El-Oued - Revue de Presse

Analyse du jeudi



Que se passe-t-il à El-Oued ? Les forces de sécurité ont pris récem-ment la décision de procéder à des interpellations, y compris à la sortie de certaines mosquées, à certaines heures, dans la wilaya d’El-Oued. L’opération en elle-même est plus ou moins généralisée à l’échelle nationale, particulièrement dans les wilayas les plus exposées au terrorisme, mais par rapport au reste du pays, la région d’El-Oued s’est nettement distinguée ces dernières années par des faits récurrents liés directement ou indirectement à la situation sécuritaire incomparable avec les autres régions. L’opération en question dans cette wilaya a sans doute pour objectif beaucoup plus une recherche d’indices qui pourraient amener à comprendre ce qui s’y passe en underground, que d’espérer mettre la main sur d’éventuels agitateurs qui opèrent dans l’ombre et dont l’action se traduit par les nouvelles qui courent, ici plus qu’ailleurs, en matière de recrutement pour le compte d’Al-Qaïda autant pour l’Irak que pour l’ex-GSPC. D’ailleurs, avec tous les citoyens interpellés, la procédure mise en place se limite à une discussion plutôt conviviale qui finit par des excuses sur le dérangement comme elle est bien comprise par les interpellés qui prennent conscience qu’elle est dans l’intérêt de la région et du pays de manière générale. Par on ne sait quels détours, la wilaya d’El-Oued a eu tendance à se particulariser par un recrutement avéré relativement important, par rapport aux autres wilayas du pays, dans les années 1980 au profit de l’Afghanistan et ces derniers temps pour l’Irak. C’est en effet plusieurs dizaines de jeunes, voire, selon certaines sources, des centaines, parfois universitaires, qui ont été embrigadés pour devenir des «Afghans». Et au centre d’accueil des «volontaires» à Peshawar au Pakistan comme dans les camps d’entraînement en Afghanistan, tout comme sur les lieux de combats contre les forces gouvernementales soutenues par les Soviétiques de l’époque, les «volontaires» de Oued Souf se sont distingués plus que tous leurs autres compatriotes. Ils sont les seuls à y avoir laissé des traces au point où un Abdellah Azzam (le père spirituel des «Afghans arabes») a baptisé dans ses prêches et écrit, comme par exemple dans son livre «‘Ouchaq el-hor» (Les amoureux des houris), la région de Chakardar (oued de sucre dans la langue locale) en Afghanistan du nom de Oued Souf d’Afghanistan (Oued Souf El-Afghani). Dans ce même ouvrage où il est question de «volontaires martyrs» de plusieurs pays arabes, il s’est particulièrement arrêté sur l’un d’entre eux originaire d’El-Oued où il se confond en admiration non seulement envers ce «volontaire» mais également envers sa région qu’il qualifie de «tanière des lions», alors que pour les autres, il ne fait que citer leurs villes d’origine. Il est allé jusqu’à reproduire ce qu’il affirme être une lettre des «habitants d’El-Oued» où au-delà de rendre hommage à un des «Afghans» originaire de la wilaya, abattu dans un accrochage, il rapporte que tout El-Oued a été secoué par son martyre et tous les jeunes souhaitent être ce Abou Ahmed dont le vrai nom est cité. Avec un arrière-fond pareil durant les années 1980, il n’était vraiment pas étonnant de voir ce qui s’est passé dans la wilaya d’El-Oued en 1991 quand des «Afghans», originaires de la région, entre autres, Tayeb El-Afghani ou Abou Sihem, ont commis leur massacre contre le poste frontalier de Guemar, après avoir recruté des terroristes dans différentes communes de la wilaya et créé des lieux d’entraînement, de regroupement et de repli dans des palmeraies. Et depuis, la situation locale n’a connu de périodes calmes plus ou moins prolongées que pour défrayer la chronique d’une manière ou d’une autre, comme avec le massacre du week-end dernier contre un convoi des garde-frontières qui ont été