En ce 8 mars
printanier, le ciel bas sur Djelfa laissait sourdre une fine pluie de bon
présage. Cette bruine printanière s'étendait de Mouileh, à une encablure sur la
nationale 46 venant de Biskra, jusqu'au col des Caravanes (1200 mètres),sur la
nationale 1 menant vers le grand Sud.
En dépit des
terres fertiles qui s'étendent sur des dizaines de kilomètres et du patrimoine
forestier du mont Senelba, la région à haute teneur pastorale, fait de
l'élevage ovin son principal credo. Relativement tardive, cette manne pluvieuse
n'en sera pas moins, la bien venue. Djelfa, cette nouvelle mégapole des Hauts
Plateaux, est le chef lieu de la troisième wilaya démographique du pays. Centre
universitaire, le bond en avant, est époustouflant. Le gros bourg de 1974, est
devenu un centre nodal d'échanges économiques régional s'étendant de la
dépression du Hodna, au plateau du Sersou. Sortant de ses anciennes limites
territoriales, la ville s'étend dans tous les sens ; il est vrai aussi que la
désharmonie urbanistiques est criarde. L'ensemble immobilier jouxte parfois, la
masure. L'implantation de somptueux réverbères, plantés en rase campagne,
dénote quelque peu de l'incohérence et du mimétisme contagieux qui s'est saisi,
de la Collectivité locale.
A l'entrée est de la ville, on creuse une
trémie, probablement une première dans cette région du pays ; sa mise en
service est supposée éviter les « bouchons » du croisement des nationales 1 et
46. Le contournement du tissu urbain, fait découvrir le coté cour de la cité
tentaculaire. D'innombrables immeubles aux couleurs candidement chatoyantes, grenellent
les espaces jadis nus.
A gauche de la route, la pinède verdoyante,
annonce déjà la forêt de Moudjebara, plantée dans les années quatre vingt et
dont un ancien premier Ministre, mettait en doute la pertinence. Il aurait aimé
que l'essence en soit le jujubier ; le double avantage disait-il alors, aurait
été l'ombrage et le fruit. Ain Roumia à une trentaine de kilomètres sur la
route de Laghouat, balayée par la bourrasque sableuse, offre une halte aux
voyageurs dans le relais où l'on peut se restaurer et faire le plein de
carburant.
La steppe, d'habitude florissante en cette
période, est flétrie. Les touffes d'alfa, échinées par les rafles de vent, sont
décolorées, signe annonciateur de sécheresse. Quelques kilomètres plus loin, entre
les bifurcations de Ain El Bel et Tadmait, célèbre par sa station expérimentale
d'élevage ovin et son casernement, un pasteur fait abreuver son cheptel à un
point d'eau constitué, d'un bassin alimenté par pompage à l'énergie solaire.
C'est déjà, un signe fort de sortie de l'archaïsme traditionnel.
Les travaux routiers, battent leur plein ; la
bonification du réseau national est visible sur plusieurs tronçons. Un engin
marqueur de bandes, trottine en bord de route, malheureusement les rafales de
vent de sable risquent de compromettre son ouvrage. Pourtant, les prévisions
météorologiques peuvent à l'heure près, éviter à notre ingénierie de telles
bourdes. Plus loin, un minuscule hameau, disposant d'une belle petite mosquée
ressemblant à une maquette et une agence postale, semble faire des efforts
gestatifs pour naître.
Les produits des célèbres tisseuses de
Messâad, notamment le burnous et la kachabia en poils de chameau, sont vendus
sur la route. Cette vitrine ambulante, évite aux potentiels acheteurs d'aller
jusqu'au cru, situé à une quarantaine de kilomètres dans la profondeur
steppique.
La route est animée par de gros tonnages qui
renseignent sur la vivacité économique de la région exhalant déjà, le gaz
naturel de Hassi R'Mel.
La vitesse imprimée au moteur, permet de venir
à bout, un tant soi peu, de la monotonie de ces immensités. Sidi Makhlouf,
dernière étape avant Laghouat, mue lentement mais sûrement. Le nouveau siège de
la protection civile, le nouveau lycée et le siège de la Daïra font sortir le
village de la dépression topographique qu'il occupait, le cachant jadis à la
vue de loin. La route qui le relie au chef lieu de wilaya, est maintenant à
double voie.
Le col des pigeons, piton de terre érodé par
le vent, veille sur la cuvette qui va jusqu' aux portes nord de Laghouat. Des
prééminences coniques, faites de pierre, sont visibles çà et là.
Elles seraient les vestiges de marquage de
l'ancienne route cochère ; les attelages en faisaient leurs repères pour éviter
la perdition. La ville du barde Benkiriou, est nichée au bord de Oued M'Zi qui
dévale du Djebel Amour, pour aller mourir dans les Ziban après avoir, pris le
nom de Oued Djeddi l'impétueux. Les travaux de route érigent un autopont qui
fera éviter, les flux circulants venant d'Aflou avec ceux qui vont au Sud ou au
Nord. Après quelque parcours en lacis, c'est le parc de loisirs réalisé en
grande pompe et qui geint sous un silence pesant. Apparemment abandonné, il
n'attire plus les visiteurs. Encaissée par deux arrêtes montagneuses, la route
en goulot, aboutit à l'enjambement de l'immense cours d'eau, qui pour le moment
n'est qu'un mince filet.
