
Mohamed El Fateh, journaliste et ancien habitant à la cité des Palmiers, à Bachdjerrah, a été relogé à la cité du 5-Juillet à Larbaâ, dans la wilaya de Blida, il y a deux années. « C'est le deuxième Ramadhan que nous passons dans notre nouvel appartement, mais nous n'arrivons toujours pas à nous habituer à la situation », a-t-il confié. Mohamed El Fateh reconnaît tout de même qu'il bénéficie d'un cadre de vie beaucoup plus agréable. « On a une cuisine plus spacieuse, au grand bonheur de ma mère. Certes, on garde encore le même voisinage, mais j'ai toujours cette petite nostalgie de mon quartier d'origine, un quartier populaire par excellence », a-t-il dit. Mohamed El Fateh est très attaché aux traditions, notamment durant le mois sacré. « Le mois de Ramadhan a un charme particulier, là-bas dans « houmti ».Le marché est proche, les magasins d'alimentation générale aussi. Même notre relation avec les voisins était plus forte et solide. On échangeait les plats mais je reste beaucoup plus attaché à la mosquée du quartier Abou Oubayda, notamment durant le mois de Ramadhan. Parfois, je me déplace jusqu'à Bachdjerrah pour accomplir les tarawihs dans cette mosquée-là justement », confie-t-il. Sid Ali habite le même quartier à Larbaâ. C'est un nouveau relogé de la cité Boumaâza. Deux ans après, il trouve toujours du mal à s'adapter, notamment durant le mois de Ramadhan.« Mon c?ur penche toujours vers mon quartier d'origine malgré la misère. Aujourd'hui, j'ai un appartement. Mais en l'absence de commodités et d'un cadre de vie agréable, c'est plutôt juste un dortoir. Je passe la journée au travail mais je mets plus de deux heures de route pour arriver à la maison. Le soir, il n'y a pas d'animation ni d'ambiance de Ramadhan. De ce fait, je suis cloîtré à la maison, car il n'y a pas où aller, à l'exception des salons de thé situés loin de la cité. Pour m'y faire, je passe le week-end chez ma famille pour me ressourcer et revivre le charme du Ramadhan », a-t-il dit.Le marché, la mosquée, les soirées...Hakim résidait à Bab El Oued avec sa famille avant son relogement à Bentalha, un quartier situé à 15 km d'Alger. Il passe le Ramadhan en bord de mer avec ses anciens voisins de Bab El Oued. « Ma mère fait les courses du Ramadhan uniquement au marché de Bab El Oued. C'est une règle pour elle, c'est sacré même. Elle pense que les épices là-bas ont un goût spécial. Il en est de même pour les autres membres de la famille qui n'achètent du kalb ellouz et les tartes que dans notre ancien quartier. Moi, je n'ai toujours pas trouvé mes repères. J'ai choisi el Iftar avec mes copains en bord de mer. Ça me permet d'aller veiller à El Kettani et pouvoir retrouver les soirées de chaâbi et les parties de boules ou de dominos. A Bentalha, on ne connaît personne. L'individualisme marque le quotidien des habitants ici et il y a toujours cette sensibilité entre les anciens et nouveaux habitants », a-t-il regretté. Un avis qui n'est pas partagée par Zahida qui dit, elle, qu'elle a enfin bénéficié d'un toit digne après des années de misère dans un bidonville. « J'ai découvert le vrai cadre de vie lors de mon relogement. C'est mon deuxième Ramadhan ici. J'ai fait de nouvelles connaissances, nous échangeons des recettes et nous animons nos soirées comme nous le pouvons. Je peux enfin recevoir des invités chez moi. J'ai décidé de célébrer la circoncision de mon fils convenablement et dignement chez moi », s'est-elle félicitée. Nacer, lui, est plutôt du genre réservé. « Ici, à Bentalha, je ne fréquente personne. Je continue à aller à Bab El Oued voir les amis. Après tout, j'y ai passé toute ma vie. Ce n'est pas facile d'oublier. » De son côté, El hadj Mohamed qui a vécu plus de 50 ans à Diar Chems trouve des difficultés à s'adapter dans son nouveau quartier à Birtouta. « Durant le mois de Ramadhan, les souvenirs se réveillent. Dans mon ancien quartier, certaines choses ne changent pas, notamment l'ambiance du Ramadhan, le marché, la cafétéria et la mosquée. A mon âge, je ne peux pas nouer de nouvelles connaissances. Heureusement, des voisins ont été relogés dans la même cité », a-t-il signalé. Lotfi, vendeur dans un magasin de téléphones portables, passe ses journées dans son ancien quartier à Haï El Badr, à Kouba. Il ne rejoint Kourifa, son nouveau quartier, que quelques minutes avant el iftar. « Il n'y a pas de café là-bas, pas de vie, pas d'ambiance. Après le f'tour, je retourne dans mon ancien quartier avec mes anciens amis. Je ne me sens chez moi que dans mon ancien quartier », confie-t-il.Un jeûne au goût amerLes habitants issus en grande partie des bidonvilles de la capitale, à savoir El Kerrouche à Réghaïa, Gregory de Kouba et Hussein Dey, ont eu du mal à passer les premiers jours du Ramadhan