dépouillés de leurs armes et matériels militaires dont ils disposaient. Le reste du temps, et surtout ces dernières années, il est régulièrement question de réseaux de soutien qui sont démantelés, de caches d’armes et explosifs découvertes, de recrutement pour Al-Qaïda... Tout au long de la décennie 1990, El-Oued n’a eu à souffrir que de la katibat El-Feth qui était à cheval entre cette wilaya et celle de Tébessa, ou pour le compte du GIA d’abord -se distinguant en ciblant surtout des anciens moudjahidin de la guerre de libération nationale, des douaniers et parfois des militants de partis politiques et des «repentis»-, et ensuite le GSPC dont elle a été l’une des premières à le rejoindre lors de sa création en 1998. El-Oued a d’abord fait partie, dans l’organigramme du GIA, de la région «Est» dirigée par l’»émir» Benmhida Khatir Boudali alias Abou Mos’âb. A la mort de ce dernier (abattu en 1994), qui a coïncidé avec la restructuration du GIA, elle a été intégrée dans la «zone V» confiée à Nabil Sahraoui dit Mustapha Abou Ibrahim qui rejoindra le GSPC et se fera détrôner par Ammari Saïfi (Abderrezak El-Para) jusqu’à son arrestation en 2004. Depuis, la situation a été dominée par un certain cafouillage où n’a pas toujours été aisément perceptible le «qui est qui?» à travers lequel transparaissait de temps en temps un battage au profit d’Al-Qaïda en Irak avec l’implication de l’ex-GSPC lui-même devenu, depuis l’année dernière, une filiale de cette même Al-Qaïda. Cette même année a connu une «rébellion» de l’»émir» du Grand-sud, Mokhtar Belmokhtar, frustré de ne pas avoir été lui-même le représentant pour le Maghreb d’Al-Qaïda et qui a choisi de se mettre en «stand by», envisageant même de renoncer au terrorisme tout en cherchant à monnayer sa reddition à un certain prix, difficile à lui être accordé. L’ex-GSPC l’a alors remplacé par Yahia Djouadi dit Yahia Abou Ammar qui l’a rallié en 2002 avec son organisation, le «Groupe salafiste combattant», issue d’une dissidence du GIA et qui a tenté un certain temps de rester «autonome» et même d’agir en concurrent avant de se résoudre, faute de moyens, à l’intégrer. Cela a valu à son «émir» d’être appelé par le GSPC au niveau du «commandement central» pour être utilisé comme «dirigeant» d’opérations terroristes avant de le charger d’occuper le vide laissé par le retrait de Belmokhtar. A partir de là, le GSPC étant devenu entre-temps la branche maghrébine d’Al-Qaïda. Yahia Djouadi, qui est d’une trempe terroriste extrêmement dangereuse avec un esprit dialectique d’une froideur calculatrice qui fait de lui une véritable malédiction en marche, a commencé par agir de façon à tenter de faire du sud du pays un tremplin pour se faire valoir les délires pour lesquels il a le total appui de ses chefs. Il a commencé, pour ce qui est visible, par délimiter sa «zone» en planifiant des cibles médiatiques, frappant d’abord l’aéroport de Djanet (Illizi), puis en Mauritanie tout en revenant progressivement vers le nord du Sahara, laissant des traces dans la wilaya de Ouargla qui a quasi-totalement échappé jusque-là au terrorisme, avant de faire entendre parler de lui dans l’embuscade contre les garde-frontières de vendredi dernier dans la wilaya d’El-Oued qui n’a connu pareil fait depuis 1991. Aujourd’hui, plus que jamais, ce qui s’est passé depuis les années 1980 dans cette wilaya et qui semble apparemment n’avoir pas été parfaitement circonscrit, a besoin d’être perçu dans le détail. Cela pourrait constituer une chance en ce sens que si El-Oued, à son corps défendant, a été le point de départ du feu qui a tenté de prendre dans tout le corps du pays, cette même wilaya pourrait être celle à partir de laquelle l’Algérie aura à ne plus parler de terrorisme. Il suffira que tous ses enfants s’y mettent. Ils en ont les moyens. Mohamed Issami
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