
Plusieurs délais d'application de la loi 08/15 du 21 juillet 2008 ont été annoncés puis reportés en raison de l'impossibilité de conformer dans le temps l'ensemble du cadre bâti dit illicite à travers le pays. Si cette loi est utile et nécessaire pour freiner et abolir même les constructions qui enlaidissent le pays, nous nous posons cependant la question de savoir pourquoi a-t-on laissé proliférer durant plusieurs années des habitations non conformes. Où étaient alors les différents services de l'Etat en charge du contrôle des périmètres urbains et du respect des normes de construction' D'autre part, l'application de cette loi s'avère impossible dans certaines régions du pays, à l'exemple des villages de montagnes ou de campagne. Comment peut-on se conformer à des règles urbanistiques actuelles des constructions qui datent depuis plusieurs siècles et où se sont cumulés des agrandissements' Les villages de montagne ou de campagne ont leurs spécificités géographiques, climatologiques et sociologiques qu'aucune loi ne peut domestiquer. Chaque village est une entité globale qui repose sur une logique organisationnelle particulière et douée de sens et de règles locales. Comme sujet d'exemple, si dans le Sud les ruelles des villages sont étroites et longues ou encore si les ouvertures se font en face à face c'est pour produire des courants d'air qui rafraîchissent la cité écrasée par les chaleurs torrides. En Kabylie, les murs extérieurs des maisons sont souvent partagés pour obtenir plus de consolidation dictée par la configuration très accidentée des terrains mais aussi dans le souci d'une utilisation économique des espaces. Les maisons forment ainsi des cellules compactes collées les unes aux autres et sont interdépendantes par leurs bases communes et surtout soudées par des rapports sociaux forts. De plus, dans toutes ces cités particulières d'Algérie, la modernité y est entrée non pas par effraction, mais pour le besoin des avantages qu'elle offre. Ainsi, les poteaux électriques, pourtant posés en connaissance de cause des lieux par l'entreprise non moins nationale Sonelgaz, rasent les murs, sont sinusoïdaux, passent sous les fenêtres, sautent d'une maison à une autre au gré des positions de l'une et de l'autre, s'entrecroisent maille à maille jusqu'à former une toile d'araignée. Faut-il alors défaire et refaire ou conformer tout cet enchevêtrement social comme stipulé par la loi 08/15' S'il fallait seulement imposer la rigueur de cette loi, alors il faut démolir tous les villages de Kabylie, de Ghardaia, d'El Oued, de Touggourt, de Djanet, etc. Tout comme la Casbah d'Alger qui jouit d'un statut particulier au regard de son plan urbain, il conviendrait alors d'appliquer cette même disposition à toutes les contrées d'Algérie correspondantes et les considérer plutôt dans leur ensemble et non par fractionnement des cellules. Notons que ces ensembles sont surtout dépositaires de valeurs humaines, culturelles et historiques qui réclament la sauvegarde par l'adaptation de considérations normatives plutôt réfléchies.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abdenour MERZOUK
Source : www.lexpressiondz.com