Photo : A. Lemili
De notre correspondant à Constantine
A. Lemili
A Constantine, à l'instar des autres parties du pays, la télévision par satellite avait commencé par tuer le cinéma à partir de la fin des années 1980, le DVD avait à son tour tué ou sinon «refroidi» cette mainmise de la télévision sur le reste des attitudes comportementales ludiques à la limite du séculaire pour qu'enfin arrive Internet lequel progressivement mais sûrement conduisait à une mort lente et douce des précédents exutoires. «Vous regardez l'ancêtre d'Internet», dit le PPDA des Guignols de l'info sur C+. Cela n'a jamais été plus vrai que maintenant dans la ville des Ponts où des propriétaires et gérants de commerces ayant pignon sur rue en matière de supports d'information musicale, cinématographie et autres envisagent très sérieusement de fermer boutique, et pour certains au plus tard la fin de l'année. En prévision, bien entendu, d'entamer pour celle qui vient les démarches usuelles pour la modification des documents administratifs en vue d'un changement d'activité.«La demande a chuté d'une formidable manière. Il y a deux ans, à la même période, le magasin réalisait un chiffre d'affaires dont je ne vous dirai jamais assez le confort matériel et financier procuré. D'ailleurs, depuis le début de l'année 2000, notre chiffre d'affaires a été en constante évolution et cela nous a permis de nous donner la réputation de meilleur espace multimédia sur la place. Bien entendu, cet intérêt et la nature même des bonnes affaires réalisées nous ont conduits nous-mêmes à évoluer et être exigeants avec nos fournisseurs sur plusieurs aspects comme l'exclusivité pour certains produits, leur qualité surtout et enfin le design. A partir d'un cahier des charges que nous nous sommes imposé, la fidélisation d'une clientèle ne devenait, dès lors, qu'une formalité», dira le propriétaire du commerce visité.L'espace en question est connu à Constantine d'abord parce qu'il se trouve sur l'une des plus importantes artères marchandes de la ville et ensuite par la nature d'une clientèle où la pyramide des âges est évocatrice d'abord des prédispositions de nos concitoyens à se mettre à niveau régulièrement et donc relativement en temps réel par rapport à ce qui se fait hors des frontières. Filles et garçons, femmes et hommes matures, tout le monde en a pour ses goûts et à la demande. Rien que pour confirmer, nous avons demandé au hasard : «Pourrais-je disposer de Twillight 4 '» Et la réponse s'est faite du tac au tac : «Oui.» Autre tentative : «Et Intouchables '» Encore une réponse à la même cadence : «Nous ne l'avons pas encore. En fait, rare est quand même la clientèle qui est portée sur les films français. Toutefois, nous pouvons vous l'obtenir très prochainement si vous le désirez.»C'est d'ailleurs un peu ce qui se passe en permanence dans un espace qui ne se vide qu'à la fermeture, les jeunes restant portés strictement sur la musique house, nous dira l'un des vendeurs et la clientèle d'un âge plus avancé sur les films. Mais retour sur le propriétaire qui semble regretter quand même cet engouement non pas forcément pour des raisons vénales, même si cela demeure incontournable, mais beaucoup plus parce qu'il a acquis en notoriété et son commerce devenu quelque part comme un lieu incontournable en l'absence duquel les clients, comme les poissons qui une fois sortis de l'eau n'arrivent plus à respirer plus, en seraient déprimés.Internet est mis en cause. D'abord, la qualité des débits et ensuite sa vulgarisation, et donc l'accès facilité à quiconque d'obtenir une connexion chez lui à des prix imbattables. «Le téléchargement est aujourd'hui un sport national et les Constantinois ne s'en privent pas. Et d'ailleurs pour quelle raison le feraient-ils du moment que ce n'est pas interdit, voire pas maîtrisé car incontrôlable '»Effectivement, des personnes que nous avons interrogées à hauteur des différents guichets Internet des agences d'Algérie Télécom sont toutes unanimes à louer «ce progrès technologique extraordinaire qui nous permet aujourd'hui de télécharger un film comme Samson et Dalila ou encore Hercule et la reine de Lydie que j'ai vu au cours des années soixante et que je sais que je ne reverrai plus ni à la télévision algérienne ni au cinéma. Mieux encore, j'ai téléchargé en l'espace d'une journée le Triporteur, un film de Darry Cowl, ou encore Les 400 coups, extraordinaire film de François Truffaut que peu d'Algériens peuvent connaître», dira un quadragénaire rencontré sur les lieux. Une femme d'un certain âge évoquera, pour sa part, des «bijoux de chanson de Abdelhalim Hafed, Abdelwahab, Oum Kalsoum, Nadjat Essaghira. En somme un trésor. Je ne le dirais jamais assez».Et même le Indignez-vous ! de Stéphane Hessel fait partie des téléchargements. C'est dire qu'il s'en trouve pour tout le monde. Alors, les velléités des autorités de wilaya de vouloir rouvrir les salles de cinéma au cours de l'année 2012, même si elles ne resteront qu'au stade de l'intention et des gesticulations habituelles, ne risquent pas de trouver preneur.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : A L
Source : www.latribune-online.com