
Le plan ancien du port de La Calle présente une petite place fortifiée organisée à la fois comme comptoir commercial, base maritime et espace militaire stratégique sur la côte orientale de l’Algérie.
La ville est entourée d’une muraille (Muraille de la Place) percée de deux accès principaux :
la porte côté terre, dotée d’un corps de garde chargé notamment de désarmer les Maures à l’entrée ;
la porte côté port, également surveillée.
La grande porte de la place, la forteresse, la chancellerie et plusieurs corps de garde confirment le caractère défensif et administratif du site.
Le dispositif militaire est important :
un moulin à vent armé d’une couleuvrine et de pièces de canon ;
plusieurs batteries d’artillerie (4, 5 et 3 pièces selon les emplacements) ;
une pièce isolée de 8 livres ;
des guérites pour la garde des bateaux.
Ces installations protégeaient l’entrée du port, particulièrement dangereuse lorsque soufflait le vent de nord-ouest (N.O.), rendant l’accès impraticable à cause des bancs de roche à fleur d’eau signalés sur le plan. Les sondes étaient indiquées en pieds afin de guider la navigation.
La Calle était un centre majeur de la pêche au corail. Le plan mentionne :
la baraque des corailleurs,
la plage où les corailleurs tirent leurs bateaux à terre,
des bateaux en rade,
des bateaux tirés à terre,
des bateaux à la pêche du corail,
un quai pour le débarquement,
la cale et le mouillage des bâtiments.
L’entrée du port était signalée comme périlleuse par vent frais de N.O., avec présence de brisants visibles à la surface.
Le port comprenait de nombreux magasins :
magasins pour le blé et autres denrées,
grand magasin des blés,
magasin des agrès,
magasin des cuirs,
magasin pour le bois,
fours à la dépense,
boucherie et pas de la boucherie,
moulin à bras.
On note aussi des bâtiments liés à la construction navale.
Cette organisation montre que La Calle était à la fois un entrepôt commercial, un centre de ravitaillement et un point d’exportation.
Le plan distingue clairement les espaces religieux :
une église et la paroisse,
une mosquée des Maures.
S’y ajoutent :
l’hôpital et l’hôpital pour convalescents (avec muraille destinée à isoler les malades),
la maison du Directeur,
la chambre des commis,
la chambre du truchement (interprète),
le jardin du Directeur, arrosé par un puits équipé d’une pompe,
plusieurs puits,
des écuries,
un cimetière.
La coexistence d’une église et d’une mosquée illustre la présence européenne (notamment liée à la Compagnie du corail) au sein d’un environnement nord-africain.
Le plan insiste sur :
des bancs rocheux à fleur d’eau,
un écueil à l’entrée du port,
un fond rocheux vers l’entrée et sableux vers la plage,
des signaux envoyés par pavillon blanc depuis le moulin lorsque l’entrée devenait dangereuse.
L’échelle est donnée en toises, confirmant qu’il s’agit d’un document technique destiné à la navigation et à la défense.
Le plan ancien du port de La Calle révèle une petite place maritime fortement militarisée, structurée autour de la pêche du corail, protégée par des batteries d’artillerie et organisée comme un comptoir commercial autonome.
À travers ces documents, on perçoit l’importance stratégique et économique de l’actuelle El Kala dans les réseaux méditerranéens des XVIIe et XVIIIe siècles : un port modeste par sa taille, mais essentiel par sa fonction.
Posté par : patrimoinealgerie
Ecrit par : Hichem BEKHTI