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Le long chemin vers l'autonomie



Le long chemin vers l'autonomie
Si certaines personnes en situation de handicap se retrouvent aujourd'hui salariées, n'attendant pas seulement la pension octroyée par l'Etat, c'est parce qu'elles ont eu la volonté d'aller de l'avant, et bien sûr, grâce à l'accompagnement des associations et des équipes médicales qui ont contribué à leur réussite.Combien d'enfants handicapés suite à des maladies congénitales ou autres ont pu être scolarisés, et combien d'entre eux ont bénéficié d'une réelle insertion dans le milieu professionnel après une longue prise en charge ' Quel accompagnement est réservé à cette catégorie de personnes pour être autonomes et pouvoir s'insérer dans la société et vivre normalement comme les personnes valides ' Des questions posées à l'occasion de la célébration de la Journée internationale des personnes handicapées, qui resteront sans réponse puisqu'à ce jour les mécanismes mis en place par les pouvoirs publics demeurent, d'une part, insuffisants et, d'autre part, obsolètes.Des mesures ont été prises il y a quelques années eu égard aux textes et aux conventions internationales ratifiés par l'Algérie, mais les programmes d'insertion tardent à venir. Aucune statistique n'est disponible pour justement évaluer la situation. Les associations de défense et de soutien des personnes en situation de handicap ne cessent de multiplier les appels pour une meilleure insertion et inclusion. Les politiques y afférentes relèvent pourtant des autorités nationales, en l'occurrence et en premier lieu le ministère de la Solidarité. Si certaines personnes en situation de handicap se retrouvent aujourd'hui salariées, n'attendant pas seulement la pension octroyée par l'Etat, c'est parce qu'elles ont eu la volonté d'aller de l'avant, et bien sûr avec l'aide et l'accompagnement des associations et des équipes médicales qui ont contribué à leur réussite.Les services hospitaliers spécialisés qui assurent le suivi médical de ces personnes dès le premier diagnostic affirment que peu de patients sont aujourd'hui devenus autonomes. L'équipe médicale de rééducation fonctionnelle et de réadaptation de l'EHS de Tixeraïne qui a vu défiler des milliers de patients handicapés en connaît un bout de cette situation dramatique, tout en se félicitant de quelques exemples de patients qui ont pu, quand même, réussir à faire leur vie malgré leur handicap.Pris en charge depuis 1984 à l'hôpital de rééducation fonctionnelle de Tixeraïne pour la maladie spina bifida, Brahim a ouvert les yeux dans les blocs A, B et E de l'hôpital, où il occupe actuellement le poste de standardiste. «J'étais hospitalisé à l'âge de 16 mois et je n'ai commencé à marcher qu'à l'âge de trois ans. Avec ma maladie, je n'ai pas échappé aux complications, j'ai dû alors être amputé d'une jambe. Je me suis retrouvé donc handicapé avec une prothèse au pied à 13 ans. Cela ne m'a jamais empêché de penser à travailler et à mener une vie normale comme tout le monde.Le suivi médical est régulier. Actuellement, je me sens bien, je suis père de famille, je dois donc travailler, ce n'est pas avec la pension de 4000 DA que je vais pouvoirs subvenir aux besoins des miens.» Agé de 35 ans, Brahim est aujourd'hui standardiste à l'hôpital de Tixeraïne après avoir bénéficié d'un stage au centre de formation de Kouba.«Après la formation, j'ai fait le stage pratique ici à l'hôpital et je travaille à temps plein. Je viens tous les matins de Boufarik dans les transports publics soutenu par ma canne et rien ne m'empêche de faire mon travail. J'ai toutes mes facultés mentales, donc je peux travailler malgré mon handicap. J'ai mes mains et mon cerveau pour réfléchir. Le plus important est de surmonter sa maladie et aller de l'avant.C'est aussi grâce à l'équipe médicale qui m'a accompagné depuis ma tendre enfance, suivi et encouragé que je suis arrivé à ce stade et à faire le métier que je voulais faire. J'encourage tous les handicapés à faire de même», nous confie Brahim tout fier de son exploit. L'exemple de Brahim n'est pas unique dans cet hôpital, puisque d'autres handicapés tels que Aïssa, secrétaire médical, et R.T., malvoyante, kinésithérapeute, pour qui cet établissement et son équipe constituent une seconde famille, ont pu s'intégrer et atteindre leurs objectifs. Les patients sont aujourd'hui avides de retrouver leur autonomie, précise le Pr Belmihoub Abderrezak, chef de service par intérim à l'EHS de Tixeraïne, et de citer des exemples de patients qui ont réussi à s'insérer et à faire le métier de leur choix. Mais cela reste encore infime. Il estime que l'insertion sociale doit être une priorité dès le premier diagnostic de handicap, quelle que soit sa nature.«Ces enfants handicapés doivent être préparés à affronter l'extérieur qui est complètement différent de l'environnement de l'hôpital, et ils doivent savoir que la vie est dehors. Au sein de l'hôpital, la prise en charge est généralement assurée avec tous les axes liés à la réadaptation physique, essence même de la spécialité de l'hôpital», a-t-il expliqué avant de préciser qu'il est important de multiplier les centres régionaux de rééducation fonctionnelle, sachant que le nombre de cas, notamment dans des pathologies infantiles handicapantes (IMC, Spinabifida, traumatismes crâniens, et autres), est en nette augmentation. «Sur une trentaine de consultations par jour, une dizaine de cas relèvent de ces pathologies infantiles pourvoyeuses de handicaps», a-t-il noté .Comme il a souligné l'importance de la mise en place de structures qui prendront le relais pour justement assurer l'accompagnement, l'orientation, comme cela se fait ailleurs où des centres de soins affiliés à différentes administrations préparent les patients à une seconde phase de leur vie. «Ce qui peut se faire à travers des formations spécifiques à l'égard des jeunes handicapés qui sont souvent aptes à assumer des tâches très précises», a-t-il indiqué.Pour le Dr Maïza Laghouati Hada, chef d'unité au service de rééducation fonctionnelle, il doit y avoir systématiquement un relais qui assurera à ces enfants un accès à la scolarité. «Une fois que les déformations qui sont à l'origine du handicap sont corrigées et tout le travail lié à la marche assuré, ces enfants doivent être scolarisés même avant 5 ans puisque généralement il n'y a pas de déficit intellectuel», a-t-elle expliqué tout en regrettant que de nombreux enfants sont privés d'école. Elle revient également sur l'importance de la prise en charge de ces enfants une fois diagnostiqués.Les enfants souffrant d'Infirmité motrice cérébrale (IMC) nécessitent des soins spécifiques, sachant que certains ne souffrent que d'une légère boiterie. «Pour ce faire, nous avons besoin d'un personnel qualifié qui fait réellement défaut aujourd'hui», a-t-elle indiqué en précisant que la situation s'est compliquée avec le départ à la retraite de kinésithérapeutes. Elle a également insisté sur l'importance du diagnostic précoce pour prévenir et éviter ces handicaps.
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