
Nos artistes professionnels, ceux qui vivent exclusivement de leur art,travaillent dans des conditions déplorables. Très peu protégés, leurs ?uvres sont systématiquement piratées et proposées à la vente sous leurs nez. Les peintres et les plasticiens, de manière générale, sont ceux qui sont le plus pénalisés. En plus du fléau de la «piraterie», ils manquent de tout. L'absence d'une culture des beaux-arts les condamne à une espèce de «marginalisation». Ils se plaignent constamment du peu d'intérêt des acquéreurs institutionnels et privés, du manque de galeries, de l'absence d'espaces d'exposition et de revuesspécialisées pour se faire une place sur la scène culturelle et, par conséquent, en offrir une au monde des arts plastiques, qui demeurent l'une des expressions les plus généreuses de la culture moderne.En l'absence d'un marché de l'art et de relais spécialisés, des toiles, parfois de bonne facture, côtoient l'outillage de jardinage dans certaines quincailleries du pays profond. Dans les grandes villes, on peut acquérir une peinture dans une librairie, une boutique de cadeaux, un magasin de cosmétiques, un commerce d'objets artisanaux, voire une brocanterie. C'est dévalorisant, à la fois, pour le créateur et pour l'?uvre. Les artistes les plus talentueux, pour faire carrière, s'installent à l'étranger. Pour cela, chose rare, il faut en avoir les moyens et les relations nécessaires. Ici, il n'y a pas beaucoup d'opportunités pour gagner dignement sa vie. Les écoles des Beaux-arts se comptent sur les doigts d'une seule main. Les diplômés de cette filière changent souvent de métier pour ne pas crever de faim. Les collectionneurs, publics et privés, sont quasiment absents. Les musées n'accordent pas d'intérêt aux jeunes artistes. On doit reconnaître que les plasticiens algériens, y compris les plus célèbres, sont quasiment obligés à s'exiler.Malgré toutes ces contraintes, certaines «têtes brûlées» résistent, cependant. Beaucoup d'artistes se sont recyclés dans la communication et la publicité.Un créneau où la créativité artistique est fondamentale. «C'est un peu comme faire de l'art sur commande. Ici, l'artiste répond à une demande bien précise. L'objet et l'objectif de l'?uvre lui sont dictés. On est, en quelque sorte, bridés», explique Rabie, un jeune plasticien qui s'est récemment lancé dans le domaine en association avec un ancien collègue de l'Ecole régionale des Beaux-arts de Constantine. «On travaille sur la conception d'affiches, de spots ou de dépliants. Généralement, c'est pour le compte d'opérateurs économiques en quête de promotion à leurs produits. Du pop'art, en somme», ajoute-t-il en soulignant que les commandes ne viennent pas d'elles-mêmes. «Il faut démarcher, proposer des esquisses et être compétitif sur la plan commercial», poursuit-il. Ce n'est pas gagné, mais c'est un début prometteur pour ceux qui ont vraiment la patience et la passion du métier. Rabie et son ami comptent ainsi se faire des «sou» pour pouvoir, un jour, peindre et créer ce qui leur passe par la tête.Les pouvoirs publics et les grandes entreprises nationales, qui ont forcément des messages à délivrer, sont appelés à prêter un peu d'attention à ces jeunes créateurs qui ne demandent qu'à travailler. A terme, cela pourrait bien aider de nombreux artistes à voler de leurs propres ailes.K. A.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Kamel Amghar
Source : www.latribune-online.com