
Abdelhamid Lemili«Les créateurs de jardins sont des médecins autant que des artistes», soutenait un illustre botaniste. Il est de notoriété publique que sur le plan de la mémoire, la ville de Constantine n'arrête pas de vivre depuis l'indépendance sur une série de directives officielles visant la systématique lobotomisation de la population, notamment celle qui n'a pas eu l'âge de construire et s'approprier définitivement des souvenirs au lendemain de l'évènement historique évoqué. Bien des pans de cette mémoire sont tombés au gré des élucubrations de quelques responsables qui, au lendemain de la libération du pays, ont imputé aux colonisateurs leur omniprésence mémorielle via des monuments, d'espaces, de représentations d'art (statues) considérant impérative la nécessité, voire le devoir de faire disparaître des vestiges de nature à rappeler les douleurs et raviver les blessures. Lesjardins publics, havres de sérénité dans une ville encore très aérée, ont fait les frais de cette impulsive démolition mnémonique massive. Il faut souligner et concéder la justesse de vision à long terme des urbanistes de l'époque coloniale et la nécessité de donner à chaque faubourg situé dans les hauteurs de la ville un réservoir d'oxygène doté de toutes les commodités et aussi sommaires le seraient-elles : kiosque à musique, jeu de boules, guinguette... Ces espaces ont, au fur et à mesure, commencé à dépérir faute d'entretien, de prise en chargegraduellement et ensuite définitivement phagocytés par le béton et les réalisations hideuses, fruits des élucubrations du moment des responsables des pouvoirs publics locaux. Et depuis, malgré la présence d'un ou de deux parcs moribonds toujours sur les hauteurs de la ville, seul celui (Bennacer) implanté au centre-ville tient encore debout et pour causeforcément les séculaires et merveilleux massifs arbres qui en font la texture. Si ce dernier n'a pas été victime de grandes actions prédatrices, il n'en demeure pas qu'il est continuellement l'objetd'interventions faites, est-il assuré par leurs promoteurs, d'opérations d'aménagement, réhabilitation, lesquelles toutefois réalisées par de pseudos promoteurs environnementaux n'arrêtent pas de le dénaturer. Quoiqu'il en soit et c'est évidemment en raison de lieu de retraite pour quelques personnes âgées, quelques autres nostalgiques et plus récemment pour des grappes de personnes venues des communes et wilayas limitrophes un lieu d'arrêt réparateur, mais aussi de jeunes couples à la rechercher d'un endroit discret pour se retrouver, parler et tracer des plans sur la comète. Et si l'écologie dans sa basique acception existe depuis la nuit des temps et que l'écologie politique a quand même plus de quarante ans d'existence, ce n'est que depuis moins d'une dizaine d'années qu'en Algérie les responsables politiques au niveau central et ensuite ceux (responsables) locaux se sont ouverts, compte tenu des dommages constatés sur le cadre de vie, à la nécessité de revenir aux fondamentaux de la nature. Autrement dit, envisager très sérieusement de restituer à cette dernière ses droits et surtout garantir ceux des habitants...dont celui de respirer un air sain. Sauf que pour réussir le minimum d'un tel projet, il faut aussi un minimum de compétences en la matière, les réalisations directement ou indirectement liées à tous types de viviers naturels ne pouvant se faire sans spécialistes, à savoir des ingénieurs environnementalistes, des paysagistes, des urbanistes spécialisés... Or, dans cette sorte de frénésie qui est leur seconde «nature», les responsables locaux des pouvoirs publics désignent d'autorité des espaces, confient au choix à n'importe quel quidam le profil de l'espace vert à créer avec la seule et indécrottable idée que tout ce qui est vert est naturel et peu importe alors les moyens de le garder en l'état, de veiller à sa pérennité, ses conditions de survie. C'est-à-dire tout ce qui fait sa nature même. C'est d'ailleurs pour cette raison, qu'en dehors des vestiges verts du passé, tout ce qui a pu être réalisé ces dix dernières années s'est rapidement dégradé pour rendre les lieux encore plus hideux avec des herbes folles, des bancs publics blanchis par le soleil et bouffés par les microbes, des détritus sur les carrés ayant jusque-là eu la réputation de receler du gazon, des aménagements conviviaux (cafétéria, kiosque, WC) abandonnés. Une sorte d'abomination légitimée, toujours, par les pouvoirs publics locaux, à travers une fumeuse carambouille consistant à coupler la réalisation de ces espaces aux fumeux dispositifs sociaux, dont l'Ansej et l'Angem, à de jeunes promoteurs,lesquels à l'aide de moyens et équipements dérisoires, sans connaissance aucune, s'en viennent retourner la terre, semer quelques graines et peu importelesquelles, planter une plaque vantant l'enseigne de l'entreprise réalisatrice, récupérer un pactole et repartir les doigts dans le nez en laissant leur reste de gloire aux différents responsables de l'exécutif. Notamment celui de renseigner les rapports mensuels et autres bilans annuels de leur activité. Il faudrait ajouter à cet aspect négatif de la situation, les descentes sporadiques arbitraires des policiers dans certains parcs pour y interpeller des couples dans le seul tort est de se dénicher un endroit loin des regards pour couler, par ailleurs face au regard de tout le monde, un brin de temps ensemble. Pour les policiers, lesquels, sans doute, agissent à titre personnel et encore une fois sans doute loin de toute instruction officielle, juste pour le plaisir de contrarier des gens ordinaires dans une société qui ne l'est plus à mesure que passe les années.A. L.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : La Tribune
Source : www.latribune-online.com