Laghouat - A la une

Réformes à moindre coût ou audace historique '



Réformes à moindre coût ou audace historique '
On sait que Ahmed Ouyahia, l'actuel directeur de cabinet du président de la République, a au-dessus de la pile de dossiers estampillés «urgents» sur son bureau, celui de la révision de la Constitution. On ignore, à ce jour, quel sort lui sera réservé, comme on ne sait pas non plus quel sera le fond de la mouture qui sera soumise à référendum ou à approbation parlementaire. Inutile donc de spéculer, a priori, sur son contenu à partir des préconisations et autres suggestions, parfois irréalistes, souvent surréalistes, des invités à la table d'écoute que fut le bureau, des semaines durant, du placide et immarcescible Ouyahia. Mais, au vu de la nature de certaines propositions et de la qualité des sources d'émission, on peut supposer que le chef de L'Etat, certes maître de l'horloge, arbitre des élégances mais qui n'a plus le luxe du temps à disposer, aurait le souci de marquer de son empreinte personnelle le cours de l'histoire politique future de son pays. Cette supposition est aussi un rêve récurrent de citoyen, un songe d'été de patriote. Et comme le rêve n'est pas interdit par la Constitution... Dans la réalité concrète, on sait que depuis l'annonce, le15 avril 2011, d'un train audacieux de réformes politiques, le chef de l'Etat s'en est tenu à son ordre de priorités et à son calendrier propre. Quitte à donner l'impression, probablement trompeuse, de s'accommoder de réformes au rabais. Observateurs lucides et démocrates exigeants, analysant alors l'offre de réforme présidentielle, à l'aune du prisme des «printemps arabe» y ont vu alors des réformes jouées petit bras. Et, il faut le dire, parmi eux, il n'y avait pas que des rabat-joie. En effet, on avait du mal à comprendre en ce temps-là la logique même de la démarche. Comme il y a quelques semaines, le processus de concertation, a débuté par des échanges avec un panel de personnalités peu représentatives et pas assez crédibles. Ensuite, la traduction des réformes en textes fut le fait de l'Administration, c?ur du réacteur nucléaire du régime, dont le réflexe mécanique est de favoriser le statu quo ante. Donc, par culture, de raboter, édulcorer, freiner, dénaturer même. Ce qui est logique, car on ne peut pas demander à un failli d'être le syndic de sa propre faillite. On a rarement vu en effet un régime fabriqué dans le moule de l'autoritarisme, devenir d'un seul coup adepte de Rousseau, de Montesquieu et de Tocqueville ! Comme on ne pouvait pas comprendre aussi, à la même époque, l'inversion de l'agenda des réformes. On a bien vu que le président de la République avait préféré «opérer d'abord des changements au système législatif régissant la vie politique», comme il l'a formulé dans un discours à Laghouat. La logique aurait été de commencer d'abord par la révision de la Constitution, l'alpha et l'oméga des réformes, avant d'adopter des textes spécifiques. Mais, avec le recul nécessaire, on a pu voir qu'il y a une logique dans la logique présidentielle qui ne paraissait pas alors logique ! Il a fallu donc attendre ce discours de Laghouat pour comprendre la logique présidentielle. Et l'on s'aperçoit que le chef de l'Etat, prudent comme un Sioux et complexe comme un Florentin doublé d'un Levantin, entendait, in fine, «garantir un climat propice» à des «réformes durables». Dans le verbe garantir, le président de la République a dû injecter son souci de tenir compte de ce qu'il a appelé un jour les «grands équilibres» dans le pays. Ce qui, de son point de vue, pouvait signifier un «pas à pas» soucieux d'éviter heurts entre intérêts différents et confrontation préjudiciable entre visions contradictoires. Dans tous les cas de figure, favoriser les forces centripètes et éviter l'affrontement avec les forces centrifuges. Ne se confronter finalement qu'à la force inertielle qu'allait immanquablement déployer certaines clientèles politiques du régime.La préoccupation essentielle étant donc de faire des réformes paisibles.À moindre coût politique et social, quitte, encore une fois, à prendre le risque de ne pas se montrer, d'entrée de jeu, à la hauteur des enjeux et des attentes. Est-ce à dire, hier comme aujourd'hui, que de «petites réformes» et à doses homéopathiques qui modifient à la marge le statu quo politique valent finalement mieux que pas de réformes du tout ' Pour l'instant, et si l'on devait ne considérer que la qualité de propositions formulées par des formations politiques et des personnalités hors temps, hors champ et hors sujet, les réformes projetées apparaissent comme des réformes au rabais. Sauf si le chef de l'Etat en décidait autrement. C'est-à-dire de faire en sorte à ce que la prochaine révision de la Constitution soit d'une grande audace démocratique.À la mesure de l'ambition d'un homme politique habité par l'idée de marquer l'Histoire, celle du «H» majuscule. Dans ce cas, le président Abdelaziz Bouteflika n'aurait plus donc le souci de prise en compte des fameux «grands équilibres». Ce qui signifierait, le cas échéant, que ces «grands équilibres» ne comptent plus ou ne pèsent plus d'un poids significatif. Ce qui voudrait dire aussi que la masse critique qui les produisait ne serait plus ce qu'elle était. Au cas où elle serait profonde, pertinente et audacieuse, la prochaine réforme constitutionnelle créerait une nouvelle dynamique politique et un nouveau climat psychologique dans le pays. Et, par effet cathartique, libérerait des énergies cristallisées dans un pays ankylosé.N. K.


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