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«Il faut s'emparer de la culture et ne pas attendre les institutions»



«Il faut s'emparer de la culture et ne pas attendre les institutions»
Elsa Anaïs Hemnane a réalisé la mise en scène de la pièce théâtrale El Khalifa, (Le gouverneur), adaptée du texte de Abdelhamid Boukrachi. Depuis deux ans qu'elle a intégré le théâtre de Béjaïa, elle est à sa deuxième production. Elle nous livre ici ses impressions et dévoile son expérience à quelques heures de la générale au TR de Constantine.- Pourriez-vous nous parler de votre expérience en Algérie et pourquoi le choix du TR de Béjaïa 'Le hasard a fait que mon père soit originaire de Béjaïa, donc j'ai pu voyager à travers ses récits et connaître la région. Mon premier voyage en Algérie s'est fait en 2009. Omar Fetmouche (directeur du TR de Béjaïa, ndlr) a entendu parler de mon travail, on s'est vu plusieurs fois, on a échangé des expériences. Et c'est de là qu'est partie mon aventure avec le TR de Béjaïa. Je suis violoniste de formation, mais après des études de philosophie et littérature, j'ai décidé de me consacrer à l'art dramatique. J'ai rejoint le théâtre du soleil d'Ariane Mnouchkine (France), puis j'ai créé ma propre compagnie. Je suis allée perfectionner ma formation à New York. Pour l'Algérie, je ne m'y attendais pas, mais c'est devenu une réalité et j'y suis depuis deux ans.- Comment vous est venue l'idée d'adapter l'œuvre El Khalifa 'Le point de départ était l'idée de l'auteur, Abdelhamid Bouchraki. Dans son œuvre, il raconte l'histoire d'un gouverneur qui s'accroche au pouvoir, il fait certes allusion à la situation en Algérie. Pour ma part, je n'ai pas focalisé sur ce cas, je voulais que la trame soit commune aux pays alentours ou à d'autres régions du monde, pour preuve, dans la scénographie, il y a un clin d''il à la Syrie. Je ne voulais pas cantonner la pièce dans une histoire politique, dans un lieu ou dans le temps.- Pour certains, le message est trop évident, qu'avez-vous voulu véhiculer à travers cette pièce 'Je n'ai pas de message à véhiculer. Je laisse le spectateur seul maître pour en faire la lecture qu'il veut. Mon travail, c'est de conjuguer différentes interprétations et laisser le public se saisir de celle qui lui convient. Certains metteurs en scène imposent leur vision à travers leurs pièces, moi pas, je laisse le débat ouvert.- S'inspirer d'un texte écrit en langue arabe et le traduire sur les planches, est-il chose facile 'Je reconnais que j'ai quelques difficultés avec la langue arabe. Je ne la maîtrise pas parfaitement mais j'y travaille. Néanmoins, je suis à l'aise avec elle. A un moment, la question s'est posée, faudrait-il écrire le texte en arabe classique ou en dialecte ' Il fallait trouver un moyen pour que la pièce soit accessible à tous. J'ai eu recours au service d'une linguiste, Najat Tabouri, pour ne pas trahir le sens des mots. C'était laborieux avec un texte de 150 pages mais je n'ai eu aucune difficulté à diriger les comédiens, et tout le monde s'est retrouvé.- De par votre expérience en France, y aurait-il une similitude ou une différence majeure entre le théâtre d'ailleurs et celui d'Algérie 'Je ne crois pas qu'il y aurait une véritable comparaison entre les théâtres dans le monde. Il y a peut-être des modes et des nouveautés dans les techniques, la scénographie ou les lumières, mais le message peut être commun, car on peut pas tout se permettre en matière de création et de discours. Je salue en Algérie les coopératives de théâtre qui arrivent à créer et même à décrocher des prix dans les festivals. Et je n'ai de cesse de dire qu'il faut agir et ne pas attendre les institutions. J'ai beaucoup d'espoir pour l'Algérie, il y a des jeunes qui s'emparent de la culture et œuvrent pour en faire quelque chose, parfois ils échouent certes, mais je leur dit de ne pas abandonner.


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