
La production Migraaaants, du théâtre du Chêne noir sonne comme un cri d'alarme qui se prolonge après être sorti de la sallePeut-on appeler spectacle le montage théâtral Migraaaants ' Non, pas vraiment. La misère humaine, même sur des planches théâtrales, touche au point sensible de ce que les hommes ressentent au plus profond, le sentiment d'une injustice planétaire implacable. Gérard Gelas, qui a créé le Chêne noir il y a cinquante ans, en été 1968, n'en est pas à son premier coup de gueule théâtral.La liste serait trop longue pour dire tout ce que l'acteur culturel engagé dans la vie citoyenne a soutenu. Cette question brûlante des migrations tragiques est parvenue à lui par le biais d'un texte que lui a envoyé l'auteur Matéi Viscnec, dont il avait monté la première pièce à Avignon, il y a 25 ans. «Quand je l'ai lu, j'ai décidé de la monter», explique-t-il à El Watan. «En sachant que ce n'est pas une pièce facile. Ce sont des tableaux assez discontinus et il fallait trouver une cohérence pour l'?uvre.Ce qui m'a amené là, ce sont les qualités littéraires et le fait que je suis de ceux qui pensent en France que le théâtre ne parle pas assez de ce qui se passe». D'ailleurs, précise-t-il, «je suis comme pas mal de gens, ce n'est pas original, très choqué par le problème des migrants, c'est pour moi un des problèmes majeurs que nous connaissons en ce moment avec le terrorisme mais de toute façon c'est lié».Le public a besoin de choses qui dérangentLa démarche de création théâtrale est le pendant de ce besoin de dire le monde. Se cacher la réalité ou se fermer le regard dans une salle de spectacle où on pense pouvoir se détendre serait-il toujours de mise en ces temps troublés. En feuilletant le catalogue très riche du Festival Off avec ses 1500 propositions, on peut dire avec Gérard Gelas qu'«on est beaucoup dans des drames psychologiques, on se regarde le nombril?»«Je trouve que le théâtre, à condition que ce soit un art ou objet artistique, doit participer à la réflexion de la cité, comme d'ailleurs il est né de cette façon là en Grèce. Je suis attentif à des textes où il y a un contenu social. Pour Migraaaants, des amis me mettaient en garde sous prétexte qu'on parle trop de ce thème à la télévision et partout. Je répondais que la télé c'est une chose, la réalité de ces êtres humains en est une autre.«J'ai organisé pour un apatride un mariage théâtral, avec de faux maire, témoins, avec sa fiancée?«Le théâtre a une particularité. Quand on voit les choses sur une scène, ce n'est pas la même chose qu'à la télévision. L'impact est réel, puisque le spectacle a été un énorme succès à Avignon. Cela veut dire que le public et les citoyens, ont besoin de choses qui dérangent.» C'est ce qu'il fallait démontrer, même si ce n'était pas son intention première.Cette année, les 50 ans de son théâtre ont été célébrés.Une occasion pour son fondateur de se remémorer quelques souvenirs de militantisme : «Je me rappelle sous je ne sais quel Président, d'un ouvrier portugais qui allait être expulsé vers son pays alors qu'il y avait la dictature.Militant politique d'extrême-gauche, il aurait été mis en prison à vie s'il rentrait chez lui. J'ai organisé pour le soutenir dans ma salle, un mariage théâtral, avec de faux maire, témoins, avec sa fiancée. On a fait venir les télévisions. Cela a fait un scandale national et la nationalité française lui a été accordée. Il est venu cette année voir Migraaaants. Dans le théâtre, j'ai fait aussi beaucoup de choses dans les quartiers, les rues, au pied des immeubles, Il y a aussi ma pièce, Guantanamo, qui est la seule pièce écrite sur ce bagne américain. Sans compter les pièces que j'ai accueillies.»Parmi ce qui a construit sa personnalité, Gérard Gelas cite l'Algérie. Il se prévaut d'ailleurs d'avoir été le premier à accueillir dans son lieu de spectacle Fellag, qui venait de quitter l'Algérie au moment des années du terrorisme. Il se souvient aussi avoir joué en Algérie, au lendemain de l'indépendance.Il y a aussi fait du tourisme comme aujourd'hui il serait impossible de le faire : «J'ai fait l'Algérie en mobylette, en Vespa, en voiture quand j'ai eu plus d'argent. Je suis allé jusqu'à El Oued en mobylette, j'ai fait la Kabylie, la Petite Kabylie, j'ai campé à Collo avec ma femme qui était kabyle? L'Algérie est un pays que j'aime profondément.La dernière fois que j'y suis allé, j'ai campé près de Tipasa et c'était très dur. Les ?barbus' étaient arrivés, ce n'était plus le même pays. Je ne suis pas un pied-noir. Il y a deux pays que j'aime, en dehors de la France, c'est l'Italie, parce que je suis à moitié italien par ma mère, et l'Algérie, où j'ai eu beaucoup d'amis. Je suis content que grâce à votre papier ils puissent avoir de mes nouvelles.» Voilà qui est fait.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Walid Mebarek
Source : www.elwatan.com