Constantine

El-Berda Un lotissement qui souffle la vingtième bougie de son oubli



Au moment où Constantine se heurte à de gros problèmes sur le front des chantiers de construction de logements, toutes formules confondues et de réhabilitation de l'ensemble de son tissu urbain, inexorablement disqualifié par nombre de fatalités -au premier rang desquelles nous citerons les glissements de terrain et l'effritement du vieux bâti-, beaucoup de lotissements, ouverts ces dernières années pour combattre la crise du logement, notamment dans le cadre de l'auto-construction, sont restés en jachère. Sur ce registre, le cas du lotissement d'El-Berda, parmi tant d'autres, est exemplaire parce qu'il illustre, parfaitement, la situation d'abandon dans lequel se trouvent la plupart des sites concernés. Ces derniers étant censés alléger, quelque peu, la demande de logements, certes exponentielle dans la wilaya. Situé derrière l'hôpital psychiatrique de Djebel Ouahch, le lotissement d'El-Berda, acquis en 1988 par 1.137 bénéficiaires auprès de l'agence foncière de Constantine, constitue bien l'archétype de projet de lotissement voué à demeurer en état de chantier et dans ce cas d'espèce «totalement en chantier» depuis, maintenant, près de 2O ans! Les conditions de vente des terrains, au niveau du lotissement d'El-Berda, comme sur d'autres du même genre, par l'Agence foncière de Constantine, stipulaient, pourtant à l'époque, que le site serait complètement viabilisé avec VRD, AEP, électricité, gaz, etc. La réalité allait être, malheureusement, tout autre et le désenchantement grand, parmi les bénéficiaires. Aujourd'hui, l'arrêt sur image à El-Berda que nous avons été «invité» à faire sur place par le président de l'association du lotissement d'El-Berda, dûment agréé au nom plutôt incongru d'«Ezzahra», vu l'état des lieux, dépasse l'entendement, eu égard au décor lunaire prévalant sur ce site. Il faut noter que les lots à bâtir du lotissement d'El-Berda ont été mis en vente par l'agence foncière et l'APC de Constantine en 1988, bien avant l'érection des champs d'immeubles et des lotissements des nouvelles villes de Ali Mendjeli, Massinissa ou Sarkina 2, avec l'engagement contractuel que le site serait livré à ces acquéreurs, viabilisé et pourvu des commodités d'usage à savoir: les VRD, l'AEP, l'électricité, le gaz, etc. Déjà, dans une lettre ouverte adressée au wali de Constantine, et publiée dans les colonnes du «Quotidien d'Oran» du 24 décembre 2005, l'inventaire des problèmes, soumis au chef de l'exécutif, à l'époque, était hallucinant. La situation toujours la même y est soulignée au trait noir: les signataires de ladite lettre ouverte dénoncent «l'absence d'accès au lotissement, rendant quasiment impossible, non seulement la possibilité de mouvement des habitants mais aussi celle d'y acheminer les matériaux de construction nécessaires, autrement qu'en empruntant des pistes non carrossables. Pourtant, l'agence foncière devait réaliser au moins deux accès, vu l'importance de ce lotissement, conformément à un P.V de réunion, établi en date du 12 juin 2006 entre les représentants de l'association «Ezzahra» d'El-Berda et le DUC de l'époque qui présidait ladite réunion. Non seulement rien n'a été fait, ajoutent-ils, mais les travaux de viabilisation qui avaient été confiés à des entreprises locales publiques et privées, dont certaines sont aujourd'hui dissoutes, furent bâclés, puis abandonnés». La suite logique est que les saisons de pluie, tout au long de cette vingtaine d'années d'attente, comme prévu, ont fait le reste, produisant l'affaissement des routes inachevées, cassant les buses et emportant les semblants d'avaloirs et de trottoirs. Les couvercles des regards, pour leur part, quand ils n'ont pas été emportés par les crues ont fini par nourrir un commerce délictueux très répandu et revendu à 30.000 DA l'unité et cela jusqu'à la dernière pièce».  L'espoir était enfin revenu, en automne 2OO6, affirment nos interlocuteurs, quand le wali de Constantine Abdelmalek Boudiaf s'était déplacé sur le site et avait annoncé, à l'occasion, que les travaux allaient reprendre très rapidement, tout en sommant les différents responsables concernés, notamment l'agence foncière, de mettre en oeuvre ces décisions. Malheureusement, après un appel d'offres lancé par la DUCH, en décembre 2OO6, fixant le début des travaux au 1er janvier 2OO7 et les prolongeant ensuite au 31 du même mois, 14 mois sont passés sans que les travaux ne démarrent. Pire encore, on nous a laissé entendre, au début du mois de janvier 2008, que le lotissement d'El-Berda a été déprogrammé, pour on ne sait quelle raison!» «Ayant frappé à toutes les portes rappellent, de guerre lasse, les bénéficiaires des lots à bâtir sur le lotissement d'El-Berda, et en particulier ceux qui y résident dans des conditions, il faut l'avouer, dignes des bidonvilles, sont aux abois. «Nous avons saisi toutes les instances locales et nationales par lettres recommandées, lettres ouvertes et obtenu des entrevues avec différents responsables, mais il semble que les organismes concernés se soient détournés de notre lotissement et nous ont abandonnés à notre triste sort», disent-ils découragés. A la vérité, avec des lotissements dans un tel état, il est difficile de croire que l'on puisse avantageusement réhabiliter, un jour, le tissu urbain de Constantine. Est-ce possible de faire appliquer les nouvelles dispositions de loi, obligeant les citoyens à terminer leurs constructions quand les lotissements ne sont même pas viabilisés par les agences foncières et dans les délais impartis? Quand il n'y a ni eau, ni électricité, ni gaz ni avaloirs, ni réseau d'assainissement, ni routes praticables? A Constantine, ce sont autant de questions qui restent, pour l'heure, sans réponses. L'association «Ezzahra» du lotissement d'El-Berda n'est pas assurément au bout de ses peines, sachant que dans l'intervalle et depuis 1988, les prix des matériaux de construction: ciment, rond à béton, agrégats sont dix à cent fois plus chers; le prix du bornage est passé, par exemple, de 2.000 à 10.000 DA, les prix des plans tout autant, etc. A Constantine et dans tous les cas de figure, sur le strict plan urbanistique, il semble que les sites «sauvages» et nombreux de constructions illicites qui ceinturent la ville, cachent toujours d'autres dont l'existence officielle ne change pas grand chose et les 1.137 familles du lotissement «légal» d'El-Berda, en savent certainement beaucoup sur le sujet.
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)