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RAMADAN EN BELGIQUE Les canons du jeûne



De notre bureau de Bruxelles, Aziouz Mokhtari
La Chasse, quartier européen tout proche, quelques encablures plus bas ou en prenant le «36», le bus desserte qui dépose à Schumen, conseil, commission et résidence-palace, le nec plus ultra de l'UE. C'est pourtant en cet endroit que la mythique boucherie Himi, «Maison fondée en 1974», est-il mentionné sur le fronton extérieur, se trouve.
Halal, évidemment, c'est aussi écrit sur l'enseigne. En d'autres caractères. Les tenants de la maison, plus qu'une simple boucherie, c'est vrai, tiennent à être au top européen, arabo-musulman et, surtout, son dérivé andalou. Les Himi sont d'Oran, ne l'oublions pas tout de même. Au cas où cela devait arriver, Alilou le cadet veille au grain pour corriger, rectifier, dire, raconter du vécu, du charnel, du vrai, de là-bas. Oran, Ah ! Oran ! Si on aborde le sujet avec les Himi, Mohamed, l'aîné, ou Alilou, le cadet, on ne s'en sort plus, surtout si on est, comme moi, seulement d'Alger mais usmiste. Les MCO-USMA ou USMA-MCO d'antan, de l'époque, reviennent à l'esprit, animent les débats fougueux. Aux détails précis. La tête de Fréha en cet année de..., les dribbles de Méziani, le but, non valable selon les Oranais, mais accordé par l'arbitre à Bernaoui qui s'était fait aider de la main. Bernaoui étant, évidemment, le vrai maître du jeu de main où les arbitres ne voient rien, absolument rien. Maradona et sa «main de Dieu» (but contre l'Angleterre en Coupe du monde accordé par le Tunisien Ben Ali, par le dictateur, l'autre, l'arbitre) n'ont rien, à prêter attention aux discussions chez Himi par rapport à Bernaoui. Les autres animateurs des fabuleux MCO-USMA ' Hadefi, bien-sûr, Rabi yarahmou, Belbekri, Guittoun, Ouanès, le gardien, Belabès, Zemmoum, El-Okbi, le gardien- volant, l'intellectuel. Ensuite, on passe en revue les autres grands moments du football algérien avec les Lalmas, Khalem, Achour, Hamiti, Nassou... Les 40, 41, 42, 43 jusqu'à 50 sont zappés volontairement. Alilou veut garder ces clients pour continuer à bavarder avec eux, c'est Ramadan. On passe donc à 51 pour permettre tout de même aux autres, même non musulmans, de faire leurs courses. Les numéros sont évidemment à prendre à l'entrée, servis par un efficace et tout utile appareil. Personne ne prend la place de l'autre. Ici, chez Himi, c'est le contraire. On laisse, volontiers, passer son tour pour parler, évoquer le bled, pas seulement les souvenirs, bien sûr. On plonge, dès lors, en Algérie et les prix affolants prodigués par le commerce là-bas, l'absence de régulation, les lois de l'offre et de la demande faussées à la base, les mercuriales ridicules, pourtant encore éléments de référence pour les pouvoirs publics algériens. «En Belgique et aussi en Europe, dira un client lors d'une controverse ramadanesque, si on laissait les commerçants faire ce qu'ils veulent, ils feraient la même chose que les Algériens.» «Oui, oui, lui rétorque une charmante demoiselle toute ouïe. Le gouvernement, bien-sûr...» «Est-ce que Himi est surveillé par le gouvernement ' Vous y croyez, vous '» «Bien-sûr», répond un autre jeûneur en train de s'interroger si oui ou non il doit emporter en plus de la viande hâchée, 500 g, une galette toute chaude et prête à être dévorée. Seul problème, il faut encore attendre 3 heures avant le adhan libérateur . «La preuve, dira-t-il, pour appuyer son argumentaire, les prix sont affichés, même ceux du naânaâ (menthe) et de la z'labia. Ce n'est pas pour rien que tou s'affiche, ici, c'est le règlement, un point c'est tout...» «Pourquoi, vous croyez que les lois et les règlements manquent en Algérie'» relève, avec habileté, un autre, en ajoutant : «Il n'y a pas un pays au monde où il y a autant de lois que chez nous, en Algérie, et pourtant...» Tout est bien tenu, ici, et les acheteurs, musulmans ou pas, beaucoup d'Européens aiment bien le lieu, et y sont des habitués. Dieu reconnaîtra les siens. La viande hâchée est la plus prisée, préparée à l'avance pour permettre plus de fluidité et faire éviter les files interminables. Les côtes d'agneau, les morceaux choisis pour la chorba ou la h'rira, les gigots, le bœuf et le veau, foie, notamment d'agneau pour la kebda m'chermela partent et sont vite épuisés. De l'arrière-boutique, de nouveaux arrivages. On prend son temps pour disposer. Les normes, toujours les normes, le respect des normes. Tout à l'heure, dit-on, le bourgmestre (l'équivalent du maire en France) sera là pour, croit savoir un acheteur de viande hâchée, commander quelques