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Rahal Karim, spécialiste en production laitière : «L'éleveur n'est pas soutenu sur le plan technique»



Rahal Karim, spécialiste en production laitière : «L'éleveur n'est pas soutenu sur le plan technique»
Rahal Karim est professeur au département de vétérinaire à l'université de Blida. Il s'intéresse au domaine de la production laitière, à travers de nombreuses études de terrain. Il travaille actuellement au laboratoire des biotechnologies animales de la même université, principalement sur la reproduction de la vache laitière, qualité bactériologique du lait... Avec une équipe pluridisciplinaire, leur slogan : «Pour produire, il faut reproduire». Contacté par nos soins, il revient sur la problématique de la production laitière en Algérie.
- Combien coûte à l'Algérie la facture de l'importation annuelle de la poudre de lait '
A cause de l'augmentation des prix de la poudre de lait à l'international et du taux de change qui nous a été défavorable l'année dernière, l'importation de la poudre de lait coûte en moyenne à l'Algérie plus d'un milliard d'euros'/an. Cependant, le plus important est d'arriver le plus vite possible à l'autosuffisance alimentaire. Théoriquement, nous devrions importer moins de poudre de lait dans les années à venir. Cela devrait être dû au fait de l'augmentation constante de la production locale. Actuellement, l'Algérie importe autour de 50% de ses besoins en lait et produits laitiers. Aujourd'hui, nous sommes dans un contexte provisoire de chute des prix à l'international, ce qui fait que certaines laiteries se permettent de payer le lait cru local à moins de 30 DA convenu, ce qui n'est pas pour aider le producteur qui est prioritaire dans le cadre du processus d'encouragement de la production laitière en Algérie. Je souligne que la consommation annuelle de lait dans notre pays est quand même supérieure à celle de nos voisins (110 litres versus 80 litres), parce que le lait coûte moins cher chez nous, du fait que ce produit est subventionné par l'Etat, du moins le lait en sachet qui est toujours vendu à 25 DA/litre.

- Que pensez-vous de la politique de l'Etat en matière de promotion du lait en Algérie '
La politique d'aide à la production de lait cru en Algérie est l'une des plus développées au monde. Les chiffres sont là pour le prouver : 12 DA le litre de lait au producteur, 5 DA le litre de lait au collecteur et 4 DA le litre de lait au transformateur, ce qui est quand même énorme ! L'Etat agit ainsi pour assurer au consommateur algérien un sachet de lait à 25 DA. Cette politique est à revoir. Il vaut mieux, je pense, ne plus mettre de subvention sur les produits alimentaires de base et aider directement les familles qui sont dans le besoin en Algérie. En effet, ce lait acheté à 25 DA est à la disposition de tous, y compris aux pays voisins par le biais de la contrebande et du marché noir.

- Face à ce dysfonctionnement, que faut-il alors faire '
La filière lait est assez complexe, beaucoup de paramètres entrent en jeu. Les pouvoirs publics ont pris de bonnes décisions, mais ça reste à améliorer. Je crois cependant qu'il faut développer les grands élevages spécialisés tels que par exemple des élevages de plus de 100 vaches laitières par exploitation ou exploitant. 90% de nos producteurs ne sont pas spécialisés dans le domaine de la production, ils font cela avec d'autres activités complémentaires. Il faut aller de plus en plus vers la spécialisation. Ils ont pour la plupart un système hors-sol, c'est-à-dire qu'ils n'ont pas de terre pour produire le fourrage nécessaire aux vaches, ce qui les oblige à acheter cette nourriture qui coûte cher sur le marché, et qui réduit d'autant plus la marge bénéficiaire.
Actuellement et du fait de l'absence de toute traçabilité et de l'ampleur du marché informel, il est difficile d'avoir des chiffres concernant l'effectif de vaches toutes productions confondues à l'échelle nationale. Les chiffres officiels restent de pures approximations, ni plus ni moins, d'autant plus que le scénario des années de sécheresse a participé à la dévaluation de la valeur marchande des vaches laitières qui, de 300 000 DA la tête, sont descendues à moins de 150 000 DA en situation défavorable, et un grand nombre d'entre elles ont fini précocement à la boucherie. La vache laitière en Algérie souffre, et sur le plan quantitatif et qualitatif, des mauvaises conditions d'élevage : insuffisamment nourrie, celle-ci ne donnera donc pas suffisamment de lait et aura des retards ou des problèmes de fécondité plus tard. Pour augmenter la productivité, il faut projeter des actions dans le cadre de visions intégrées faisant intervenir plusieurs acteurs en amont de la filière comme en aval aussi. C'est tout le monde qui est concerné allant de l'agriculteur, au zootechnicien, à l'inséminateur, au collecteur, au vétérinaire et enfin à la laiterie' En ce qui nous concerne en tant que chercheur dans ce domaine, nous sommes en phase de préparation avancée d'une Journée d'information sur la formation en production laitière, qui représente le maillon le plus faible de la profession.
En effet, le producteur n'est pas soutenu sur le plan technique et ne cherche souvent pas les moyens d'améliorer les performances de sa production. Nous voulons aller dans ce sens, car il y a matière à doubler la production par vache et de ce fait à gagner la bataille de l'autosatisfaction de nos besoins de consommation. Notre ultime objectif est de créer un pôle de compétence dans le domaine de la production laitière, au service de la filière. Si nous voulons aller dans le sens de l'excellence, l'Etat doit encourager surtout l'émergence d'un système qui permettrait au producteur laitier d'être rentable quel que soit le climat, sinon on restera toujours dans du provisoire avec une filière fragile.


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