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Réforme : après le 'Printemps arabe', l'automne algérien



Réforme : après le 'Printemps arabe', l'automne algérien
La 'réforme' prend des allures d'opération de verrouillage absolu de la vie publique. Avec la loi sur les associations, le pouvoir a franchement affiché sa volonté de gommer toute expression publique de la contestation.
Et comme pour mettre fin à tout commentaire sur les limites posées à sa réforme par les lois récemment examinées par le parlement, Bouteflika a clairement répondu, hier à l'ouverture de l'année judiciaire, 'aux voix qui s'élèvent à l'intérieur et à l'extérieur' que c'est bien sa réforme, et donc celle du peuple, qui connaît un début. Et même si 'le meilleur reste à venir', dit-il, il ne faudrait pas s'attendre à une révolution.
La veille devant les sénateurs, le ministre de l'Intérieur, justifiant l'étrange délit d''ingérence dans les affaires internes du pays' dont les associations algériennes pourraient se rendre coupables, a eu cette scolaire explication : 'les associations qui lancent des appels à des grèves visent la perturbation de l'ordre public. Elles s'ingèrent dans la politique du pays et de ce fait, elles risquent de disparaître.' Les associations n'ont pas le droit 'd'interférer dans les affaires' d'ordre public', dit plus pour clarifier sa pensée en usant de l'amalgame entre 'grèves', 'ingérence' et 'ordre public', bref, tout un chapelet de motifs qui cachent mal l'intention répressive de la nouvelle loi.
Dans son discours aux magistrats, Bouteflika reconnaît que 'nous n'avons pas fait tout ce que nous devions entreprendre' et que 'nous n'en sommes pas à la démocratie'. Le président ne précise aucun planning pour cette voie qu'il dit 'unique' de l'Algérie, où le
meilleur ' et donc la démocratie ' reste à venir. C'est surprenant que le président qui, il y a quelques jours à Laghouat, annonçait 'des élections législatives dans une pluralité sans précédent', admette, une semaine plus tard, la relativité des progrès réalisés.
Le problème, c'est que les premières lois de réformes ne peuvent même pas constituer une étape d'un processus de démocratisation : elles rivalisent de teneur liberticide. Cette voie, pour 'unique' qu'elle se veut, est à contresens du monument démocratique universel et dont les effets se font ressentir jusqu'au devant de nos portes. Le pouvoir est certainement convaincu que ce que Ould Kablia a appelé 'un vent d'instabilité', devant le comité frontalier algéro-nigérien, est passé et qu'il ne risque plus de perturber la stabilité du régime : il peut désormais rappeler à l'ordre ' c'est le cas de le dire, 'les voix qui s'élèvent à l'intérieur et à l'extérieur' pour un train de réformes plus résolu. Entre-temps, il aura réussi à faire d'un processus de réforme démocratique approfondi une occasion pour verrouiller plus fermement encore ce qui subsistait de la vie publique. C'est la volonté du peuple d'avancer à sa manière et son rythme, rappelle le président. C'est même un attribut de son indépendance !
La veille, les adjoints d'éducation éprouvaient la brutalité répressive d'un régime qui reprend du poil de la bête.
Décidément, la voie algérienne du progrès politique est unique : elle mène toujours vers moins de droits, moins de libertés, et plus de répression d'autoritarisme.
M. H.
musthammouche@yahoo.fr
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