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Youcef Sehaïri : L'avenir du cinéma algérien



Youcef Sehaïri : L'avenir du cinéma algérien
Rassemblés pour une partie de foot dans leur quartier, des gamins ignoraient que leur vie allait prendre un autre chemin ce jour-là. Nous sommes au début des années 1990, dans la ville zénète, Laghouat.Un jeune, de passage, informe ces footbaleurs en herbe de l'appel lancé par une association locale qui cherchait, à l'époque, des enfants pour participer à une pièce théâtrale que l'association préparait pour la célébration du 1er Novembre. Ne trouvant rien d'intéressant à faire lors d'une après-midi, ces enfants décident d'aller à la maison de la culture où un concours était organisé. Finalement, sept d'entre eux ont été choisis. 25 ans plus tard, ils sont toujours dans le monde du théâtre et du cinéma.Ces enfants de Laghouat ont pu se frayer un chemin dans ce domaine de l'art. L'un d'eux est, sans doute, Youcef Sehaïri, un comédien au talent avéré. Il est, aujourd'hui, l'une des figures les plus talentueuses et prometteuses de sa génération. Son charisme et sa maîtrise du jeu ne cessent de séduire et nous renvoient aux années fastes du cinéma algérien. A 32 ans, Youcef nous avoue qu'il n'est pas encore au bout de toutes ses surprises.Le cinéma reste pour lui une passion, un amour et une vie qu'il savoure pleinement et auquel il a envie de tout donner. Le grand public l'a surtout découvert dans le film sur le Colonel Lotfi, réalisé en 2015 par Ahmed Rachedi, où Youcef incarne avec brio le rôle de ce commandant de la wilaya V et martyr de la Révolution algérienne. Il a aussi incarné le rôle d'Abdelhamid Ben Badis, dans le film réalisé récemment par le Syrien Basil El Khatib, mais pas que.Youcef Sehaïri est aussi ingénieur en électronique et diplômé en montage et script de l'Institut supérieur des métiers des arts du spectacle et de l'audiovisuel (ISMAS) de Bordj El Kiffan. Lors de notre rencontre à Alger, Youcef raconte qu'il aurait aimé se consacrer pleinement à l'art et au théâtre, mais son père, qu'il a perdu en 2011, et sa famille lui avaient refusé ce plaisir. Il a donc dû se plier aux choix des parents qu'il ne voulait pas décevoir et terminer ses études universitaires avant de réaliser son rêve et d'intégrer l'ISMAS. Son parcours reste passionnant, telle une expérience qu'il désire partager, mais qu'il ne réalise pas encore, nous confie-t-il.Al KilaniNé le jour le plus long de l'année, un certain 21 juin à Zgag El Hadjadj, au centre-ville de Laghouat, Youcef pensait que personne n'était artiste dans sa famille avant qu'il ne découvre après la mort de son père que ce dernier avait fait du théâtre à l'époque coloniale. Il avoue qu'il doit tout à une personne, Haroun Al Kilani en l'ocurrence, qu'il décrit comme le fondateur du mouvement théâtral dans sa ville natale, à Laghouat. C'est Haroun Al Kilani qui l'a motivé à rester dans la troupe de l'association.C'est grâce à lui, d'ailleurs, que Youcef a participé au premier festival de sa carrière, à l'âge de 9 ans. Ce dernier, festival du théâtre pour enfants organisé à Constantine, a vu la troupe d'Al Kilani se distinguer en remportant un prix, ce qui était perçu un comme un grand encouragement pour les membres de l'association.Quelques années plus tard, Al Kilani décide de créer la première troupe théâtrale adulte de la ville de Laghouat et invite Youcef Sehaïri à la rejoindre. «C'est là que j'ai découvert ce qu'était réellement le théâtre. Enfants, nous faisions tout avec nos sentiments et nous ignorions les techniques. Nous les avons apprises depuis que Haroun Al Kilani a créé ce projet. Ce dernier a tout fait pour nous. Nous lui sommes tous redevables», explique-t-il.En 2009, Youcef quitte Laghouat et découvre d'autres