El-Oued - A la une

Ces Hommes qui ne meurent jamais Hommage à Djamel Keddou



C'est les larmes aux yeux, la gorge nouée, le c'ur serré que je voudrais rendre un ultime hommage à celui qui fut notre grand frère, ce Grand Homme, ce symbole, la fierté de tout Usmiste toutes générations confondues. Je veux parler de Djamel Keddou, Allah yerrahmou.
Ce n'est pas pour m'étaler sur les immenses qualités techniques de ce joueur talentueux, ni narrer ses innombrables prouesses balle au pied (la balle récupérée à l'intérieur des dix-huit mètres ne devait jamais être dégagée ;
il disait, en plaisantant, que c'était un péché et n'était pas digne d'un défenseur usmiste de le faire), ses remontées fantastiques, ses transversales millimétrées ou ses coups francs magistralement bottés par un pied gauche magique dont il nous régalait chaque semaine, mais pour faire connaître ses exceptionnelles qualités humaines et relationnelles, sa franchise, sa loyauté, sa bravoure qui
lui ont valu l'estime de l'ensemble des personnes qu'il a côtoyées (dans le monde du football et en dehors) durant sa longue et riche carrière footballistique qui a débuté en 1962.
La preuve nous a été donnée le jour de son enterrement où jeunes et moins jeunes représentant l'ensemble des clubs algériens sont venus lui rendre un dernier hommage.
Il refusait les interviews
Après une brillante carrière comme footballeur tant à l'USMA qu'à l'équipe nationale, celui qui participa activement à donner à l'Algérie son premier titre à l'échelle africaine, ce capitaine d'équipe exemplaire, s'est reconverti en entraîneur. c'était, comme il le disait, sa seule «heurfa», son seul don.
A cette époque, tout le monde lui prédisait un avenir radieux après l'excellent parcours réalisé tout d'abord avec les juniors, puis juste après à la tête des séniors avec à la clef une accession méritée en D1, et l'année suivante une 2e place au classement et, cerise sur le gâteau, une coupe d'Algérie brillamment remportée avec l'effectif le plus jeune de la D1.
Généralement pour un travail pareil et une telle réussite, la suite de la carrière d'un entraîneur ne peut être qu'exceptionnelle. Malheureusement, lui le virtuose, l'artiste, comme l'aimait à le surnommer un de ses ex-entraîneurs en équipe nationale, n'aura pas fait long feu. Malgré cette injustice criante, il ne tendit jamais la main pour quémander un poste, de l'aide ou une quelconque intervention ; pourtant, il aurait suffi d'une petite phrase de sa part pour que ses souhaits soient exaucés.
Une autre preuve pour démontrer ses qualités d'homme au sens propre du terme : a-t-il accordé une interview à un des nombreux journaux sportifs ' (si mes souvenirs sont bons, une seule fois), a-t-il participé à une quelconque émission sportive (télé ou radio) pour analyser un des matchs de notre terne championnat ' Ou débattre d'un sujet inhérent au football ' Jamais.
Se pavanait-il le jour du match dans le stade qui l'a vu grandir ' Jamais. Cherchait-il à avoir un rendez-vous avec un quelconque président pour offrir ses services ' Jamais. La chance était plutôt donnée plus aux charlatans, aux médiocres et aux opportunistes qu'aux hommes aux compétences avérées. Mais lui, l'homme sage, aimait être discret comme il l'a été toute sa vie, loin des feux de la rampe. N'a-t-il pas refusé des offres mirobolantes de l'étranger (dont celle du PSG et de Courtrai en Belgique).
N'a-t-il pas renouvelé son contrat sur le capot d'une voiture à Bab-El-Oued, alors qu'il était courtisé par les clubs algériens les plus huppés qui étaient prêts à mettre le paquet pour son l'engager ' Voilà autant de preuves de son profond attachement à l'USMA et tout l'amour qu'il lui vouait. Malheureusement, ces exemples ne sont, hélas, plus d'actualité, et n'existent plus de nos jours, où l'argent a pris le pas sur les sentiments, la probité et la sincérité.
Une autre preuve qui me conforte dans mon avis, lors de la saison écoulée, alors que la maladie commençait à le ronger sans qu'il ne le sache, il vadrouillait dans les quatre coins du pays pour superviser les adversaires de l'USMA.
