Boumerdes - A la une

«Une Silicone Valley à l'algérienne n'est pas une utopie»



Une Silicone Valley à l'algérienne,cela relève-t-il du domaine du possible' La question mérite d'être posée, puisque nombreux sont les experts en la matière qui affirment, à qui veut bien les entendre, qu'une telle entreprise n'est pas une chimère. Bien au contraire, tout est là pour que ça fonctionne. C'est, en tout cas, l'avis de nombreux spécialistes et acteurs économiques, qui estiment que ça n'est pas tant une affaire de moyens ou de logistique ou même de finances, mais plutôt d'une réelle volonté politique. Pour le président du Conseil national du développement de la PME, Adel Bensaci, «une Silicone Valley à l'algérienne, c'est parfaitement réalisable». En revanche, ce jeune économiste n'omet pas de mettre le doigt sur ce qui cloche dans cette rampe de lancement de l'économie nouvelle. «Peut-être à mon sens, il ne faut pas omettre, que quand on prend une décision politique qui a un impact économique, faire une épreuve de force sur les entreprises, c'est-à-dire réajuster ces politiques et non pas briser tout un secteur ou une chaîne de valeurs réelles.Penser à un modèle propre à l'Algérie
Il faut sortir des décisions des punitions collectives... Ils ont perdu un tiers des emplois générés par cette filière, l'équivalent de plusieurs milliers de postes de travail». Adel Bensaci évoque, pour étayer ses dires, l'exemple de l'industrie électronique en Algérie. «La filière électronique en Algérie commençait à prendre un essor important, avec un taux d'intégration important... Moi-même, j'ai eu le plaisir de connaître des opérateurs, qui m'ont présenté un état des lieux appréciable... Ce n'était pas juste des carcasses qu'on montait... Peut-être au début, oui, il y avait peut-être des opérateurs qui ont profité du CKD, mais par la suite, les choses ont changé en mieux», nous confiera-t-il. Pour ce jeune visionnaire, pour pouvoir réaliser le projet d'une Silicone Valley ou quelque chose de semblable, «c'est à travers le lobbying que l'on peut aboutir à de tels projets. Et c'est ce que nous sommes en train d'essayer de faire. Il ne faut pas se leurrer. C'est par la communication et la concertation qu'on arrivera à le faire et à convaincre les gens et à les mettre dans un autre état d'esprit... un mind-state de gagnant». Pour Bensaci, «il faut qu'on comprenne que le succès n'est pas une fatalité... Et même pour les Algériens, les succès il faut les mettre en avant et en faire des business modèles, à travers le système success story». Le président du Cndpme estime que «d'autres pays limitrophes excellent dans la communication et le marketing... À force d'avoir rabâché des mensonges, ils sont devenus de véritables centres de sous-traitance industrielle, en attirant les investisseurs à force de marketing, de publicité et de communication. Ce domaine est d'une extrême importance».
Pour Abderrahmane Hadef, expert en économie, «il ne faut pas faire le parallèle avec des modèles pareils, qui sont créés dans un contexte assez particulier, dans un modèle économique particulier. À mon sens, aujourd'hui, nous avons besoin d'un modèle propre à l'Algérie, qui va avec le contexte algérien. Et surtout un modèle adapté aux besoins du pays, et surtout si on se projette sur les besoins de la région entière, c'est-à-dire en Afrique et la Méditerranée également». Pour notre expert, «il est très intéressant de penser à un modèle propre à l'Algérie et à ses spécifications et, partant bâtir tout un écosystème qui va favoriser l'émergence de technopoles d'excellence technologique. C'est ce à quoi nous ne cessons d'appeler depuis un moment». Hadef estime qu'«il faut également réhabiliter le modèle des technopoles», dira-t-il citant l'exemple de Boumerdès, «qui était une technopole d'excellence dans le domaine technique et technologique. Aujourd'hui, l'Algérie a besoin de mettre en place une nouvelle organisation, qui va permettre de créer les conditions favorables à tout ce qui a trait à la technologie et, surtout, au numérique. Parce qu'il y a de grands bouleversements induits par ces métiers et cette technologie, et qui vont un peu façonner les modèles économiques dans tous les pays».
Plaidoyer pour une réhabilitation des technopoles d'excellence
Pour Hadef, il n'y a pas de temps à perdre. «L'Algérie doit se mettre rapidement dans une nouvelle configuration qui va permettre, en premier lieu, la mise en place d'un écosystème, regrouper tous les acteurs des technologies de l'information dans les télécommunications, et aussi un système qui va favoriser l'initiative dans ce métier. Et surtout, encourager l'entrepreneuriat pour pouvoir aller dans une perspective assez intéressante pour l'Algérie».
