El-Taref - Port de La Calle	(Commune de El Kala, Wilaya d'El Tarf)

Le commerce du corail à La Calle (El Kala) : l’histoire d’un « or rouge » méditerranéen



Le commerce du corail à La Calle (El Kala) : l’histoire d’un « or rouge » méditerranéen

Le port de La Calle, aujourd’hui appelé El Kala, a été pendant plusieurs siècles un des centres les plus importants du commerce méditerranéen du corail rouge, une ressource précieuse utilisée dans la joaillerie, l’artisanat et le commerce international depuis l’Antiquité.


Les origines : un comptoir stratégique dès le XVIᵉ siècle

Dès le XVIᵉ siècle, La Calle devint un lieu convoité par les marchands européens pour l’exploitation du corail rouge. Des négociants marseillais d’origine corse, notamment Thomas Lenche, obtinrent des licences de la Régence d’Alger pour pêcher et commercer ce produit sur tout le littoral oriental de la régence.

En 1560, ces marchands fondèrent à proximité du port un établissement appelé Bastion de France, destiné à centraliser les activités de pêche, de stockage et de commerce du corail. Cette base devint l’un des premiers comptoirs français en Afrique du Nord et un nœud commercial essentiel entre le Maghreb et la Méditerranée occidentale.

L’exploitation du corail engageait alors des centaines de pêcheurs et marins, employant plusieurs dizaines de barques qui capturaient le corail au large de la côte rocheuse.


L’essor du « gold rouge » : un produit précieux dans les réseaux commerciaux

Le corail rouge méditerranéen était considéré comme un produit de très haute valeur. Il servait à confectionner des bijoux, des ornements et même des amulettes dans de nombreuses cultures européennes et asiatiques.

À partir du XVIIᵉ siècle et jusqu’à la fin du XIXᵉ siècle, La Calle devint un centre majeur de pêche et de transit du corail rouge. Des centaines de bateaux corailleurs y stationnaient chaque saison, attirant des pêcheurs locaux, italiens, français mais aussi des commerçants juifs qui jouaient un rôle intermédiaire dans l’écoulement et la redistribution du produit sur les marchés européens.

Le corail extrait à La Calle était souvent exporté vers des centres de traitement et d’artisanat bien établis comme Livourne en Italie ou la région de Marseille, où il était transformé en bijoux et objets précieux avant d’être redistribué vers l’Europe du Nord, l’Asie ou même la Russie.


Du commerce aux enjeux géopolitiques

La richesse associée au commerce du corail ne se limita pas à l’activité économique. Elle fut aussi un vecteur d’influences politiques et militaires. La présence du Bastion de France, soutenue par les autorités marseillaises et françaises, illustre comment les enjeux commerciaux s’entremêlaient avec des ambitions territoriales en Méditerranée.

L’établissement fut plusieurs fois détruit et reconstruit au gré des conflits entre puissances locales et européennes, mais resta un point stratégique jusqu’à la conquête française de l’Algérie au XIXᵉ siècle.


Évolution récente et perspectives contemporaines

Après l’indépendance de l’Algérie, la pêche du corail continua d’être une source d’activité locale, mais l’exploitation intensive mena à l’épuisement des ressources. Au tournant des années 2000, face au déclin des stocks et à la raréfaction du corail rouge, les autorités algériennes interdirent temporairement sa pêche pour préserver l’écosystème marin.

Aujourd’hui, El Kala reste connue comme la capitale historique du « corail rouge » en Algérie, et une partie de cette tradition s’exprime encore dans les ateliers d’artisans qui en font des bijoux ou des objets d’art.

Les récifs coralliens sont aujourd’hui menacés par la surpêche et le trafic illégal, à tel point qu’un important trafic illégal de corail continue d’être constaté le long de la côte est algérienne, souvent destiné à l’exportation vers l’Europe via des routes clandestines.


Conclusion

Le commerce du corail à La Calle fut pendant des siècles au cœur d’un réseau méditerranéen dynamique qui liait la Modalité locale de pêche, les marchés européens et les intérêts commerciaux internationaux. À travers le bastion français, les compagnies corses ou la main-d’œuvre italienne, ce littoral nord-africain fut un foyer d’échanges, de prospérité et de confrontation économique. Aujourd’hui, bien que le commerce ait changé d’échelle, l’héritage de cette activité continue de marquer l’histoire et l’identité d’El Kala.


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