De notre correspondant à Constantine
A. Lemili
Constantine a vécu ces dix dernières années une effervescence culturelle dans laquelle était remarquable une relative qualité du produit fini, fourni au public mais c'est toutefois la quantité qui a pris le pas à chaque fois en ce sens que les responsables n'étaient pas regardants tant il leur fallait marquer les esprits beaucoup plus par la multiplication d'activités tous azimuts que par la nature même des thèmes proposés au public. Un public à son tour peu exigeant et dont la seule appétence en la matière va seulement à partager en toute convivialité un évènement. Ce no man's land culturel qui ne dit pas son nom a, par voie de conséquence, encouragé et énormément contribué à l'émergence d'une faune côté cour, côté jardin que ne se réunissait en réalité que pour un seul but : gagner de l'argent et pour certains faire littéralement fortune. Dans un univers presque Fellinien, aussi bien au niveau local que national les responsables à l'échelle locale ont donné leur quitus sans trop s'attarder sur le contenu à des projets artistiques alors qu'ils livraient leur produit sous des traits des fois réducteurs et en d'autres circonstances totalement anachroniques par rapport aux réalités, qu'elles soient historiques, culturelles et/ou par rapport au respect des textes d'où aurait été puisé un thème donné.Dans la ville des ponts, les thèmes de prédilection sont connus : malouf sous diverses variantes, aïssaouas, poésie au féminin et dans un registre inscrit dans la modernité'la musique occidentale. Plus particulièrement le jazz. Un spectre réduit certes mais dont l'avantage est de disposer d'un public consistant effectif dont il ne sera jamais assez dit plus rassemblé par une attitude grégaire que par le nirvana légitime attendu. La demande dépassant largement une offre réduite en raison des conditions d'accueil, notamment les espaces d'expression, fournira une brèche importante à des personnes ou groupes de personnes qui ont très vite compris qu'il existait plein d'opportunités à saisir à moindre coût et en retour gagnant. C'est ce qui incitera de nouveaux arrivants à investir la scène attirés en cela par les nombreux projets de la télévision, des évènements conjoncturels que sont les années de «L'Algérie en France», «Alger, capitale de la culture arabe» et enfin «Tlemcen, capitale de la culture islamique» au financement assuré, voire non négligeable pour tout projet pour peu qu'il soit retenu par la commission ad-hoc. Et il en a été retenu. Ces portes béantes depuis le début de l'année 2 000 ont permis à d'anciens personnages qui, à Constantine, ont gravité autour de la culture sans pour autant qu'ils aient de réelles prédispositions ou accointances avec celle-ci à postuler à ces évènements et d'obtenir le financement de projets lesquels n'ont très souvent aucune relation avec les manifestations évoquées.Téléaste, éditeur, essayiste ont retiré de la naphtaline des produits trentenaires revitalisés par un léger lifting et «vendus» au ministère de la Culture au titre de créations nouvelles. Parmi ceux-là des nouveaux venus se sont engouffrés dans la brèche, obtenu l'aval des différentes commissions et du coup le quitus pour entamer la réalisation de leur projet. Bien entendu, une fois les lampions éteints, ils se sont évaporés dans la nature et ne sont pas prêts de revenir dans la mesure où ils ont été confondus d'une part et qu'ils ont atteint leur objectif d'autre part, à savoir celui d'avoir réalisé un jackpot et surtout de s'être fait un nom qui leur permet un redéploiement, pourquoi, pas porteur.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : A L
Source : www.latribune-online.com