Le moment venu, il emportera tout sur son
passage, gonflé par les eaux des imprévisibles orages d'été ou des crues
automnales. Le nouveau dédoublement du pont porte cette ingénue inscription :
Pont de Oued M'Zi. C'est à ce niveau, que l'évitement de la ville, prend le
coté gauche sur la route d'El Assafia, célèbre par l'une des batailles menée
par Bennacer Benchohra lors de la pénétration coloniale du XIX siècle.
Cet évitement de plus d'une dizaine de
kilomètres, fait découvrir enfin, au visiteur l'oasis sud de Laghouat chantée
par l'épître populaire : « Laghouat Eghouatine fi maariftana » (Il y a à notre
connaissance, deux Laghouat..), faisant ainsi allusion aux deux oasis séparées
par une petite chaîne montagneuse. La palmeraie, certes moribonde, conserve
encore quelques attraits.
Elle est veillée par un fortin ceint d'une
ancienne muraille en pierre, relique de la nuit coloniale. En contrebas, ce qui
semble être un cimetière, est centré par deux sanctuaires maraboutiques et dont
les dômes fraîchement repeints en vert, accrochent le regard. La double voie,
reprend ses droits sur une distance de plusieurs dizaines de kilomètres jusqu'à
la bifurcation de l'aérodrome. Oeuvre du plan de relance économique, il n'est
pas, croyons nous, desservi jusqu'à ce jour, par une desserte régulière.
La route est encore chahutée par des engins de
terrassement aux fins de réhabilitation.
Le village de Bellil, pousse comme un
champignon ; il offre à chaque passage, un nouveau visage. Son futur château
d'eau en construction en forme de verre à pied, est un défi du génie civil. La
myriade de pied droits et de tubes métalliques s'enchevêtrant pour soutenir le coffrage,
donne le tournis. C'est probablement la future ville relais qui brisera, la
solitude inhospitalière s'étendant sur deux cents kilomètres entre Laghouat et
le M'Zab.
A quelques kilomètres de là, Hassi R'Mel,
réservoir fossile du gaz naturel national, est joignable par une route qui part
à droite. Seules ses torchères, sont visibles de loin. Tagdempt, un lieu dit et
Z'Bair regroupement de quelques maisons, sont sans particularisme. Un gazoduc
en réalisation et se dirigeant apparemment vers l'Est, fait son bonhomme de
chemin.
La route annonçant Berriane, se déroulant sur
près de 45 kilomètres tortueux, est ponctuée par des travaux de confortement ou
de bonification. Les déviations caillouteuses, font vibrer les structures des
véhicules. Désagréables certes, mais néanmoins nécessaires. La cité
bouillonnante du M'zab est annoncée par le silo blanchâtre d'une plâtrière.
La présence d'un escadron mobile de
gendarmerie à l'entrée de la ville, rappelle que les différends communautaires,
ne se sont pas totalement dissipés. Les deux entités humaines semblent,
toujours, se regarder en chiens de faïence au regard des forces de sécurité
encore stationnées sur les lieux. Les forces anti émeutes de la police sont,
quant à elles, cantonnées en plein coeur de la ville. Les constructions en
étages et haut situées, rappellent étrangement le bâti yéménite où il est fait
usage de chaux et de moellons. La quarantaine de kilomètres qui reste à
parcourir pour aboutir enfin à Ghardaïa, est maintenant distraite par la naissance
d'une nouvelle ville. Oued Nechou, c'est son nom, est un vieux projet des
années quatre vingt dix, mais qui n'a pas connu de véritable développement
vient d'exploser par le fait des dernières inondations dans la vallée. Comme
qui dirait, le malheur des uns...On découvre, non sans surprise, une studieuse
fourmilière occupée à construire à perte de vue. Les jolies maisons
individuelles, aux couleurs pastel, surprennent le regard non habitué à la
diversité des tons. Ghardaïa, à une dizaine de kilomètres, est sortie de son
écrin topographie, elle s'étend maintenant sur les hauteurs de Bouheraoua.
Le nouveau site, aéré et spacieux, est déjà
doté de beaucoup de commodités qui accompagnent les milliers de logements
réalisés ou en voie de l'être. A la sortie Sud, et au-delà du centre
universitaire et de l'aéroport, Noumérat, la nouvelle excroissance de Metlili,
pointe son nez.
Par la naissance de nouveaux pôles urbains,
celle qui a été qualifiée de pentapole, gardera-t-elle ce particularisme ou
va-elle le perdre ? Inéluctablement, la poussée démographique et le flux
migratoire Nord Sud enclenché par la furie terroriste de sinistre mémoire, en
auront ainsi décidé !
Mon commentaire ne concerne que ce que vous avez écrit au sujet du reboisement de Moudjebara. Bravo pour votre lucidité.
Quelles réalisations peuvent être portées à l'actif de cet ancien premier ministre? A-t-il trouvé dans la steppe et l'Atlas saharien des sites pour ses jujubiers? Cherche-t-il encore?
Grim - Ingénieur civil des eaux et forêts - Montréal, Canada
16/11/2010 - 8408
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Farouk Zahi
Source : www.lequotidien-oran.com