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"Le dépossédé" ou la fable d'un espoir brisé



À travers ce récit qui s'apparente à un long monologue, entrecoupé de flash-back, de passages narratifs et descriptifs, l'auteur jette la lumière sur le fossé entre les tenants du pouvoir et un peuple qui s'est de tout temps battu dans la dignité pour ses droits et sa liberté inconditionnelle.Ce roman raconte le destin d'un laissé-pour-compte qui voit ses espoirs écrasés par les retombées de la longe nuit coloniale et de l'après-guerre, devenu le théâtre de luttes fratricides. Ali, enfant d'un hameau oublié de Dieu et des hommes dans l'Ouarsenis des années d'avant-guerre, est l'instigateur de cette fresque littéraire, narrée à la première personne, et qui revient sur près de cinquante ans d'histoire. Issu d'une famille très modeste, condamnée à subir la dureté de la vie et des hommes, Ali comprend très tôt que son destin ne s'écrira pas au sein des collines et du fleuve pas si tranquille de sa contrée que les Sabria, ses aïeuls, n'ont jamais pu quitter. La misère, la colonisation, l'appât du gain des propriétaires terriens n'ont pas contribué à améliorer la situation.
Ce roman est à la fois un pamphlet contre les "nouveaux bourreaux" qui ont pris la place de la soldatesque française après 1962, incarnés par le colonel Karim, épris de sa fille aînée Samia, et un tragique message d'espoir pour une jeunesse qui doit se battre pour recouvrer, non pas uniquement l'indépendance de son territoire, occupé pendant plus de 130 ans, mais de son humanité, de ses idées et de son avenir. Le dépossédé est aussi l'histoire d'une quête, bien qu'imposée au jeune Ali alors qu'il n'a pas encore vingt ans lorsqu'il se retrouve loin des siens, mais qui sera finalement le déclic d'une prise de conscience des injustices et des destins tragiques que vivent ses semblables de Tlemcen à Constantine en passant par Tiaret.
Tel Ibn Battûta, qu'il cite d'ailleurs comme référence, Ali sillonne monts et vaux et comprend que partout ailleurs l'homme accepte son destin sans rechigner et sans se battre. Mais ce n'est certainement pas le cas de l'enfant de l'Ouarsenis, le combattant qui a croupi dans les geôles coloniales quelques années avant l'indépendance, subi les pires humiliations lui et sa femme Kahina qui en gardera des traces indélébiles. Se rendre n'a jamais été une option, ni avec les Français, encore moins avec les "révolutionnaires de la 25e heure", surnom qu'il donne à ceux qui ont accaparé le pouvoir juste après le départ du colonisateur.
L'opportunisme des nouveaux "maîtres" les mènera finalement à recréer le même schéma que le bourreau d'hier, avec son lot d'humiliations, de menaces, et un autoritarisme sans bornes... Ali sent le vent tourner en sa défaveur et de tous ceux qui ont espéré voir une Algérie nouvelle, se relevant tant bien que mal du sang, des larmes et des millions d'âmes sacrifiées. À travers ce récit qui s'apparente à un long monologue, entrecoupé de flash-back, de passages narratifs et descriptifs, l'auteur jette la lumière sur le fossé entre les tenants du pouvoir et un peuple qui s'est de tout temps battu dans la dignité pour ses droits et sa liberté inconditionnelle.
Et le malaise est grandissant, surtout que les chefs de la période post-indépendance "n'avaient ni la capacité ni l'envie d'écouter ce que réclament les gens simples", lance Ali au jeune colonel. "Sous prétexte que c'était la guerre, vous aviez commencé à imposer vos oukases, à couper les langues et à crever les yeux de tous ceux qui pensaient et comprenaient autrement les choses." Bien que les évènements de ce roman se déroulent dans l'Algérie d'après-guerre, Ali n'incarne-t-il pas finalement l'Algérien lambda d'hier et d'aujourd'hui, qui se bat pour des idéaux quel qu'en soit le prix à payer '
Yasmine Azzouz
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