Poursuivant son plaidoyer, il dira «qu'il ne faut pas s'inscrire dans une transformabilité des modèles. L'Algérie a les moyens de concevoir son propre modèle. Mais pour ce faire, il faut mettre les conditions nécessaires pour la réussite de ce modèle partant de l'université, qui doit s'intégrer plus dans le domaine économique». Au chapitre des apports de l'université, élément incontournable de cet écosystème, il estimera «qu'on a longtemps parlé de passerelle entre l'université et le monde économique.
Aujourd'hui, ce n'est plus de passerelle qu'on doit parler, mais d'un véritable réseau de passage, dans tous les sens, avec l'ensemble des secteurs. Cela, pour pouvoir mettre le socle, de ce qu'on appelle aujourd'hui l'innovation, qui a fait passer les notions de la recherche et développement vers une notion économique. Cela va aussi valoriser les travaux de rechercheet leur donner une dimension économique. C'est cela le nouveau paradigme de l'innovation». Hadef aborde aussi le volet du financement qu'il dit important. «Nous sommes appelés à mettre en place des mécanismes de financement, qui vont permettre à cet écosystème d'éclore de façon plus rapide, parce que le modèle économique des start- up et des entreprises qui sont dans la Tech, est un peu particulier. Cela suppose un financement particulier, et des spécificités en termes de scalabilité, donc le développement de la croissance du modèle et aussi en termes d'objectifs de marchés», dira-t-il faisant allusion à l'importance de se projeter dans un marché régional, comme l'Afrique qui «fait 2,5 milliards de dollars de PIB et une population de 2 milliards. C'est un marché qui est très prometteur et tellement vierge, en termes de transformation numérique, que cette technopole d'excellence technologique doit l'avoir comme cible». Hadef estime aussi qu'«il y a un fait très important à ne pas négliger, c'est de faire appel à nos compétences établies à l'étranger.
Toutes les compétences peuvent participer pour mettre en place, déjà cette nouvelle configuration et apporter, aussi leur savoir-faire en termes technique et technologique, mais aussi en termes de management de ce genre de projets et de formes d'organisation». La pesanteur qu'exerce l'administration sur la relance de l'investissement est aussi pointée du doigt. «Une chose importante, il faut libérer cet écosystème de l'emprise de l'administration et le laisser se développer selon les normes et règles du marché. Même s'il y a de l'institutionnel qui va prendre part dans cette organisation, il ne faut pas l'astreindre aux règles administratives lourdes et bureaucratiques». Et d'ajouter aussi: «Il faut surtout laisser faire les initiatives, et laisser exploser les énergies et le génie des jeunes Algériens, qui ne demandent qu'à avoir la possibilité de s'exprimer. Surtout dans ces domaines pareils, qui évoluent très vite et qui se projettent dans une nouvelle ère qui n'est pas du tout adaptée à la gestion administrative classique, telle que nous la connaissons... Il faut savoir qu'aujourd'hui, l'économie numérique pèse pratiquement 20% du PIB mondial, et vers le quart en 2025». Hadef déplore le fait que «l'Algérie ne profite pas de cette croissance et l'économie numérique, qui ne participe qu'à 3% au PIB... Or, il faut se mettre comme objectif à l'horizon 2025 de développer cette contribution au PIB vers les 10% et de se protéger progressivement vers la moyenne mondiale, qui est de 20% d'ici 2030». Pour lui, «l'organisation de nos universités doit être revue, pour aller vers une organisation plus favorable à l'émergence de nouveaux métiers, mais aussi permettre à cette population de jeunes de graduer convenablement, chaque année et d'être préservée des courtisans des grandes nations.
Préserver la matière grise algérienne
L'Algérie doit, aujourd'hui, réunir les conditions pour préserver cette matière grise et ces compétences et lui offrir toutes les chances de sa réussite et son épanouissement». Au sujet de la mise en place de cette sorte de Silicone Valley, il appellera à «créer des alliances avec les meilleurs au monde. Je citerai, à titre d'exemple, les sociétés de télécom, Huawei qui est présent en Algérie en force, comme Ericsson et d'autres encore, qui sont en train d'accompagner les transformations numériques de plusieurs Etats. Donc, il faut aller vers des alliances stratégiques, qui seront bénéfiques pour toutes les parties», fait-il remarquer en ajoutant: «Je ne cesserai de citer l'exemple des instituts de Boumerdès tels que l'Inelec, Ingm, Inmc qui étaient vraiment des structures shore de technologie en leur temps». Revenir à cette ancienne configuration et la dupliquer dans les régions, selon les spécificités pour l'industrie automobile, l'agroalimentaire et tout ce qui va avec, est la solution, selon notre expert.
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