Ces métiers qui étaient naguère la vie même de Constantine, qu’en reste-t-il à présent ' Est-ce le fait d’une féroce volonté d’acculturation ' Dans un article paru le 10 août dernier, sous le titre: «Sur les traces des maîtres artisans», nous évoquions, entre autres, l’un de ces artisans, sculpteur sur bois, Mostefa Benahmed, dit Borhane, qui au-delà de l’art (lequel ne nourrit pas son homme chez nous), tentait de survivre en fabriquant des emporte-pièces pour pâtisseries traditionnelles (makroud et autres), à l’intention des ménagères constantinoises.
Nous disons bien «tentait», car l’administration en a décidé autrement en procédant à la fermeture pure et simple, dûment notifiée, en vertu de la loi de commerce, de ce petit «local», situé à la place de Sidi Djeliss. Ceci s’est déroulé la dernière semaine du mois sacré de Ramadhan. Tout cela est «légal», si l’on se réfère à la réglementation, qui exige une carte d’artisan.
Cependant, derrière toute cette bureaucratie, qui ne se déclenche que pour écraser les plus démunis, l’on se demande à qui profite la fermeture d’un pitoyable «trou» servant d’atelier à un jeune père de famille, et qui plus est, ne possède aucune autre source de revenu' A quoi sert une administration ' N’est-elle pas là pour aider le citoyen dans ses démarches, lui expliquer clairement les lois, bref, être au service de tous ' Aujourd’hui, cette même administration fonctionne comme une machine sans âme. Complètement déshumanisée, elle n’en veut qu’à ceux qui sont dans le désarroi, incapables de se défendre en entrant, notamment, dans un système uniquement accessible à ceux qui payent cash. Sous d’autres cieux, ces maîtres artisans sont adulés en leur qualité de garants de la mémoire d’un peuple. Que reste-t-il réellement de l’artisanat dans notre pays' Où en est l’art, chez nous, si l’on devait seulement comparer avec les pays voisins, sans même aller plus loin ' Pourquoi pousse-t-on nos jeunes au désespoir ' Et si, pour de rares fois, il se trouve des hommes qui croient aux valeurs du travail honnête, l’on s’empresse de leur ériger des obstacles bureaucratiques aussi vicieux qu’insurmontables, à seule fin de leur ôter tous leurs espoirs. «Je n’ai pas de quoi payer tout ce qu’on me demande, et pourtant je suis prêt à intégrer le circuit des artisans. Je ne veux pas tendre la main pour faire vivre ma famille.» Ce cri de détresse d’un père de famille, bourré de talent, mais qui n’arrive pas à joindre les deux bouts, est lancé en direction des décideurs. Et ceux qui feront un geste pour lui, ou pour d’autres, auront contribué à sortir cette frange du marasme qui la caractérise depuis déjà trop longtemps.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Farida Hamadou
Source : www.elwatan.com