méchouis, parce qu'il donnera fête dans peu de temps. Candidat à sa propre succession pour le Majoret d'Etterbeek, Vincent de Wolf, le «bourgmestre» qui conduit sa propre liste «liste bourgmestre», apprécie, il est vrai, les méchouis Himi. Comme beaucoup de représentations diplomatiques arabes à Bruxelles. Beaucoup de «1er Novembre et de 5 Juillet» algériens ont été célébrés et bien célébrés en Belgique autour de méchouis de Alilou, de la maison Himi. On n'aura pas de réponse précise du pourquoi de la folie des prix en Algérie pendant le Ramadan. On reste même estomaqués lorsqu'on apprend par des jeûneurs voyageurs, fidèles clients de Himi, qu'en Indonésie, Turquie, Malaisie, Koweït, Irak (chiites et sunnite), les prix baissent en cette période à l'initiative des commerçants eux-mêmes. Leur façon à eux de célébrer le mois sacré. On quitte le Chasse, les sympathiques frères Himi, Mohamed et Alilou les Oranais pour le quartier aux 83 nationalités, record mondial, sans-doute (à vérifier), Saint-Fosse dont l'histoire est quelque part algérienne. L'ex-bourgmestre (maire) de la commune, Guy Cudell, fut un engagé, un grand partisan de l'indépendance de l'Algérie. Saint-Fosse a été lors de la guerre d'Algérie un lieu mythique, un centre opérationnel pour les fédérations FLN de France, d'Allemagne et de Belgique. Faux-vrais papiers, demande express de statut de réfugié pour éviter les reconduites vers la France, maison clandestine pour l'acheminement des armes au FLN, cliniques bricolées pour soins urgents, Saint- Fosse a été un haut lieu de la résistance algérienne. «cheikh» Guy Cudell, décédé, mérite de la nation algérienne. Son successeur, Jean Demannez, reste dans la continuité historique, sur la trajectoire algérienne de la cité. Il a été célébré, en mai dernier, ici au Cercle européen de la commune, un hommage de qualité aux «porteurs de valises», ces Belges qui ont porté les militants FLN. Les brillants avocats du barreau dont Serge Moureaux, Philippe Moureaux, son frère, homme politique brillant, redoutable et craint par ses adversaires, surnommé le «Bourgmestre des Arabes» parce que la commune à laquelle il préside aux destinées, Moleenbeek, est constituée majoritairement de Maghrébins, je ne vais pourtant pas à Saint-Fosse pour l'histoire. Du moins pas cette fois-ci, pas pendant le Ramadan. Ce Ramadan, je me rends à «Bab El Oued», boulangerie pâtisserie où l'on y trouve vraiment ce que l'on veut comme «algérianités ». Hamoud Boualem, évidemment, cette année, talonné de près par les limonades et jus Ifri. A Saint-Fosse, la vallée de la Soummam suit son cours. Les qtaïf, qnidlète, qalb-ellouz, évidemment toujours présents, altier, imposant. Le qalb-ellouz de chez «Bab-El-Oued» est unique, pas même ceux de Courtrai, Lille, Roubaix, venus, diton, d'Algérie, ne le délogent chez nous à Bruxelles. Tout est proposé à «Bab El Oued», rue Verbist, à Saint-Fosse. Les historiques sucreries ne détrônent cependant pas les baguettes au sanoudj noir, spécialité maison Algérie, parce que les Marocains ont du sanoudjmais blanc, pas comme le nôtre, les galettes, le baghrir, le pain rond, le complet, le fariné, pour tous les goûts, quoi. Les prix restent abordables. Les tenants de «Bab-El- Oued», Mouloudia dans le sang ( feddem) n'ont même pas eu à se poser la question. Pas question pour eux d'augmenter les prix pendant le Ramadan, «ça ne se fait pas», «c'est pas correct», «ça serait pitoyable». «Bab El Oued», l'enseigne extérieure vert, blanc, rouge aux couleurs bien définies, a imposé un style, une façon d'exercer dans ce quartier aux 83 nationalités. Pas évident pour des Algériens, minorité, de s'imposer. Pourtant, c'est le cas. Ici, lors des discussion, le derby change de couleur. C'est MCO-MCA, les deux Mouloudias et la fabuleuse finale ASMO-MCA, 4 à 3 en faveur du Mouloudia d'Alger, bien-sûr. Ici il est plus question de Bachi, Bencheikh, Betrouni, le Mouloudéen est non pas l'Usmiste, Betrouni ayant joué dans les deux clubs, Bousri, Tahir, Ezzerga, Cheikh que de Bernaoui, Meziani ou Guittoun. On est au Mouloudia, à Bab-El-Oued, quand-même, même si c'est Bab-El-Oued de Bruxelles. Ça reste Mouloudia. Signe des temps et de la qualité des services, ici, les Turcs, majoritaires à Saint-Fosse, admettent qu'à «Bab- El-Oued» on y propose les meilleurs qalb ellouze. Ce n'est pas rien, reconnu par les Turcs... Retour. Pour attendre le adhan libérateur à Alger, à l'époque on disait : « Ahou drab el medfaâ. De Fort l'Empereur, hauteurs d'Alger, les canons annonciateurs de la rupture du jeûne.
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