
La cartographie du terrorisme en Algérie, pour les mois de février et mars, se décline comme suit : activités terroristes concentrées essentiellement dans douze zones qui sont Bouira, Sidi Bel-Abbès, Jijel, Bordj Bou-Arréridj, Bordj Badji-Mokhtar, Boumerdès, Tizi Ouzou, Adrar, Illizi, Tamanrasset, Tindouf et Djanet.Le déploiement de l'Armée national a permis, durant cette période, la récupération de quantités impressionnantes d'armes au niveau des frontières en particulier, mais aussi dans deswilayas proches de la capitale comme Blida et Boumerdès.Un véritable arsenal de guerre pour un total de 131 pistolets mitrailleurs de type Kalachnikov, 108 chargeurs pour la même arme, 12 fusils semi-automatiques de marque Simonov, trois pistolets automatiques de type Beretta, 5 mitrailleuses lourdes, trois autres de type Diktariov, 6 de calibre 14,5 millimètres, 22 obus, 31 lance-roquettes, 2 missiles Grad BM, un canon SPG-9, ainsi que 10 119 balles de différents calibres.En 2010, un communiqué de la Gendarmerie nationale a fait état de la circulation de 300 000 armes en Algérie. Depuis la chute du régime de Kadhafi et l'instabilité que connaît le Mali, la prolifération des armes a pris une ampleur inégalée. Les saisines de l'ANP ne sont que la partie visible de l'iceberg. "Les zones entières échappent encore à la vigilance des forces de sécurité", nous confie une source sécuritaire.Dans une cache d'armes et de munitions à Aïn Guezzam, 5 fusils à répétition, une mitrailleuse et un pistolet mitrailleur Mat-49 ont été récupérés. À Blida, 2 pistolets mitrailleurs, deux pistolets automatiques, 4 grenades et onze chargeurs ont été trouvés dans une maison inhabitée. "Lors des ratissages intenses, les terroristes se débarrassent de leurs armes lourdes en les dissimulant dans des caches afin de faciliter leur fuite. La découverte de ces abris pour armes prouve aussi qu'il existe des cellules dormantes prêtes à passer à l'acte, à la première occasion", indique notre interlocuteur. À Bouira, Béjaïa, Aïn Defla Bordj Bou-Arréridj, Boumerdès, Skikda et Tizi Ouzou, pas moins de 32 caches pour terroristes, contenant des vivres et du matériel de couchage, ont été découvertes et détruites en quelques semaines.La quantité de bombes prêtes à l'emploi, ainsi que les détonateurs et les produits explosifs récupérés montrent que de nombreux attentats étaient en préparation.Des désastres ont été évités de justesse grâce à la récupération à Tizi Ouzou, à Boumerdès et à Skikda d'une cinquantaine de grenades de confection artisanale et neuf grenades fumigènes, six bombes, ainsi que des quantités de produits explosifs et d'outils de détonation. L'armée a découvert aussi, le 7 mars dernier, près de la commune d'Azazga, 5 fûts en plastique remplis de 150 litres d'acide nitrique, une matière utilisée dans la confection des explosifs et plus de 9 quintaux de produits chimiques à Chaâbet El-Ameur dans la wilaya de Boumerdès.Dans le cadre de ces opérations, 51 terroristes ont été mis hors d'état de nuire. Ils avaient rejoint le maquis, essentiellement entre 2001 et 2010. Parmi eux, le chef de Daech en Algérie, tué, fin mars dernier par l'armée, lors d'une opération à Djebel Ouahch, à l'est de Constantine. L'arme du policier assassiné dans un restaurant de la même wilaya, quelques semaines plus tôt, a été retrouvée en sa possession.Entre février et mars 2017, l'ANP a également procédé à l'arrestation de 37 soutiens au terrorisme dont 9 à Bordj Bou-Arréridj. Les autres ont été appréhendés à Blida, à Tébessa, à Oran, à Sidi Bel-Abbès, à Skikda et à Adrar. Entre 2014 et 2017, une quarantaine de cellules dormantes servant à recruter des jeunes pour rejoindre l'Irak et la Syrie ont été démantelées. La campagne d'arrestation ciblant ces cellules s'est accentuée une année après les attentats de Tiguentourine. Elle s'est soldée par la neutralisation de 200 recruteurs.En revanche, au chapitre des repentances, le compteur est presque à zéro. Un seul terroriste s'est rendu, en deux mois, aux autorités militaires de Tamanrasset en possession d'une Kalachnikov et d'une quantité de munitions.Plus diffuse que dans les années 1990, la menace terroriste reste, néanmoins, entière dans notre pays. L'instabilité, qui a secoué la Libye et le Mali, a rendu les frontières algériennes très vulnérables. Le renforcement de la présence des différents corps de sécurité et de l'ANP a permis de durcir le contrôle sur certaines marchandises. Des nouveaux aérodromes militaires pour le transport et le soutien logistique ont été mis en place également pour rendre plus performants les capacités de réaction et le rayon d'action des forces armés et les patrouilles aériennes. Une dizaine de milliers d'hommes sont mobilisés pour surveiller et protéger la frontière avec le Mali. Au total, le commandement militaire algérien a procédé à trois grands déploiements de ses forces sur les frontières, avec la Libye puis le Mali et récemment la Tunisie.La création de nouveaux postes avancés, l'installation d'équipements de surveillance électronique, ainsi que le creusement de tranchées sur des zones de la frontière avec le Maroc et la Tunisie ont un double objectif sécuritaire et économique. Elles visent simultanément à lutter contre le terrorisme, le trafic de stupéfiants, la circulation d'armes, ainsi que la contrebande de denrées alimentaires subventionnées.Car il existe une connexion avérée entre le terrorisme, le trafic de drogue et la contrebande. Le 1er février dernier, trois terroristes narcotrafiquants ont été éliminés. À Illizi, l'offensive de l'armée s'est soldée par trois narcotrafiquants tués et la récupération de deux pistolets mitrailleurs de type Kalachnikov, six chargeurs, 1 400 balles et quatre téléphones satellitaires.Pour les autorités algériennes, l'ultime défi est d'empêcher que ces armes renforcent les maquis terroristes.En s'attaquant au trafic de carburant algérien, les forces de sécurité limitent, à la fois, les pertes économiques, privent les groupes terroristes de sources de financement et entravent leurs déplacements. "Au-delà de la réduction des menaces venues d'ailleurs, à travers le contrôle et la gestion des frontières, il s'agit aussi d'éviter le repli des éléments terroristes locaux, de couper leurs lignes d'approvisionnement et d'empêcher toute synergie avec le terrorisme importé", ajoute notre source. Notre interlocuteur doute, toutefois, de la capacité de l'armée de contrôler la totalité des frontières. C'est là l'une des limites de la stratégie algérienne à l'?uvre, en ce moment.Nissa Hammadi
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Nissa Hammadi
Source : www.liberte-algerie.com