
Les passagers sont peu nombreux. Le receveur contrôle les billets. Une fois dans le bus, chaque passager rejoint sa place indiquée par un numéro. En moins d'une dizaines de minutes, le bus démarre. Parmi les voyageurs, deux étudiants animent la discussion. Ils discourent sur la politique d'austérité du gouvernement. Chacun y va de son analyse pour donner son point de vue. Le temps passe. Les kilomètres sont avalés rapidement. La circulation est fluide en cette journée de dimanche. Normal, c'est l'autoroute... ou presque. Certains tronçons sont toujours cauchemardesques pour les automobilistes. C'est le cas au niveau de la wilaya de Bouira. Heureusement que le chauffeur connaît la route. Il réduit la vitesse quand il le faut. Il fait preuve d'un sang-froid exceptionnel. C'est rassurant. Mais il faudra quitter l'autoroute Est-Ouest pour prendre la route nationale vers Sour El-Ghozlane. Le tronçon est beaucoup plus étroit. Mais la nature déploie ses champs et ses terres agricoles grasses comme pour narguer l'homme. Mais pour combien de temps ' Des vendeurs de pomme de terre exposent leurs marchandises sur le bord de l'asphalte. Le kilogramme est vendu à 25 dinars.La route est praticable. Son étroitesse, toutefois, ne lui permet pas de contenir le flux du trafic routier. Une longue file de semi-remorques s'est formée tout le long de cet itinéraire. De Sour El-Ghozlane à Sidi Aïssa en passant par Khamaria et Dihra, des forêts alternent avec des maquis, le paysage est magnifique. Le centre-ville de Sidi Aïssa n'a pas changé. Mais comme toutes les villes d'Algérie, cette commune de la wilaya de M'sila ne déroge pas à la règle : les constructions anarchiques à l'architecture aléatoire ont fini par étouffer cet ancien village agricole. Démence urbanistique. Sidi Aïssa donne l'image d'une ville inachevée avec ses maisons aux façades grises et aux toits hérissés de piliers. Et suprême outrage, la circulation y est étouffante.Ici, véhicules légers et poids lourds circulent ensemble. La principale route est en chantier, créant des embouteillages qui n'ont plus de fin. Il faut s'armer de beaucoup de patience pour pouvoir s'en sortir sans trop de dégâts. La colère bouillonne. Elle se lit sur les visages des automobilistes. Enfin la sortie. Les champs se déploient, vastes. Des terres agricoles inexploitées. Un état qui prélude généralement à une urbanisation tous azimuts.Le décor est le même jusqu'à la ville de Bou Saâda. Celle-ci est toujours attirante. Plusieurs nouvelles constructions ont été réalisées à l'entrée de la ville. La route est encore longue. La montre indique 15h. La chaleur va crescendo. De Bou Saâda à El Oued en passant par Ouled Djellal, la route, dans certains de ses tronçons, est impraticable, mettant à rude épreuve les automobilistes. Il n'est pas facile de conduire normalement. Les autorités locales engagent des travaux de revêtement. Mais les travaux traînent, selon le chauffeur. Ici, il faut rouler lentement. Ce qui est frappant pour un pays qui veut redorer son blason en matière de tourisme est qu'il n'existe, tout le long de cet itinéraire, aucun endroit pour pouvoir se reposer ou se rafraîchir. Les restaurants, les cafétérias longeant le trajet font fi de l'hygiène. Quant aux prestations de services ....Une fois dans la ville20h. Le bus fait son entrée dans la ville d'El Oued. Surprise, la ville, lumineuse, est grouillante. Tous les magasins sont ouverts, de la boucherie à la boulangerie en passant par les cafétérias et autres restaurants. Les gens circulent toujours. Ahmed, ancien journaliste est de ceux qui apprécient la vie nocturne. Avec son groupe de noctambules, ils se retrouvent presque tous les jours autour d'un feu pour, entre autres, pour commenter l'actualité. Le matin, la ville donne l'impression d'une maison vide. Mais détrompez-vous, les gens ne font pas la grasse matinée. A El Oued, il ne vient à l'esprit de personne de rester la journée sans rien faire. C'est pourquoi les rues de la ville sont presque vides durant le jour. « Ici, le travail est sacré. Il est rare de trouver des Soufis oisifs », lance le propriétaire d'un café. Sourire aux lèvres, regard vif, les Soufis ont vraiment le travail dans la peau. La ville est traversée par l'avenue Mohamed-Khemisti, son artère principale. Les routes sont en parfait état, elles réservent toutefois quelques surprises : des ralentisseurs sont implantés d'une manière exagérée. A l'intérieur des quartiers, il n'existe pas d'asphalte, le sable y règne en maître. Pour admirer la ville, il faut prendre de la hauteur. Monter, par exemple, sur la tour de l'hôtel Souf en forme de minaret. L'on comprend alors pourquoi El Oued a été appelée « la ville aux mille coupoles ». Ici, pratiquement toutes les maisons n'ont pas de terrasse, mais sont couvertes de coupoles. El Oued dispose de deux marchés. Le marché Libya et Dubaï. Deux grandes places bordées de boutiques artisanales qui débouchent sur des venelles. Les produits sont parfois étalés à même le sol. On trouve indistinctement fruits et légumes, épices, vêtements traditionnels, nattes, couvertures et autres tapis.Les Tunisiens sont làLes deux espaces sont fréquentés non seulement par les Soufis mais surtout par les Tunisiens. Ces derniers viennent en nombre impressionnant faire leurs emplettes. Le premier groupe arrive sur place à 5h du matin alors que le marché n'a pas encore ouvert ses portes. « Depuis la révolution, je fais deux à trois voyages par semaine », avoue Salah, un commerçant tunisien. Il n'est pas venu seul. Il est accompagné de son ami, Aziz. Les deux achètent tout ou presque : ustensiles de cuisine, pièces de rechange pour véhicules, vêtements et produits alimentaires. « Nous achetons un peu de tout. Nous prenons notamment des choses qu'on ne trouve pas forcément chez nous », disent-ils. Ils estiment que les prix au niveau du marché sont raisonnables par rapport à ceux pratiqués dans leur pays.Cette présence tunisienne sur le sol soufi est une véritable aubaine pour les commerçants locaux. « Les Tunisiens sont nos frères. Ils sont en train de vivre une crise difficile, et de notre part, nous veillons à ce qu'ils ne manquent de rien. C'est un devoir de les aider », souligne un habitant de la région. Propriétaire d'une alimentation générale, Mohamed dit tout le bien qu'il pense des Tunisiens et de leur comportement une fois dans la ville. « Ils sont éduqués. Ils n'ont jamais créé de problèmes. Ils viennent pour acheter les produits dont ils ont besoin et s'en repartent tranquillement », a-t-il témoigné.Un autre commençant abonde dans le même sens. « Leur venue n'a jamais dérangé personne ici. Au contraire, cela nous assure des rentrées d'argent. Nous travaillons bien avec eux », se félicite-t-il. Les achats se font avec les deux monnaies, les dinars algérien et tunisien. « Les Tunisiens payent soit avec leur monnaie, soit avec le dinar algérien qu'ils peuvent échanger contre leur dinar », confirme un commerçant. Pour un chauffeur de taxi, la proximité et les liens familiaux motivent les Tunisiens à venir ici. « Ces dernières années, les liens se sont fortement établis entre des familles tunisiennes et soufies », a-t-il précisé. Et d'ajouter : « Avec nos voisins, nous partageons beaucoup de choses. Nous parlons la même langue et avec le même accent. »
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : A H
Source : www.horizons-dz.com