Constantine - Revue de Presse

Ali El Kenz. Sociologue



« On est passé du fil de la crise au fil du rasoir » Directeur de recherche à l?Institut de recherche et de développement (IRD) et professeur de sociologie à l?université de Nantes, Ali El Kenz était à Constantine, lundi, pour une conférence au CCF, dont l?intitulé avait pour thème « Sociologie et société : réciprocité des influences et asymétrie des relations ». Il a bien voulu répondre à quelques-unes de nos questions, mais surtout réagir sur celles brûlantes de par leur actualité. En terme de mouvements sociaux, la recomposition du champ syndical, avec l?avènement de syndicats autonomes qui réagissent et se démarquent du champ et des choix politiques, augure-t-elle d?une avancée ? Oui, le fait que le mouvement social lié à l?organisation syndicale réprend de la vigueur est un signe fort positif, articulé autour d?une organisation, il est obligé d?adopter une rationalité qui, forcément, le décroche des mouvements émeutiers et de cette violence qui caractérise la réactivité de la société. L?on peut dire que l?on est en phase de la civilisation de ces mouvements. Sociologiquement, croyez-vous que le fil qui nous fait surfer sur la crise continue d?opérer, votre analyse (au fil de la crise) garde-t-elle toujours sa pertinence ? L?ouvrage a été écrit avant les terribles années 1990, et j?espère que la tragédie vécue par notre pays sera un enseignement, notamment pour tous ceux qui ont une vocation d?exercer la politique. Ils n?ont pas à trop jouer avec la manipulation des masses, cela ne peut conduire, indubitablement, qu?à l?effondrement du pays, qu?il s?agisse d?une manipulation symbolique ou organisationnelle. Selon vous, y a-t-il recul ou avancée des libertés et de la démocratie en Algérie ? Si je compare, à ma connaissance des autres pays arabes, je pense qu?en Algérie, il y a une liberté d?expression, un peu moindre c?est vrai, que l?on ne retrouve pas ailleurs. Sauf que cette liberté peut tourner sur elle-même et à vide, surtout si elle ne s?articule pas autour de mouvements sociaux réels, si ces mouvements ne conviennent pas à la forme policée de la liberté et à l?action politique. C?est le défi de l?Algérie à venir. C?est l?effervescence de la société qui trouve ou ne trouve pas les voies de sa construction politique. Les choses deviennent d?autant plus compliquées que la mondialisation signifie aussi la possible internationalisation des conflits internes. C?est pourquoi on est passé du fil de la crise au fil du rasoir. Le phénomène des harraga serait-il seulement un indice du mal-vivre d?une jeunesse ou sont-ce également les limites de tout un système ? Dans les nouvelles politiques de voisinage, l?Europe ne pense qu?à une bonne conduite. Les Etats eux-mêmes sélectionnent des contingents d?émigrés pour l?Europe, la Tunisie et le Maroc le font déjà. Selon mon point de vue, si un Etat ne peut pas se doter économiquement pour mobiliser sa jeunesse, il peut au moins négocier la circulation de cette jeunesse vers l?Europe, c?est le cas notamment de l?expérience de la diaspora libanaise. L?emprisonnement des journalistes et leur condamnation à de très lourdes amendes ainsi que l?instrumentalisation de la justice posent problème en Algérie... La démocratie dicte que la vie privée d?un individu doit être respectée, mais au-delà il reste clair que la justice a été instrumentalisée. Et bien au-delà du délit qui aurait pu être amendé, on peut penser que c?est pour créer des abcès de fixation pour détourner l?opinion publique.
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