Les analyses faites lors de ces matchs étaient très pertinentes et son travail était très apprécié par l'entraîneur de l'époque (Hervé Renard) qui le lui fit savoir, démontrant ainsi sa parfaite connaissance et sa maîtrise du sujet.
«Le mektoub décide de tout»
La saison passée, au moment où nous avons craint pour notre club qui se trouvait dans une situation peu reluisante, il trouvait toujours les mots justes dont il a le secret pour nous redonner confiance et espérance. Il savait nous remonter le moral quand il était au plus bas. J'ai eu la chance de suivre presque toutes les rencontres à ses côtés, et notamment le dernier match, durant lequel la tension était à son comble et nos nerfs à fleur de peau, et même à ces moments extrêmes, il avait le don de changer nos appréhensions et inquiétudes en confiance.
Quand ses forces commencèrent à l'abandonner, il resta courageux grâce à la foi qu'il avait en Dieu, ce qui lui permettait de faire preuve de patience et d'accepter sa maladie. Les souvenirs, j'en garde énormément de cet homme affable, respectueux, généreux, serviable et pieux. je n'en citerai qu'un : les responsables de l'USMA décidèrent, la saison passée, d'organiser un tirage au sort pour permettre à 2 anciens joueurs de bénéficier d'un pèlerinage aux Lieux Saints de l'Islam.
Qui connaissait mieux que Djamel ces derniers, ceux qui n'ont jamais eu la chance d'y aller ou qui sont dans le besoin ' Je me suis rapproché de lui dans le but d'établir la liste. Celui-ci me communiqua plusieurs noms sauf le sien. Comme je lui en lui faisais la remarque, il me dit ceci : «Qui ne voudrait pas partir pour accomplir ce pilier de l'Islam '
je souhaite ardemment y aller, mais'» J'ai compris que Djamel ne changerait jamais, il était fait comme ça et j'ai quand même coché son nom. Peut-être qu'une autre personne aurait été légitimement égoïste et aurait commencé par sa propre personne, mais lui, altruiste comme il était, pensait toujours aux autres.
Après le tirage au sort, un des 2 anciens joueurs s'est désisté. Il remit alors son passeport à Djamel et insista pour qu'il le remplace. Celui-ci refusa et m'appela au téléphone pour me remettre ce passeport. En apprenant cette nouvelle, je lui ai posé la question : «Vous avez procédé à un tirage au sort, alors refaites-en un autre, c'est le mektoub qui en décidera», me répondit-il. Pour les gens qui le connaissent, cen'est pas une surprise, mais pour la nouvelle génération, il faudrait qu'elle sache qui était Djamel Keddou, le vrai
Djamel, notre frère Djamel, celui que nous aimions tous, notre exemple. Avant de clore cette lettre, je voudrais ajouter une dernière chose : nous nous devons, nous tous, responsables de la balle ronde, supporters, journalistes, associations, accorder un peu plus de considération aux grands joueurs, quel que soit leur club.
A l'USMA par exemple, n'a-t-on pas quelque peu oublié un autre symbole du club, en l'occurrence Abderrahmane Meziani ' Sommes-nous au courant qu'Othmane Nourine (vainqueur de la coupe d'Algérie 1987) est actuellement hospitalisé et très souffrant.
Prions Dieu pour leur rétablissement et souhaitons qu'il leur prête longue vie incha Allah. Enfin, je n'omettrai pas de remercier chaleureusement toutes les personnes qui ont apporté leur soutien et prêté assistance à Djamel durant sa terrible maladie, ses amis (surtout ceux qui ont été présents pour l'assister depuis les premiers instants),
ses coéquipiers, l'ensemble des joueurs toutes générations et tous clubs confondus, les proches du club, les personnalités, les anciens et les actuels dirigeants de la CSA USMA et les actuels responsables de la SSPA. Je demeure convaincu que les dirigeants de la SSPA USMA,
dont le soutien matériel et financier (et j'en suis témoin) a été indéfectible tout au long de sa maladie, et à qui j'exprime ma gratitude, ne ménageront aucun effort pour venir en aide à sa femme et ses enfants (tous en bas âge) afin qu'ils puissent surmonter cette pénible et terrible épreuve. Djamel le mérite bien !
Dieu vous le rendra, inchaa Allah !
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