Photo : S. Zoheir
De notre correspondant à Constantine
Nasser Hannachi
L'Algérie célèbre le jubilé de son indépendance. Une célébration qui s'étalera sur une année avec, en prime, plusieurs activités touchant pratiquement à tous les secteurs. De l'histoire à la culture, en passant par les volets relatifs au développement enregistré depuis 1962 jusqu'à ce jour. Néanmoins, l'histoire s'est taillée la part du lion dans ces manifestations. C'est la question de l'heure. Plusieurs animations sont au menu. Une aubaine pour la population, qui devrait se réconcilier avec son passé et recomposer l'image de l'Algérie grâce à un condensé d'activités. C'est l'objectif qui se dégage, au-delà de l'aspect festif, des différentes activités. Les pouvoirs publics, à travers cette grille annuelle, veulent notamment mettre la population dans le vif du sujet avec un regard sur les crimes coloniaux, la lutte pour l'indépendance et le parcours de l'Algérie indépendante.Constantine, à l'instar des villes algériennes, baptise à cette occasion des espaces publics aux noms de martyrs et de personnalités ayant marqué de leur empreinte divers domaines. Places, cités, rues, infrastructures' Chaque nom raconte un fragment d'histoire. Les services communaux avec la direction des moudjahidine élaborent conjointement des listes sujettes à d'éventuelles exploitations. Une tradition ancrée dans les us et coutumes depuis l'indépendance. Boulevard Belouizdad, avenue Abane-Ramadane, cité Emir-Abdelkader, lycée Fadila-Saâdane, Palais de la culture Malek-Haddad' Et la liste est encore longue. En parallèle, contre toute logique, il est des lieux auxquels on donne des noms «abstraits» : cité les 1 100 logements, les 2 000 lits, des repères topographiques qui n'ont aucun rapport ni lien avec l'histoire, alors que les noms des artisans de l'histoire demeurent inexploités, et ils sont nombreux.D'un autre côté, quel intérêt y a-t-il à graver des noms d'historiques sur des murs et des façades sans même les présenter ' Cette inadéquation a été soulevée par de nombreux citoyens habitants de nouvelles cités. «On balance des noms de personnes à l'aveuglette, pourvu que la cité ou l'infrastructure soient inaugurée», note un citoyen. D'autres personnes imputent aux responsables la légèreté dans les critères d'appellation des lieux, en déphasage avec les caractéristiques et parcours des «héros». «Si on décide de baptiser un espace au nom de X, il faudra veiller à l'harmonie globale du lieu», laisse-t-on entendre. Cette question interpelle les historiens et les artistes. Les premiers sont appelés à livrer des résumés biographiques alors que les seconds devraient réaliser des fresques retraçant des scènes de tel ou tel événement historique. C'est une manière de mettre la population en contact direct avec le passé de l'Algérie et de l'informer par là même sur les parcours de ces glorieux noms. On n'est pas à ce stade ! Pourtant, les «artisans» de l'Histoire à l'échelle nationale abondent. Il manque juste de les faire connaître davantage auprès des jeunes générations - même les adultes sont souvent aussi concernés ' pour leur permettre de prendre conscience de l'Histoire du pays.Revoir la formule classique des appellations inscrites sur les plaques de cuivre ou de marbre en les enrichissant d'une petite biographie ou présentation de l'événement est une initiative importante pour redonner au jubilé toute sa dimension historique, sociale, culturelle et civilisationelle. Mais il semble bien que l'option n'est pas inscrite dans le programme annuel de célébration. Les responsables de la culture ont bien élaboré une vaste grille variée mais ils n'ont pas réservé un chapitre à cette «orientation» car, selon eux, l'histoire se raconte dans les colloques et séminaires, dans les salles de cinéma et en classe. Pour eux, exposer le passé dans la rue s'apparente à une fantaisie. Mais l'histoire peut se décliner partout. Lorsque les salles sont dans l'incapacité de drainer les foules, l'autre vecteur de socialisation de l'histoire serait de faire défiler le film des événements et faits historiques à travers ces petites pages qu'on graverait dans le marbre et scellerait sur des murs.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : N H
Source : www.latribune-online.com