Constantine - A la une

Crime et châtiments Point Net



Le crime épouvantable commis sur les deux enfants de la nouvelle ville Ali Mendjeli de Constantine a suscité une émotion et une solidarité populaires qui met du baume au c'ur.
Les Algériens qui n'ont pas souvent l'occasion d'exprimer ou de voir s'exprimer les bons et généreux sentiments se sont rendus compte qu'ils en sont finalement capables.
On les dit violents, sectaires et régionalistes, les voilà touchants de douceur, de solidarité nationale et d'humanité.
Mais ces moments d'émotion et de solidarité ont été aussi ceux de la peur et de la colère. Une horreur en appelle toujours une autre et il faut s'en prémunir.
Les lendemains de drame servent aussi à ça. Sauf que l'émotion et la colère si elles expriment ce qu'il y a de plus sain chez les femmes et les hommes, sont tout de même de mauvaises conseillères.
Ce n'est déjà pas très lucide d'agir avec les sentiments, il doit être encore moins indiqué quand il s'agit de' réfléchir !
C'est très sérieux, la mort. La peine de mort aussi. Les voix qui se font entendre depuis quelques jours pour appeler au maintien de la peine de mort pour les «assassins d'enfants» ont quelque chose d'«utilitaire» qui ne sert pas les grandes décisions qui font l'avancée de l'humanité.
Ces voix sont seulement' populaires, elles ne cadrent pas avec les grands desseins philosophiques et moraux qui ont motivé les ruptures les plus profondes. Et la peine de mort fait partie de ces ruptures là, qui font avancer l'humanité.
Elle n'est ni populaire ni utilitaire, elle est ou elle n'est pas. Les pays qui l'ont abolie depuis longtemps n'ont pas connu la recrudescence du crime qu'on semble suggérer à chaque fois qu'un assassinat met en émoi un pays ou une région.
Non, le courage aujourd'hui n'est pas de demander l'exécution des assassins des deux enfants. Encore moins de redoubler d'«imagination» quant au châtiment le plus exemplaire à leur infliger.
Le courage est de réfléchir et d'agir sur ce qui peut contribuer à une meilleure protection des enfants contre le crime. Et rappeler que l'Algérie n'a pas encore aboli la peine de mort, des fois qu'on penserait que c'est la souplesse des peines encourues qui encourage l'assassinat d'enfants !
Mais ce ne sont pas tant les réactions de citoyens lambda qui préoccupent en l'occurrence, c'est à d'autres niveaux que ça devient choquant.
Il en est ainsi du président de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l'homme, Farouk Ksentini, qui dit «être toujours pour l'abolition de la peine de mort», avant de se laisser tenter par la vague «populaire» qui voudrait que la peine de mort soit maintenue pour les crimes d'enfants et de «sang», selon les propres termes de M. Ksentini.
On n'attendait pas mieux de la part des islamistes de l'Alliance verte. «Les auteurs de ces crimes doivent être exécutés», a dit sans autre forme de' procès Bouguerra Soltani du MSP.
«La peine de mort est une revendication populaire», a répliqué Fateh Rebaï d'Ennahda ! Nous y voilà donc. Ce n'est pas vraiment aux responsables islamistes qu'on devrait rappeler le nombre de «valeurs» d'essence populaire tombés dans l'anachronisme, pour ne pas dire plus.
Mais on leur rappellera tout de même combien Robert Badinter, le garde des Sceaux français, par qui l'abolition est arrivée dans son pays, n'était pas vraiment portée par les «masses populaires» au moment où il proposait la loi à l'Assemblée nationale !
Depuis, il n'y a pas eu plus de crimes que dans les pays où la peine de mort se pratique encore ! Et à écouter ce qui se dit en matière de «propositions» de «châtiments» ces jours-ci, on a autant froid dans le dos qu'à l'annonce de l'horrible assassinat des deux enfants constantinois.
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