Laghouat - A la une

LES CHOSES DE LA VIE



maamarfarah20@yahoo.fr
Le China Daily Bab El Oued, édition du soir, annonça en grandes manchettes la décision du gouvernement d'organiser des élections législatives. Mais, auparavant, il fallait changer la Constitution.
Il y eut des émeutes un peu partout. Les Chinois comprirent qu'il s'agissait d'une grossière manœuvre visant à les priver de vote. Dès que le texte de la Constitution fut divulgué, ils se présentèrent en masse dans les bureaux de naturalisation mais personne ne put obtenir la nationalité algérienne ! Le jour du vote, les caméras de l'Unique eurent beaucoup de peine à cadrer… l'unique votante. On la transporta dans une dizaine de bureaux avec, à chaque fois, un nouvel habit, pour tromper l'opinion. Quelques agents de sécurité, rapidement vêtus de kachabias et de chèches, furent filmés en train de courir vers les urnes dans des écoles de Laghouat et de Tébessa ! Le soir, le comité annonça que le peuple avait fait son devoir avec patriotisme et abnégation. Alors que seule Meriem El Agouna avait réellement voté, on donna le chiffre de 15 millions de votants ! «Plus c'est gros, mieux ça passe», commentait Habib Khali Nez Rouge qui venait de recevoir un grand château à Douera, en signe de reconnaissance de la Nation. Un plateau regroupant quelques spécialistes dont un Chinois — fut rassemblé après le journal télévisé. L'un des «douktour » estima que la participation du peuple algérien exprimait son adhésion pleine et entière à la politique clairvoyante des dirigeants. Un autre relevait la chute du parti de Djaballah. Un troisième faisait remarquer que le grand vainqueur de ces joutes était, bien sûr, of course, «tabâan», naturellement, le FLN. Pourtant, Meriem El Agouna avait une carte de militante du Parti Batata… Quant à l'intervenant chinois, traduit par une Algérienne, il n'avait pas assez de mots durs pour qualifier cette «mascarade indigne d'une république !». Dans la traduction faite à la télé, cela donnait : «Le nouveau peuple d'Algérie est fier d'avoir vécu cette étape cruciale du renforcement de la démocratie dans notre nouveau pays.» En Sardélie, les anciens Algériens accueillirent les résultats de ce vote avec un sentiment mitigé. Il y avait de la révolte. Mais aussi de la nostalgie pour ces veillées électorales où, au lieu de livrer les résultats et les analyser, les douktour et les représentants des partis préfèrent parler de la vie meilleure qui allait surgir soudainement des urnes ! Or, d'élection en élection, non seulement la vie ne fut pas meilleure, mais elle empira tellement qu'elle poussa le peuple à quitter le pays ! Il fallait attendre le lendemain pour connaître les résultats définitifs du vote. Au ministère de l'urne transparente, tout le personnel était de permanence. Un vendeur de café sillonnait les bureaux, suivi d'un commerçant ambulant de tabac à chiquer et d'un autre qui vendait des bandes dessinées. Il y avait même un gars qui tentait de refiler aux secrétaires du rouge à lèvres à 1 dinar-yuen. Mais le plus excentrique était celui qui roulait des cigarettes de… thé ! C'était une mode introduite par les Chinois mais on raconte0 que dans l'ancienne histoire d'avant la «grande harba», un journaliste, parti depuis en Sardélie, conseillait aux Algériens de fumer du thé ! On ne sait pas ce qu'il fait maintenant là-bas, mais aux dernières nouvelles, il serait chroniqueur dans un quotidien du soir de Sidi Cagliari. Le secrétaire général du ministère avait mis un grand matelas dans son bureau. Les résultats, il les connaissait. Donc pas la peine de veiller bêtement. Il savait que les 500 sous-officiers transformés en candidats avaient tous remporté des sièges. Mais la pauvre Meriem El Agouna avait glissé tellement de bulletins dans l'urne qu'elle en fut malade. En haut niveau, on s'inquiéta sérieusement : on avait perdu la moitié du peuple algérien et on ne tenait pas à ce que l'autre moitié disparaisse ! Bon, ce peuple était silencieux Meriem était muette depuis sa naissance, jusqu'au jour où… mais il pouvait toujours servir en cas de vote. Et toute la politique du gouvernement reposait sur les votes successifs qui permettaient de créer des Constitutions à la demande ! Sinon, à quoi sert la démocratie ' Habib Khali Nez Rouge, célèbre par sa formule magique qui empêcha les Chinois de voter, devait plancher sur une nouvelle Constitution. Depuis quelque temps, des Sardèles revenaient au pays. Une dizaine en tout. On parlait de la découverte d'une embarcation sur la corniche s'étalant de Cherchell à Ténès. Ces anciens Algériens voulaient tout simplement retrouver leur vie d'avant. Le gouvernement s'inquiéta. Alors que tout marchait bien grâce à la discipline et au savoir-faire des Chinois, le retour des éléments de l'ancien peuple pouvait réduire à néant les efforts de redressement de l'économie. Revivre avec les anciens Algériens ' C'était le cauchemar des ministres et des cadres restés au pays. Non ! Pas ça ! Ces Sardèles ont peut-être appris de bonnes habitudes là-bas, mais dès qu'ils reviendront ici, ils renoueront avec leurs anciennes coutumes. Comme ne pas respecter la chaîne devant les guichets ou faire la sieste pendant le boulot ! Ou encore, demander des logements à tout bout de champ et brûler des pneus sur les routes ! Non, il fallait en finir avec ce cirque. Habib Khali Nez Rouge proposa une nouvelle Constitution qui interdirait strictement l'octroi de la nationalité algérienne à tous ceux qui avaient fait partie de la grande «harba». Le peuple vota massivement pour la nouvelle Loi fondamentale. Comme Meriem El Agouna était hospitalisée, on vêtit un agent d'une tenue féminine et les caméras purent filmer l'engagement et l'enthousiasme de la votante, trimballée de bureau en bureau et habillée, à chaque fois, de manière différente ! Les Chinois regardaient faire sans broncher. Mais, un jour, le représentant du corps médical de Sebdou, un certain Chang El Haïcha, fut frappé par le fils du wali. Il s'ensuivit une bagarre générale et, comme les Chinois étaient plus nombreux, la wilaya de Sebdou fut saccagée. M. Tza Guet Alikoum, wali, demanda l'instauration de l'état d'urgence. On appela Habib Khali Nez Rouge qui proposa, immédiatement, de rédiger une nouvelle… Constitution. «Mais c'est la troisième en quelques mois ! hurla le ministre de l'urne transparente.
- Monsieur, le vote fait le bonheur des masses. Si les gens ne votent pas, ils deviennent stressés, apathiques et ce n'est pas bon pour l'avenir de la révolution !
- Mais vous me chantez quoi ' Il n'y a plus de peuple. Il n'y a plus de gens ! Il y a juste la pauvre Meriem El Agouna et elle est malade par votre faute. Glisser des millions de bulletins ! C'est mortel pour une seule personne !
- Monsieur, quand le peuple est déprimé, mettez-lui une nouvelle Constitution sous les yeux et il devient heureux, épanoui, rayonnant… »
M. F.
Extrait du livre à paraître prochainement : La grande harba.


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