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Un réceptacle de la parole et de la mémoire



Un réceptacle de la parole et de la mémoire
L'âme d'une cité, à l'image de Cirta, par deux fois millénaire, est pétrie d'une culture orale qui a transcendé le temps et les époques.Un patrimoine inquantifiable perpétué par les gardiennes de la mémoire lesquelles, vaille que vaille, tentent de le préserver jalousement tant il imbrique leur vie et leur histoire. «? J'ai pensé recourir à la femme, gardienne de la tradition et maillon essentiel dans la transmission de cette richesse. Renouer le dialogue avec nos doyennes m'est apparu comme la meilleure voie pour reconquérir les productions discursives féminines du quotidien et les sauver de l'oubli».C'est ce trésor, interprété à travers une manne d'adages et d'expressions populaires, que l'auteure, Habiba Dib-Meziane, espère contribuer à sa sauvegarde par le biais de la transcription de ce pan culturel qui traduit à merveille la vie quotidienne, personnelle ou collective. «Travail dicté par le souci de sauver de l'oubli notre culture orale et nos traditions qui ont fait de la société constantinoise l'une des plus raffinées du XXe siècle.Un devoir de mémoire ne doit pas être pris pour une nostalgie du passé, donc imposé par le désir d'instaurer un immobilisme stérile. Bien au contraire, face à la mondialisation et à l'invasion effrénée de nos foyers par les coutumes venues du Moyen-Orient et d'Occident, recourir à notre patrimoine culturel nous permettra de retrouver nos valeurs ancestrales, donc de nous repositionner pour nous insérer dans la continuité», expliquera l'auteure qui, après des centaines d'heures de travail passées à écouter et à prendre note, finira par récolter mille trois cents proverbes et expressions qu'elle mettra à disposition de tout un chacun, via un ouvrage intitulé Constantine. Un discours raffiné. Proverbes et Maximes bien de chez nous.Il est de notoriété publique que la transmission orale s'effrite et perd de sa force en raison de l'usure du temps. L'auteure, consciente de l'inévitable, se lance à son corps défendant dans une tentative de sauvegarde d'une facette de la mémoire citadine. Force est de reconnaître que le résultat est probant. Des dizaines de dictons, oubliés dans les méandres de la vie, ont été ressuscités. Qui se souvient de cet adage faisant l'éloge de l'engagement et de la parole ' «Meni : nekhardjéteelkalma, khardjeteérouhe» ; ce qui se traduit in extenso par : «Celui qui engage sa parole, engage sa vie».Expression qui confirme l'importance accordée à la parole donnée et le mépris pour celui qui l'oublie. Habiba Dib-Meziane, qui a compartimenté son ouvrage en cinq chapitres, a veillé à l'utilisation d'une transcription particulière, voire dans l'ère du temps. Pour compenser l'absence de certains signes, elle puisera dans la symbolique utilisée par les jeunes dans leurs SMS, c'est-à-dire à des chiffres, en l'occurrence au «3» et au «8».Une intention à l'adresse de la jeune génération, très connectée et qui dispose de son propre langage : «Notre jeunesse est là pour relever le défi.Douée d'une créativité surprenante, elle saura sauvegarder ce précieux héritage ; mieux encore, se l'approprier et le redynamiser en y insérant son vécu?».Dans sa première publication, l'auteure s'est attachée à la parole au quotidien et à la saveur de son style imagé. D'où cette subtilité semée de comparaisons, de métaphores, d'appositions, de métonymies, de synecdoques, de proverbes et de formules «délicatement ciselées pour une communication des plus savoureuses».Constantine. Un discours raffiné. Proverbes et Maximes bien de chez-nous. Araja Editions. 2015. 329 p.


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