Bouira - A la une

La crise sociale, l'autre raison de la colère



Même si la chose politique a pris naturellement le dessus ces derniers mois, le pays ne couve pas moins un grave malaise social.Dimanche 11 août 2019, deuxième jour de l'Aïd. Des citoyens de la commune de Lakhdaria, Palestro sous son ancienne appellation, bloquent complètement l'autoroute Est-Ouest au nord de la wilaya de Bouira, et ce, pendant plus de quatre heures, pour protester contre des coupures d'alimentation en eau potable pendant plusieurs jours, y compris durant la fête du sacrifice. L'ire des riverains était d'autant plus exacerbée que le gouvernement de gestion des affaires courantes avait fait part, à peine quelques jours avant, de son engagement officiel à garantir la disponibilité totale de toutes les commodités de base : eau, gaz, électricité et autres biens de large consommation dans toutes les régions du pays. Depuis déjà plusieurs semaines, de telles actions de blocage des routes, de microprotestations sporadiques, de débrayages dans divers secteurs économiques se multiplient dans tout le pays ; un peu comme en arrière-plan au mouvement du 22 février, né à l'origine d'un sentiment exacerbé de ras-le-bol général, qui, au fil des marches pacifiques, s'est mué en une volonté populaire de construire une nouvelle Algérie. C'est que, même si la chose politique a pris naturellement le dessus ces derniers mois, le pays ne couve pas moins un grave malaise social, dont les symptômes deviennent de plus en plus visibles, à mesure, surtout, que tardent à se concrétiser les objectifs majeurs de la révolution du 22 février et, plus conjoncturellement, à l'approche d'une rentrée sociale qui s'annonce tendue et des plus difficiles pour un grand nombre de foyers algériens. La crise sociale est bel et bien là, et les citoyens le font savoir presque tous les jours, en manifestant partout et tout le temps, dans plusieurs localités de diverses régions du pays, contre diverses pénuries et privations en commodités en tout genre, en prestations vitales et, parfois même, en biens de consommation supposés être essentiels. Problèmes d'eau, d'électricité, de gaz, d'école, de santé, de travail?, le mal-être social, la dégradation du niveau de vie, le chômage, l'érosion du pouvoir d'achat et le retour des phénomènes de paupérisation des catégories les moins loties et de précarisation de la classe dite moyenne font naître ainsi l'autre raison de la grogne populaire contre le régime politique et son gouvernement encore en place ; au-delà, bien entendu, de la révolte politique qui, depuis le 22 février, tonne pour un changement radical du système. Les réserves officielles de changes ? épargne en devises du pays ? s'amenuisant de jour en jour, le financement de l'effort d'investissement, au même titre que les transferts sociaux, devenant de plus en plus difficile à adosser au budget fragile de l'Etat, la crise sociale risque ainsi de très vite s'amplifier, à mesure, surtout, que se tarissent les ressources financières du pays et que perdure le règne d'un pouvoir politique massivement rejeté par la grande majorité des Algériens.
Akli Rezouali
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