Constantine - A la une

La population constantinoise revendique une autre configuration sécuritaire En plus d'un débat sur la violence et ses remèdes



La population constantinoise revendique une autre configuration sécuritaire En plus d'un débat sur la violence et ses remèdes
Photo : Riad
De notre correspondant à Constantine
Nasser Hannachi

Une brume triste s'est abattue hier sur la capitale de l'Est. Ibrahim et Haroun sur toutes les langues. La journée de deuil a été perçue dans la cité. Rideaux de magasins baissés, collégiens et écoliers ont été renvoyés chez eux. Une circulation plus fluide, contrairement aux journées de la semaine. Justice pour honorer les familles. Mais aussi sécurité aux abords des cités pour veiller aux innocents. Un Constantine encore affligé six jours après l'assassinat des deux bambins.
Cette frappe de meurtre poignant larguée sur Constantine confirme un malaise profond relevant de l'insécurité et de l'indulgence manifestée envers les fauteurs de troubles. C'est la principale lecture du désappointement des citoyens locaux quelques jours après le drame qui a secoué la nouvelle ville Ali-Mendjeli, l'assassinat de Haroun et Ibrahim. «On a récolté ce qu'on a semé notamment en matière de sécurité et d'éducation ' », dira un quadragénaire présent à la marche d'hier, organisée comme signal fort de solidarité avec les deux familles, et aussi une manière directe d'interpeller les autorités afin qu'elles revoient leur stratégie de lutte contre ce genre de crime «odieux». «Depuis le recasement des habitants à la nouvelle ville des années des problèmes on surgit. Certes la fréquence de la délinquance a été réduite. Mais avec les relogements successifs des fléaux ressurgissent», témoigne un habitant de ce nouveau Constantine. Des efforts multiples ont été consentis pour accroitre le nombre de sûretés urbaines et permettre aux citoyens de sillonner les unités de voisinages sans la peur au ventre. Une autre lecture met en exergue l'état aléatoire dans lequel a été conçue cette cité à la sur peupler. Des infrastructures quasi inexistantes, ce qui a, d'une certaine façon créé «des quartiers chauds» en raison de la forte promiscuité. Et il y a ce paramètre de repris de justice qui, après avoir purgé la moitié de leur peine, regagnent les cités avec en prime leur diktat'sous les yeux baissés de la population.
«C'est toujours les repris de justice qui activent et sèment la panique dans les quartiers populeux ou chauds», s'indignent des personnes révoltées par le cataclysme que vit la société algérienne depuis les enlèvements d'enfants. C'est un nouveau phénomène qui vient se glisser dans la nomenclature des délits à Cirta. «Certes la ville a enregistré les deux crimes les plus crapuleux du siècle, en s'attaquant sauvagement et lâchement aux innocents. Cela relève de la bête immonde. Toutefois il faut se rafraichir la mémoire, la wilaya a connu ces dernières années des crimes. Ce qui prouve que le mal ne date pas depuis aujourd'hui», relate un autre citoyen. Pour un sociologue la douleur est profonde : «La société ne réagit qu'en cas de drame extrême. C'est une solution éphémère que de s'attaquer aux symptômes du malaise au lieu de circonscrire les causes qui rongent ''la grande famille algérienne'' depuis des années.» Sans vouloir tomber dans la furia d'un jour, notre sociologue appelle à une réflexion profonde pour déterminer les responsabilités de chacun, c'est-à-dire tout acteur confondu (école, famille, sécurité, association,...). Comme il préconise une manifestation de la «colère par la colère et non par la violence», et ce pour éviter d'éventuelles infiltrations extra qui viendraient salir «ce mouvement de solidarité exemplaire». Sur un autre registre : «Au-delà du drame il existe des soubassements qu'il faut renforcer pour asseoir un véritable équilibre social. Combien même on applique la peine capitale, le problème n'est pas physique. La force du mal dépasse cette étendue corporelle qu'il faut impérativement traiter sous peine de cumuler les drames.» La nouvelle ville Ali-Mendjeli n'est qu'un fragment apparent des fléaux sociaux rendant le climat délétère. Constantine consomme son deuil loin de la violence qui aurait donné une autre tournure à la marche qui aurait provoqué une forte intervention des services d'ordre. «Il faut surtout se garder des marches parallèles. En aucun cas cette expression de colère contre les criminels ne doit être politisée et exploitée à d'autres fin», avertissent certains citoyens.
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)