Photo : A. Lemili
De notre correspondant à Constantine
A. Lemili
Dans le grand chantier qui anime la ville de Constantine, l'ambigüe situation de la place Kerkeri a peu de chances d'attirer l'attention des Constantinois. Il y a d'abord l'excentration de celle-ci par rapport à un pôle de vie palpable et ensuite le vidage de la vieille ville, directement accolée de sa substance essentielle : les habitants. Lesquels avaient pour habitude depuis que la place existe, de s'y retrouver pour ce qu'elle leur offre de substituts à la promiscuité habituelle.Il y a lieu de souligner que le réaménagement décidé par les autorités locales n'avait en réalité que du bon dans la mesure où il était la solution unique à plusieurs difficultés auxquelles étaient confrontés les centaines de familles de l'avenue Zaâbane. L'une des plus inquiétantes était le désordre technique consécutif à la transformation d'un espace de détente en réceptacle de toutes les activités hybrides qui ne pouvaient être accueillies ailleurs. Souk hebdomadaire transformé par la force de l'habitude en quotidien, parking pour les taxis des wilayas limitrophes et ensuite pour les transports collectifs intra-muros avec une prééminence aggravée pour l'anarchie. Elle allait dès lors connaître la pollution, la délinquance, les nuisances sonores et enfin le glissement de terrain en raison d'un phénomène de portance qui ne tenait pas compte de la nature même du terrain qui n'était à l'origine qu'un remblai. L'appellation est toujours en vigueur pour les anciens. De Charybde en Scylla, autorités exécutives et élues allait littéralement guerroyer pour venir à bout du lobby des propriétaires de bus d'autant plus que ces derniers émargeaient sans exception dans le rang des anciens moudjahidine et enfants de chouhada mais également des gérants des différents commerces implantés sur les lieux. Pour certains leur présence remonte avant la guerre de Libération nationale. C'est dire. Le casus-belli aura lieu avec toutes les parties évoquées mais le droit reviendra aux institutions représentant l'Etat. Une reconfiguration du plan des transports réglait de faite la question du stationnement de véhicules alors que par mesure conservatoire les commerçants provisoirement déracinés devenaient prioritaires pour l'accès aux nouveaux commerces appelés à être réalisés sur les lieux pour en faire l'espace convivial qu'il devait être. Néanmoins tout cela ne restait que très théorique et une fois la place livrée, par ailleurs dans les conditions rocambolesques habituelles : retards, malfaçons, etc. Car dans la réalité, si ces derniers allaient démarrer sur les chapeaux de roue avec des structures flambant neuf, après quelques semaines seulement le chiffre d'affaires réalisé était bien loin d'autoriser à un espoir d'enrichissement, voire de l'égalité entre charges et recettes.Ce qui a conduit l'un d'eux, un buraliste à mettre la clé sous le paillasson et pour cause la proximité à trois mètres et en face de lui un autre' buraliste. Quant aux vespasiennes, elles n'ont pas obtenu la clientèle attendue, laquelle (clientèle) continuait à profiter des espaces mitoyens dont le bois du remblai pour s'acquitter d'un besoin naturel. Mais c'est le restaurant planté en plein milieu de la place qui allait intriguer les riverains. Il n'ouvrira jamais et à mesure que le temps passait, tombaient ses vitres, ses lampadaires étaient arrachés et dans la nuit il servait d'antre aux marginaux notamment les dealers, homosexuels, ivrognes. Cinq années après l'inauguration de la place, il demeurait inexploité. Nous saurons auprès de la cellule de communication de l'APC que celle-ci n'avait plus aucune responsabilité sur l'infrastructure évoquée sachant qu'elle a été cédée selon un cahier des charges à son nouveau gérant. Quant Djamel S. locataire des lieux, il tiendra à préciser que «par voie de justice, la jouissance des lieux lui a été retirée» en soulignant qu'effectivement il n'a pas «exploité le commerce dans la mesure où il ne remplissait pas les conditions idoines propres à l'activité. D'abord trouvez-vous concevable de faire fonctionner un restaurant quant les cuisines ne sont pas dotées de moyens d'évacuation des eaux usées. Ensuite les installations ne sont pas adaptées aux équipements de cuisine et parfois au déplacement même du personnel. Bien sûr nous n'avons pas cessé de relancer qui de droit et avons même obtenu une audience du wali en octobre 2011 après deux autres avec le président de l'APC durant le mois d'août, mais tout cela en vain».Il nous sera expliqué en outre que «le bénéfice de ce commerce est venu compenser la démolition d'une station de lavage que nous détenons depuis plus de cinquante ans. En fait, nous n'avons aucun métier et il paraissait pour le moins incongru que nous soit imposée une activité de restaurateur. Toutefois le problème ne se situe pas à ce niveau mais à hauteur du loyer. Celui-ci a été multiplié par 15. Il passait de 5 000 DA à 80 000 DA quoiqu'il sera révisé après démarches pour être définitivement fixé à 50 000 DA. Ce qui demeurait malgré tout inconsidéré compte tenu d'une activité menacée de fonctionner au ralenti quelle que soit notre inventivité en ce sens»Aujourd'hui, DS qui ne veut pas faire appel de la décision de justice espère pouvoir au minimum être indemnisé pour le manque à gagner enregistré au cours des cinq années de non exploitation de son commerce. Ce manque à gagner a été évalué à 560 000 DA mensuellement établi à partir du chiffre d'affaires habituellement réalisé par la station de lavage. Ce qui ne serait, selon ce que nous saurons ici et là, pas exagéré.En attendant, si le réaménagement de la place Kerkeri a effectivement réglé d'une manière définitive le cadre de vie des habitants des immeubles qui la surplombent, les rares commerçants qui persistent à y activer risquent de voir leur volonté fléchir d'autant plus que les espaces conviviaux d'accompagnement ont été dévoyés : bornes fontaines non fonctionnelles et rongées par la rouille, odeurs nauséabondes, esplanades transformées en terrain de football, carrés de fleurs glabres, jet d'eau fonctionnant au petit bonheur la chance, etc.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : A L
Source : www.latribune-online.com