univers et d'autres associations théâtrales, telle celle de Mascara où il a campé le premier rôle d'une pièce intitulée Les dernières vingt minutes de Dorian Gray. Youcef avait participé dans une autre pièce à Laghouat. Les deux projets ont été, à sa grande joie, sélectionnés pour le Festival national du théâtre professionnel, où Youcef a participé pour la première fois de sa vie dans cette compétition très attendue par les comédiens des quatre coins du pays. C'était en 2010. Et Youcef était encore étudiant universitaire à ce moment-là.PèreEn 2011, l'année où il devait s'inscrire à l'ISMAS, Youcef a joué son avant-dernière pièce, Le Marais des loups, réalisé à Batna par le jeune et talentueux Faouzi Ben Brhaim. Youcef participe avec la même pièce au Festival professionnel. Sa troupe a reçu, ce jour-là, le grand prix de ce festival organisé annuellement à Alger. Mais la dernière pièce à laquelle il a participé avant d'entamer une carrière dans le cinéma était avec Haroun Al Kilani. C'était pour lui comme un retour aux sources. «Faire du théâtre à ce niveau était un rêve pour moi. Mais j'étais vite déçu dès que je suis arrivé. Les mécanismes eux-mêmes étaient faux.On vous refuse des projets si vous êtes une association et on vous impose tout si vous êtes un théâtre régional. J'ai donc décidé d'arrêter et d'aller vers des domaines où je pouvais mieux m'exprimer», se défend-il. Il tente, alors, une expérience à la télévision en interprétant le rôle de Mohamed Belouizdad dans la série sur Aïssat Idir diffusée par la télévision publique. «Cette expérience m'avait permis d'avoir un contact direct avec la caméra.C'était le début d'une nouvelle expérience pour moi», ajoute-t-il. Puis, il accepte un petit rôle dans un film réalisé par le célèbre réalisateur et cinéaste syrien, Najdat Ismaïl Anzour. Youcef enchaîne les rôles et surtout les premiers. En 2011, il joue dans Jour de cendre du réalisateur algérien Amar Si Fodil. En 2012, il joue également dans Les secrets du passé, un feuilleton qui a été diffusé par la télévision publique. Il a, aussi, incarné le premier rôle du film Le sang du loup, de Amar Si Fodil qui n'est pas encore sorti.Hormis les premiers rôles qu'il a incarnés dans les deux films sur le Colonel Lotfi et Ben Badis, Youcef a participé entre autres dans Nous n'étions pas des héros, de Nasr Eddine Guenifi, Les sept remparts de la citadelle, d'Ahmed Rachedi et a incarné le rôle de Brahim Chergui dans le film qui va sortir prochainement sur Larbi Ben M'hidi, réalisé par Bachir Derraïs. Youcef Sehaïri ne cache pas son souhait de renouer avec la scène. Il affirme qu'il est d'ores et déjà sur un projet théâtral avec le scénographe et metteur en scène Ahmed Rezzak.Youcef est aussi connu pour ses positions critiques envers la politique culturelle en Algérie. En mars 2013, alors qu'il était à l'ISMAS, il a participé à la grève de la faim de 11 jours décidée par les étudiants afin de revendiquer l'équivalence des diplômes et leur reconnaissance par la Fonction publique. «Ma fierté est de voir aujourd'hui le fruit de notre combat. Actuellement, on leur délivre une licence, ce qui était inconcevable à l'époque. Nous avons été poursuivis en justice, mais nous avons abouti à quelque chose. Nous étions des étudiants et nous avons fini syndicalistes (rires)», se rappelle-t-il.La carrière de ce brillant acteur de cinéma n'en est encore qu'à ses débuts. Youcef a surtout réussi à faire beaucoup de choses en si peu de temps. Son talent y est pour beaucoup, mais il a envie d'exploser encore. A-t-il un rêve qu'il aurait aimé réaliser un jour ' «Oui, j'aurais aimé que mon père soit vivant aujourd'hui pour qu'il voie de ces propres yeux ce que je suis devenu», confie-t-il tout ému.
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