Constantine - Revue de Presse

Environnement Les déclarations de bonnes intentions ne suffisent pas



Le «commémoratisme» qui s'installe d'une année à l'autre, à l'enseigne dela Journée mondiale de l'environnement, telle qu'elle se décline dans lePolygone, à coups de cérémonies protocolaires qui consistent, avouons-le, à sedébarrasser d'un rituel encombrant, vite noyé d'ailleurs dans la palabre et lesdéclarations de bonnes intentions, a fini par disqualifier ce rendez-vous,considéré partout ailleurs comme une halte à la fois ponctuelle et fondatriced'une problématique désormais planétaire.En vérité, à Constantine, c'est à peine si du côté des acteurs de lasphère environnementale et de son actualité dans la wilaya, certains, à l'imageméritoire de l'association universitaire Mentouri pour la protection del'environnement, se sont risqués à quelques réflexions, en rameutant, ici oulà, quelques chercheurs et scientifiques conviés en la circonstance à prêcherla bonne parole. Aujourd'hui, l'opportunité de dresser un état des lieux estpourtant bien réelle, et c'est du côté de spécialistes, chercheursuniversitaires, experts indépendants exerçant au sein de bureaux d'études quela disponibilité est grande et leurs témoignages en la circonstance précieux.A l'évidence, les enjeux et la problématique de l'environnement dans lawilaya de Constantine se conjuguent, en termes de missions communes, entredifférents intervenants, au premier rang desquels la direction del'environnement et les bureaux d'études agréés par le ministère del'Aménagement du territoire et de l'environnement. Dans la pratique, la D.E.intervient normalement en amont, en organise des actions d'information endirection des «établissements classés» et répertoriés sous cette dénominationselon une nomenclature spécifique (voir décret exécutif n°339 de juillet 1998).Les managers des cimenteries, carrières, stations services, entreprises deconstruction mécanique, producteurs de batteries et toutes entités polluantessont, ainsi, sensibilisés officiellement sur leurs grandes responsabilités etsommés de respecter la réglementation en la matière.En réalité, les spécialistes consultés sont unanimes à dire que sur lessoixante établissements classés présents sur le territoire de la wilaya, quidevraient se plier à l'obligation d'audit d'environnement et d'études dedanger, à peine deux ou trois sont aux normes. Le plus étonnant est que laplupart des services juridiques de ces entités polluantes ne cherchent même pasà s'enquérir des textes les concernant, nous dit-on. Il faut savoir que ledécret exécutif 06-1998 du 31-05-2006 a accordé un délai de 2 ans auxétablissements classés pour se mettre en conformité. Et depuis une année déjà,les choses sur ce registre ont peu bougé ou si peu. Sachant qu'un bureaud'études a besoin d'un délai de 5 mois environ pour réaliser l'audit, le tempsimparti est presque totalement consommé.Pour l'exemple, le cas de la cimenterie d'El-Hamma est édifiant à plusd'un titre. Planté aux abords immédiats de l'agglomération qui fut par le passéle verger de Constantine, cet établissement, après avoir fait l'auditréglementaire par un bureau d'études et identifié les points noirs de sesinstallations, n'est pas encore entré dans la phase de conformité, étantentendu que l'achat des équipements nécessaires coûterait, selon desspécialistes, la somme rondelette de 50 milliards de centimes environ. Enattendant, toutes les populations des localités environnantes, jusqu' àConstantine, distante d'à peine 5 km à vol d'oiseau, continuent de subir desnuisances dont l'ampleur mérite d'être déterminée.DÉCHARGES CONTRÔLÉES ET INCINÉRATIONDe l'avis d'experts, si depuis 2000 jamais autant de textes régissant lesecteur de l'environnement n'ont été promulgués en aussi grand nombre, lemérite revient, dit-on unanimement, au ministre M.Chérif Rahmani. Il n'endemeure pas moins vrai que la situation dans notre pays est alarmante, lestextes pour la plupart sont inappliqués. Il en va ainsi le plus souvent deséquipements qui sont acquis par les établissements classés sans qu'aucune«étude d'impact et d'audit» ne soit faite.Le cas exemplaire, pour illustration, qui est cité est l'installationd'incinérateurs, en fait des brûleurs de déchets d'activités de soins à risquesinfectieux (D.A.S.R.I.), disent les spécialistes consultés au niveau decertains hôpitaux, et dont les caractéristiques font qu'ils ne sont pas dotésde dispositifs de traitement de fumées et de poussières, ni de neutralisationdes gaz, des éléments de dioxine et des furanes (composés aromatiques etchlorés) fortement cancérigènes.A Constantine, l'identification de cet équipement, s'il est disponible auniveau du CHU, mérite d'être faite par les organismes concernés. En fait, lasolution, selon les spécialistes interrogés à cet effet, est le déplacementabsolument obligatoire des brûleurs loin de toutes les zones habitées, sinon deles remplacer par des incinérateurs aux normes et, dans tous les cas, hors desagglomérations. Dans ce sens, et c'est une information pour l'instant auconditionnel, il est question de l'installation imminente d'un incinérateur dedéchets médicaux industriels spéciaux au niveau de la zone industrielle Palma.En attendant que la transparence joue son rôle à Constantine et que cet«investissement» soit confirmé ou infirmé, le site d'implantation esttotalement inapproprié, clament d'une seule voix les spécialistes del'environnement, auxquels on doit ces précieuses informations et dont lafiabilité ne fait aucun doute.L'unique expérience à citer en exemple, un incinérateur pour les besoinsde cette entreprise classée, et en phase d'acquisition, est celle de la SNTA,dont l'observation de tout le processus réglementaire, avec des études d'impactet de danger appropriées, lui ont permis de sélectionner le type adéquat dematériel et son implantation en dehors de toute agglomération, évitant ainsitous les risques sanitaires possibles. C.E.T. ET DÉCHARGES CONTRÔLÉESL'autre filière d'élimination, qui est la mise en décharge, s'exprimeaussi à Constantine par le chantier ouvert du centre d'enfouissement technique(C.E.T.), en cours de réalisation dans la commune de Ben Badis, et dont l'étuded'impact a été finalisée. Ce méga projet, qui s'étendra sur une surface de 50ha, permettra de régler un problème majeur dans la wilaya de Constantine. LeCET, qui recevra les déchets ménagers compactés pour éviter la contaminationdes sols, est appelé à utiliser des équipements très coûteux, à savoirl'installation d'une barrière artificielle, une «géo-membrane» (en PEHD)importée au prix de 100.000 euros pour une superficie de 8 ha environ. En attendant, il est vrai, la décharge à ciel ouvert de Aïn Smara brûletoujours, avec le risque d'embrasement toujours probable de la forêtavoisinante. Et c'est un lieu commun de dire que la collecte, le transport etle déchargement des déchets ménagers à Constantine souffrent d'une gestiondésastreuse.Concernant les déchets industriels spéciaux, comme les boues ditesd'épuration, les boues industrielles des deux «Sonacomes», etc., aucune filièred'élimination n'est recensée. Des gisements importants de déchets sont stockéssur les sites industriels sans destination aucune. Et c'est aussi le cas desdéchets inertes issus des chantiers de démolition et de construction.L'actualité de l'environnement à Constantine, comme on peut le constaterà travers ce succinct état des lieux, est loin d'être assurément sans soucispour la population de la wilaya.
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