dans la nouvelle cité des 1.194 logements à Sidi Lakhdar, dans le nouveau quartier de Sidi M'hamed à Birtouta. De loin, les immeubles aux façades en briques pleines rouges donnent l'impression qu'il s'agit d'un quartier de haut standing, mais à l'entrée du quartier, une image désolante s'offre aux visiteurs : des déchets, des gravats de matériaux de construction jetés dans tous les sens défigurent la beauté du lieu.Des monticules de débris de tous genres et la poussière qui en émane au moindre petit souffle de vent ou de remuement rendent l'air irrespirable. Les travaux de viabilisation et de raccordement aux réseaux d'assainissement et d'AEP ne sont pas encore finis, a-t-on constaté sur place. Les habitants rencontrés sur les lieux ont mis l'accent sur les insuffisances, notamment le manque de transport. « Il faudrait être véhiculé, sinon, c'est vraiment dur. On doit louer les services d'un chauffeur clandestin à 500 DA pour se déplacer au marché de Tessalet El Merdja. Comme vous le constatez, il n'y a aucun commerce, pas de magasin ni même une petite boutique ou épicerie, c'est le désert total », soulignent-ils.En effet, la nouvelle cité manque de commodités devant répondre aux attentes de ses nouveaux occupants, notamment en termes d'espaces commerciaux ou de services. Ni pharmacie, ni centre de santé, ni aire de jeux. Les établissements scolaires sont toujours en chantier. « On ne pense pas qu'ils seront prêts à prochaine rentrée scolaire », font savoir les nouveaux bénéficiaires. Pour les ex-habitants des immeubles vétustes d'Hussein Dey, « le rêve vire au cauchemar ». Les nouveaux occupants du quartier ont affiché pleinement leur mécontentement vis-à-vis de la situation de la cité, dont les problèmes ne se limitent pas au niveau des déchets, mais concernent d'abord et surtout l'entretien des cages d'escalier où beaucoup de problèmes se posent au niveau des canalisations d'eau et du réseau de l'électricité, signalent certains locataires. Nacer, un des représentants des bénéficiaires, a soulevé le manque de transport sur certaines lignes. Il faut sortir à l'aube pour prendre un bus, l'unique navette vers El Harrach.« Je travaille à Rouiba, Je suis employé dans une entreprise privée et c'est la galère pour m'y rendre. Aucune ligne n'a été prévue. Pourtant, beaucoup continuent à travailler à Boudouaou et Boumerdès. D'ailleurs, la majorité des relogés n'ont pas rejoint leur poste et ont déposé des certificats de maladie ou ont pris leur congé annuel, c'es trop loin. » Une femme de ménage travaillant à l'hôpital de Rouiba expose le même problème. « Je crains de perdre mon poste à cause des retards récurrents. Mes fils mangent dans les restaurants de la rahma et passent la nuit dans des locaux commerciaux à cause de manque de moyens de transport », a-t-elle déploré. Ici, ceux qui ne possèdent pas de véhicules se sentent complètement abandonnés, car il est difficile de se déplacer pour les achats, vu la distance qui les sépare des marchés et des différents commerces.Enfin une chorba sans relents d'égoutS'ajoute à cette situation l'absence de raccordement au réseau d'électricité, notamment durant les premiers jours du mois sacré. Cette situation est pénalisante pour les résidents qui étaient contraints de boire de l'eau loin d'être fraîche, au moment d'el iftar et rompre le jeûne dans l'obscurité, fait remarquer Khalid, ex-résident de la ferme Gregory à Kouba. La situation a été réglée dans certains immeubles, mais plusieurs blocs sont toujours privés d'électricité et d'autres commodités. Le bâtiment 19 en est un exemple. Les travaux sont toujours en cours. Les ouvriers chinois sont toujours sur place. A l'intérieur, l'appartement est sombre, les fils électriques pendent du plafond, les sanitaires sont dépourvus de lavabo, le sol pas encore revêtu. « Je passe les soirées ramadhanesques à nettoyer. C'est un chantier », raconte une mère de famille. L'éclairage public est absent dans le quartier et les cages d'escalier dépourvues d'électricité. Les bénéficiaires déplorent également le manque d'aire de jeux pour les enfants « qui continuent à jouer dans les ordures ».Les habitants de ce quartier interpellent les autorités pour la prise en charge de leurs préoccupations, « pour pouvoir fêter leur joie d'avoir enfin un toit dans la dignité ». Sont-ils nostalgiques de leurs anciens quartiers ' Ils se révoltent. « Jamais de nostalgie ! De la misère ' Certainement pas, nous n'avons que de mauvais souvenirs. Malgré les insuffisances, il restera le meilleur Ramadhan », insistent les bénéficiaires. « Car ce qui compte, c'est un toit et une chorba qui ne soit pas mélangée aux relents d'égout. »
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : N B
Source : www.horizons-dz.com