
On devine, désormais, l'origine d'une telle ou d'un tel en surprenant plutôt les intonations de son accent chantant ou rugueux. Revêtir un burnous, même dans les localités de Kabylie, devient de plus en plus une originalité. Ce vêtement, d'une blancheur immaculée, n'est plus le symbole des valeurs perpétuées et exaltées des traditions, de la poésie et de la chanson. La valeur d'une personne se manifeste de plus en plus par l'argent ou d'autres moyens. Ne parlons pas de la capitale ou des grandes villes. On peut y être surpris, agréablement ou désagréablement, par toutes sortes d'accoutrements et de coiffures parfois étonnants, voire excentriques. Les quelques femmes aux costumes colorés de Kabylie, les hommes la tête ceinte de chèche ou avançant le port altier détonnent dans le paysage urbain. Il faut aller à Djelfa, Arris, se perdre dans les dédales des villes du M'zab ou du côté de Djanet pour retrouver cette authenticité qu'exprime le vêtement. Cette rupture de l'Algérien avec ses costumes traditionnels qui ont longtemps reflété une variété et une richesse de la culture nationale a besoin d'être mieux connue et interrogée par des sociologues et des psychologues. Elle est une forme d'aliénation qui n'épargne personne. Le vêtement est rarement portée dans les enceintes internationales. Le contraste est frappant et saisissant avec les pays du Moyen-Orient, d'Afrique ou d'Amérique latine. Le port d'un boubou ou le refus de la cravate pour un homme comme Evo Morales, réélu récemment comme président de la Colombie, sont des signes d'affirmation politique et d'ancrage identitaire. Il faut croire que longtemps relégués dans les campagnes et les douars, beaucoup d'entre nous assimilent ces habits à une tare dont il faut vite se défaire pour mériter son nouveau statut de citadin. Ces temps de misère et de disette sont à effacer de la mémoire collective. Il suffit d'écouter le langage populaire et de revoir des films pour comprendre que l'habit fait le moine. On se gausse de celui qui arpente les rues d'Alger avec sa kachabia ou son seroual. On ne consent ce privilège qu'aux quelques commerçants mozabites. L'origine de cette défection est aussi d'ordre économique. Il devient de plus en plus difficile de tisser un vêtement. Non seulement les répliques des tisserandes décrites par Dib ou des potières qui ont fasciné l'enfant que fut Feraoun ont presque disparu, mais on préfère aussi acheter moins cher sans s'encombrer de vêtements certes, authentiques, mais risquant de ruiner l'acheteur. L'industrie a relégué le tapis, les vêtements traditionnels au rang d'accessoires à la fois chers et rares. L'abandon des vêtements traditionnels n'est pas l'apanage des jeunes Algériens. Comme partout ailleurs, cette frange, en mal d'identification, se passionne aussi pour les modes qui, toutes, soufflent comme un ouragan sur le monde porté par la chanson et le cinéma. L'uniformisation vestimentaire est dans un mouvement de marche forcée. Deux mouvements semblent en marche. D'un côté, les vedettes de l'Occident remodèlent les comportements et constituent une attraction. De l'autre, sous prétexte de faire revivre l'Islam des origines, on se tourne vers des modes vestimentaires devenues des appels d'adhésion et de ralliement politiques. L'habit traditionnel algérien paraît un fétu de paille emporté par la rivière charriant changements et évolutions. Ses défenseurs paraissent livrer un combat pour le moins dur et difficile.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : R Hammoudi
Source : www.horizons-dz.com