«Le rassurant de l'équilibre, c'est que rien ne bouge. Le vrai de l'équilibre, c'est qu'il suffit d'un souffle pour tout faire bouger.» Julien Gracq
J'avertis tout de suite: rien à voir avec cette petite ville du Michigan qui doit son nom à l'empereur romain qui rendit officielle la religion chrétienne dans tout l'empire... On dit que la nôtre doit aussi son nom à cet empereur tolérant. Mais ayant porté au cours de sa tumultueuse histoire plusieurs noms, c'est Cirta qui sonne le mieux à nos oreilles nostalgiques: Cirta, capitale d'un royaume numide. C'est Enrico Macias qui me fit le premier dresser l'oreille en direction de cette métropole que je ne connaitrais que lors d'un passage furtif, en 1972, quand je devais rejoindre une équipe de tournage à Annaba. La ville, bien que nous étions au mois de mai, était noyée dans une brume qui accentuait les tourments d'un relief vertigineux. Mais la ville ne paraissait pas encombrée comme elle l'est aujourd'hui et ses places et ses cafés invitaient à la halte. J'ai découvert Marcel Amrouche en visionnant un précieux document d'archives: une carte postale de la vieille Cirta filmée avec beaucoup de sensibilité, mettant en relief les roches escarpées sur lesquelles est bâti ce bastion de la résistance algérienne aux diverses occupations. Sa situation géographique, sa topographie et son histoire la prédisposaient à jouer un rôle majeur dans la défense d'une certaine identité clamée par son plus illustre fils, Abdelhamid Ibn Badis Essanhadji. Son nom est un véritable pont entre deux cultures. C'est la raison pour laquelle les nombreux pouvoirs politiques qui se sont succédé en Algérie ont pris ce vieux promontoire comme point d'appel de leurs programmes politiques. Le plus célèbre est sans doute celui du général de Gaulle qui, soucieux de ramener une paix impossible en Algérie, concocta avec ses conseillers un plan qui paraissait alors très ambitieux, tant la misère et le dénuement étaient grands en Algérie. Ce Plan de développement économique et social (1959-1963) est un programme économique élaboré par le gouvernement français en 1958 au plus fort de la guerre après l'arrivée au pouvoir du général de Gaulle, qui annonce publiquement son lancement dans un discours devant la préfecture de Constantine le 3 octobre 1958. Visant à la valorisation de l'ensemble des ressources de l'Algérie, ce plan était aussi destiné à l'affaiblissement politique du FLN. Il s'inspirait de travaux menés précédemment. C'est à Paul Delouvrier qui avait fait carrière dans divers cabinets ministériels de la IVe République et son adjoint Salah Bouakouir (polytechnicien musulman) qu'était revenue la mission de le mettre en oeuvre. Délégué général du gouvernement en Algérie de 1958 à 1960, Paul Delouvrier dut conduire conjointement la pacification. Les principaux objectifs fixés par ce plan étaient la construction de 200.000 logements permettant d'héberger 1 million de personnes; la redistribution de 250.000 hectares de terres agricoles; le développement de l'irrigation; la création de 400.000 emplois industriels; la scolarisation de tous les enfants en âge d'être scolarisés à l'horizon de 1966; l'emploi d'une proportion accrue de Français musulmans d'Algérie dans la Fonction publique (10%); l'alignement des salaires et revenus sur la métropole.
Le programme d'industrialisation envisagé s'appuie à la fois sur des aides directes et indirectes aux entreprises privées investissant en Algérie (exemption de certains impôts, subventions à l'investissement à hauteur de 10%), l'aménagement de zones industrielles (notamment celle de Rouiba-Réghaïa, sur 1100 hectares, à l'est d'Alger) et la mise en valeur des ressources en hydrocarbures (pétrole et gaz naturel) découverts peu avant dans le Sahara, susceptibles de fournir des ressources d'exportation et une énergie bon marché.
La guerre puis l'indépendance ne permettront que des réalisations limitées et précipitées du plan initial qui est finalement abandonné à la fin de 1961.
Des cités d'habitation destinées à la population «indigène» ont notamment été construites sur le modèle des grands ensembles métropolitains à Alger et dans d'autres grandes villes.
Les mauvaises langues diront que les plans ambitieux de Belaïd Abdesselam et de Boumediene n'étaient que le plan de Constantine un peu plus boosté. C'est de Constantine que Boumediene lancera son fameux plan d'arabisation à l'occasion d'un Conseil des ministres tenu dans la capitale de l'Est dans le cadre de la politique d'équilibre régional. Après Tlemcen, Constantine revient au premier plan, toujours au nom de ce fameux équilibre.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Selim M'SILI
Source : www.lexpressiondz.com