
Des universitaires, sans doute de vrais, c'est-à-dire des hommes et des femmes qui savent que l'université va à vau-l'eau s'auto-guérissent de douleurs qu'ils n'ont eu cesse d'intérioriser depuis des décennies, saisissant une sorte de planche de salut que leur offre désormais la presse dite indépendante. Ils disent alors de manière régulière et surtout lucide et surtout sans fard la réalité de l'université algérienne. Une université qu'ils comparent unanimement à un véritable laboratoire où les expériences les plus diverses sont tentées et malheureusement des expériences qui n'ont rien à voir avec l'enseignement académique, scientifique tant elles ne sont que le fruit d'exubérances politiques en marge du temps... le temps rationnel s'entend. «En Algérie, tout peut s'expliquer à partir du facteur politico-historique , dans la mesure où c'est la légitimité historique qui a façonné l'évolution de l'Algérie postindépendance», ose l'un d'eux ajoutant que «le grand paradoxe algérien à l'échelle universitaire consiste à avancer vers l'arrière» dans toutes les disciplines, pour conclure enfin par ce qui est effectivement le constat incontestable d'un rétropédalage qui n'a pas apporté un saut qualitatif à l'université algérienne qui tire vers le bas, à l'image d'une «zaouïa» où les étudiants d'apparence apprennent plus à débiter qu'à assimiler ce que leur dictent leurs enseignants d'apparence, souvent confrontés à un bavardage ambiant sans rapport avec l'éthique universitaire. Le tout ponctué par des examens de pure forme, où il sera question de répondre, dans la limite de quelques lignes, à de pseudo-questions et dont la correction se fera, dans la plupart des cas, sur un simple coup d'?il .... «Le drame résidant principalement dans l'absence de sélection selon le mérite». Une situation qui est évidemment à l'opposé de la volonté des autorités politiques, dont les ministres successifs de l'Enseignement supérieur se complaisent à prendre pour argent comptant ou comme grand motif de satisfaction les classements mondiaux des universités à travers le monde et qui mettent assez souvent en bonne position une ou deux universités algériennes, mais qui est en réalité un système de classement qui ne fait nullement autorité. Et comme l'a si bien souligné un confrère citant l'un de ces classements qui aident le ministre en exercice à plastronner dès lors qu'une université algérienne se retrouve bien classée (cela a été souvent le cas pour celle de Constantine) n'est-il pas moins glorieux de constater que l'Universitédes sciences et de la technologie Houari-Boumediène (Usthb) d'Alger s'est retrouvée à la très peu honorable 2 276e place. Cela au moment où cellede Dar es Salem (Tanzanie) occupe la 11e place et celle de Nairobi (Kenya) la 14e. Une fois abordées, toutes les réflexions autour de l'université algérienne convergent vers l'indigence de l'enseignement d'une manière générale, leur argumentaire premier étant bien entendu l'influence des niveaux inférieurs d'enseignement menant à l'université, c'est-à-dire l'école, le collège et enfin le lycée. Ce qui, hélas, est loin de relever du propos irraisonné, étant donné l'univocité du constat chez l'ensemble des acteurs impliqués dans la chaîne, et plus particulièrement les élèves et leurs parents et quelques chercheurs désabusés par les discours lénifiants entretenus autour de l'école. Lesquels acteurs, unanimement, considèrent depuis près de quarante ans que l'école algérienne s'est graduellement dégradée jusqu'à l'intégral sinistre. Pour revenir à l'enseignement supérieur, autant dire que les réformes introduites au cours des années ont achevé un système déjà délétère qui a aidé à l'installation d'une médiocratie rampante à tous les niveaux, pernicieuse et destructive. Le point de non-retour a été, indubitablement, atteint et toutes les déclarations d'intention des ministres qui se sont succédé à hauteur du maroquin du département concerné n'ont rien changé à la situation depuis des décennies. Si ce n'est quelques mesures non négligeables, mais sans réelle influence sur l'essentiel. Le dénivellement des potentialités individuelles d'une partie des étudiants qui ont l'opportunité de s'intégrer dans des universités étrangères est tel qu'un ingénieur d'Etat en informatique formé par l'université de Constantine a considéré, à l'issue d'une première année d'études effectuée dans une université française, qu'il lui a semblé «... avoir fait cinq années d'étude dans une école coranique comparativement à ce que j'ai appris en un semestre dans la ville des lumières».A. L.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : A Lemili
Source : www.latribune-online.com