Constantine

L'art manuel cède la place à la fabrication en série Artisanat et métiers traditionnels à Constantine



L'art manuel cède la place à la fabrication en série                                    Artisanat et métiers traditionnels à Constantine
De notre correspondant à Constantine
A. Lemili
Les échanges culturels interwilayas, au-delà d'être vraiment et réellement instructifs, auront permis, depuis leur instauration, de renseigner sur la lente et incontestable disparition de la création artisanale et la très grande imagination et le respect des traditions locales des populations du pays profond. Au cours d'une de ces «fameuses» semaines de wilayas qu'a accueilli Constantine, il était tellement aisé de constater l'impression de déjà-vu et cela peu importe la région concernée. Les habits traditionnels se ressemblant presque et surtout paradoxalement dans leur quasi-majorité. Un peu comme tout ce qui est relatif à la poterie réputés manuellement fabriqués, les bijoux et autres babioles, la dinanderie, etc. Et c'est surtout ce deuxième aspect de l'art traditionnel qui est de nature même à interpeller le premier venu et plus particulièrement les responsables des chambres de l'artisanat et du métier, et ce faisant, de leurs instances hiérarchiques. Ainsi, en prenant la route pour quitter ou rejoindre la wilaya de Constantine, d'est en ouest et/ou du nord au sud, tout 'il ne peut qu'être attiré par l'étalage savamment dosé de stands qu'abrite un baraquement sommaire ou un assemblage de toiles appelé à suggérer qu'il s'agit de peaux de camélidés et animaux d'origine ovine. Comme pour suggérer et surtout insister sur une ambiance qui n'en est pas en réalité. La majorité de ces stands et commerces juteux proposent de la camelote : des articles de poterie sous toutes les formes possibles, écuelle, jarre, vase, tasse. Le coloris est des plus kitch et devrait avoir pour conséquence de démystifier l'identité frelatée de l'objet en question. Les gens ne sont toutefois pas regardants et achètent dans la mesure où, pour ceux qui le font, il n'y aura pas forcément d'usage directement propre mais vraisemblablement destiné à être offert en guise de souvenir du pays ou d'une région. Ce qui n'est malheureusement pas le cas. Non seulement la quantité phénoménale de ces «objets d'art» est usinée à une cadence industrielle par des unités conçues pour le faire, mais, en général, ces manufactures sont ailleurs, dans le pays voisin qu'est la Tunisie. Z. A., un touche-à-tout que seul le profit intéresse, a accepté de nous parler d'une proposition qui lui a été faite pour «gagner» de la manière la plus facile possible 5 000 dinars pour chaque voyage qu'il effectuera, à la cadence à laquelle il pourra lui-même s'obliger, en Tunisie pour récupérer «une marchandise» pour laquelle il n'aura aucun effort à faire, excepté de conduire un fourgon. Z.A. nous expliquera que «le travail consistait à déplacer à vide le véhicule en dehors des frontières, d'ailleurs moins
d'une trentaine de kilomètres des deux postes (algérien et tunisien) pour revenir lesté d'articles de poterie que laisse dans un endroit précis, en l'occurrence le parking du stade du 17 juin. Mon travail s'arrêtait là. Je devais laisser le véhicule et rentrer chez moi. Je le récupérais le cas échéant dans les mêmes conditions. Autrement dit au même endroit».Bien entendu, cela n'est qu'un exemple entre autres de tous les artifices qui minent l'artisanat traditionnel et qui, malheureusement, par laxisme ou démission passive, sont encouragés par les diverses chambres d'arts et métiers locales dont les responsables ont si peu de propension à se pencher sur l'origine et surtout l'authenticité des produits, et partant, de l'extinction dans l''uf même de tout élément, vestige et activité à même de garder vivace la mémoire collective. Concluons, enfin, sur lesdits échanges entre wilayas qui tiennent plus du comptoir de commerce, ce qui en soi n'est pas outre mesure une contrainte, pour rappeler qu'en fait, l'idée de base est le partage des cultures entre habitants de régions diverses.
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