpétuent le souvenir d’une tribu fière de son passé rebelle et de son attachement à sa terre montagneuse.


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