Même si le volume de réalisation de logements a considérablement augmenté cette dernière décennie, il reste encore insuffisant pour prendre en charge l'ensemble des besoins sociaux en la matière. Il me semble que, pour une fois, cette problématique renvoie plus à une crise de gouvernance et de mode de répartition qu'à une crise de ressources. Les derniers mouvements sociaux de Laghouat contestant les listes d'attributaires de logements sociaux, se sont finalement avérés largement justifiés. Ainsi aux termes du contrôle préliminaire qui en a résulté, suite à la forte pression populaire, il y a au moins 28 bénéficiaires qui n'auraient pas dû figurer sur la liste des 190 attributaires de logements OPGI distribués. Cela témoigne là, et ailleurs, de la gravité et de l'ampleur de la contestation quant à l'opacité, réelle dans beaucoup de cas et supposée dans certains autres, des opérations d'affectation opérées créant auprès des populations concernées un sentiment de frustration et de rejet.
A cet égard la concertation nationale sur le développement local et les attentes des populations, conduite le deuxième semestre 2011 par le Conseil national économique et social (CNES), a été l'occasion de relever, à travers les territoires, la récurrence de cette question sensible rapportée partout par les acteurs concernés (APC, mouvement citoyen, associations, administrations locales). Déjà les Premiers Etats généraux de la société civile tenus les 14,15 et 16 juin 2011 avaient annoncé la couleur. Leur atelier « système de protection et solidarité nationale : les conditions de sa pérennité et de sa durabilité » insiste dans ses recommandations sur « la nécessité d'associer la société civile à tous les échelons (commune, wilaya) à la faveur d'avantages sociaux (logement, aide sociale etc..) ».
Le logement en effet reste le souci le plus partagé par les algériens malgré le nombre important de programmes et les différentes formules mises en place par l'Etat. Les demandeurs inscrits ou éligibles à l'inscription sur les listes des bénéficiaires du logement réclament la transparence, le respect des critères établis et le respect des délais affichés.
Dans un contexte où la confiance entre les citoyens et les pouvoirs publics est à rebâtir, pouce par pouce sur l'ensemble des territoires la distribution des logements sociaux est une opération particulièrement très sensible. Elle doit, pour ce faire, être menée de façon transparente et équitable. Elle se doit donc d'être contrôlée démocratiquement dans toutes ses phases pour assurer l'équité entre les ménages éligibles. Ainsi, les populations, rencontrées lors des deux exercices cités plus haut, proposent la création de commissions paritaires locales chargées de la distribution du logement social dans lesquelles elles seraient représentées de façon directe ou représentative. Mais, la démarche participative, expression d'un enracinement fécond de la participation des populations dans la gouvernance locale, n'est pas encore totalement intégrée dans les processus de prises décisions, de mise en 'uvre et même de communication des pouvoirs publics. La transparence et l'application du principe de subsidiarité sont toujours, et partout à travers le monde, le premier pas vers une meilleure gouvernance. Dans ce domaine, comme dans tant d'autres la démarche consistant à initier les solutions par le bas (bottum up) me parait être la plus féconde et la plus consensuelle car non seulement elles responsabilisent les niveaux concernés mas elles assurent surtout une prise de décision rationnelle car appuyée sur l'ensemble des données disponibles.
J'entends par ailleurs les arguments avancés par certaines parties, dans et en dehors du système de gouvernance, qui ne sont pas convaincues, par l'application en l'espèce de la décentralisation et du principe de subsidiarité. Ils avancent ainsi l'idée que certains représentants d'associations, membres de ces commissions, peuvent être eux-mêmes un élément du problème en ce qu'ils peuvent relayer des intérêts particuliers ou ceux de certains lobbies. A ceux là on peut rétorquer que les enquêtes d'habilitation préalables à toute nomination à une fonction supérieure, pourtant professionnellement conduites, n'ont pas empêché l'apparition de certaines dérives voire de certains scandales. A ce propos, c'est le président Franklin Roosevelt qui disait, parlant du lobbying, que le pouvoir de l'argent est pire que celui du crime organisé. Ceci dit il faudra effectivement veiller à ce que la représentation de la société civile soit diversifiée, irréprochable et de qualité. De plus un contrôle social approprié permanent et l'implication de la société civile par notamment la mise en place de forums visibles et autres structures institutionnalisées ou non sont de nature à réduire notablement ce type de conséquences négatives potentielles. Mais dans tous les cas cela sera beaucoup mieux qu'un traitement strictement administré non transparent et un signal fort en matière de prise en charge de la demande populaire de changement et d'implication dans la gestion des affaires de la Cité.
Finalement je reste persuadé que ce type d'évolution à imprimer aux politiques publiques et à la gouvernance locale, dans le sens de l'inclusivité, de la subsidiarité et de la transparence peut avoir autant si ce n'est plus d'effets dans la mobilisation électorale que la campagne de sensibilisation des citoyens par l'envoi massif de SMS. L'un d'ailleurs n'empêche pas l'autre.
M. M.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Mustapha MEKIDECHE
Source : www.liberte-algerie.com