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Aussi récent est-il, le passé ne peut se réinventer



Aussi récent est-il, le passé ne peut se réinventer
A. LemiliL'engagement politique chez les artistes constantinois n'a vécu ses plus belles heures que du temps du parti unique et de la pensée imposée partant du principe que la culture, la vraie, autrement dit celle qui ne fait pas dans l'acte laudateur ne peut être inféodée. Donc, même s'il paraissait pour le moins impossible qu'il puisse exister une quelconque expression en ce sens à une période où tout était soumis à contrôle, et ce, de la nature même du texte aux costumes en passant par l'identité des interprètes, auteurs, comédiens, chanteurs et poètes détenaient toutefois l'art de contourner tous les interdits au nom de la lecture au second degré qui devait être faite de toute ?uvre.C'est ce qui s'est fait intelligemment avec le défunt Mohamed Zinet dans Tahia ya didou et quelques années plus tard avec Omar gatlatou de Merzak Allouache alors que chez les comédiens du Théâtre régional de Constantine où des pièces du genre de Hada jib hada ou Rih samsar faisaient non seulement rire le public qui se pliait en deux à la seule idée que c'était le pouvoir en place qui était ridiculisé à travers des scènes du quotidien du petit peuple tout enrestant dans une forme d'inquiétude pour la simple raison qu'une fois le spectacle terminé la pièce en question rendait encore plus oppressante la chape de plomb. En somme une sorte d'intermède social et politique qui n'était pas sans rappeler ce que vivaient, toutes proportions gardées, d'autres peuples au Chili, Argentine, Maroc, Portugal....À partir du début de l'année 1980, les choses allaient quelque peu changer dans la mesure où la Télévision nationale n'hésitait pas à programmer, semblerait-il sur injonction du président de la République lui-même, feu Chadli Bendjedid, des programmes aux thèmes parfois renversants. Une bouffée d'oxygène qui prendra encore plus de dimension à partir de 1990 pour s'estomper de nouveau une décennie plus tard. Et depuis, les artistes engagés ont pris de l'âge, mais aussi énormément de recul pour ne pas dire un retrait par rapport à leurs luttes, combats, et ce, même si leurs convictions sont restées en l'état faisant de la scène culturelle et artistique un no man's land que les nouvelles générations ne sont jamais arrivées à combler d'une part parce qu'elles n'en ont pas la dimension et ensuite parce qu'elles ont des valeurs sociales et morales une toute autre approche. La vénalité ayant bien entendu pris le pas sur l'identité intrinsèque, mais également par le génie machiavélique des responsables locaux de la culture qui, en fait, ne sont que les relais d'une politique nationale qui a su réussir le bon amalgame entre l'engagement politique très relatif et le confort personnel des hommes.Une réalité qui a fait baisser les bras aux «anciens» et ouvert la brèche à certains d'entre eux parmi les opportunistes de leur génération, mais qui n'arrivaient pas en leur temps à s'imposer parce que la nature a horreur du vide et en même temps laisser croire aux «nouveaux» qu'ils sont sur le bon chemin. D'où l'immense désert culturel qui «baigne» une ville réputée des arts et des lumières sans cesse flagornée par des visiteurs lesquels, en ce qui les concerne, sont tout autant aux antipodes de la culture.En conclusion, ce qu'avait réussi le ciné-club de Constantine durant son existence presqu'en underground, une dizaine d'années environ, à savoir le goût du cinéma à des centaines de cinéphiles dont certains feront même carrière dans le domaine du 7e art jusqu'à acquérir une notoriété internationale incontestable à l'image de Malek Bensmaïl, plus personne ne le fera. Preuve en est par ailleurs que c'est à l'avantage dudit ciné-club et bien entendu de la direction de l'époque de la Cinémathèque algérienne que la ville des Ponts doit deux salles de répertoire, lesquelles malheureusement ne fonctionnent pas depuis une quinzaine d'années pour cause d'incendie pour l'une et pour cause d'opérations de réhabilitation répétées pour l'autre.A. L.


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