Arrivé à l'âge de 56 ans, Hannouche Nafaâ, ingénieur mécanicien à la filiale IBC du Groupe Cnan a vu de toutes les couleurs.
Après 28 de service à la marine marchande, il s'est retrouvé entre les mains des pirates somaliens puis, comme tous ses camarades d'IBC, en chômage, une fois rentré en Algérie. Dans cet entretien, il témoigne de son expérience et celle de ses camarades. La Nouvelle République : Pouvez-vous nous relater les moments de votre captivité en Somalie ' Nafaâ Hannouche : «Nous avons été pris en otages en Somalie pendant dix mois. Durant notre captivité, nos ravisseurs nous infligeaient des tortures physiques occasionnelles et morales avec des maltraitances diverses. Moi personnellement, ils m'ont torturé deux jours durant pour leur révéler l'emplacement du fuel que j'avais caché. Tout le groupe a fait, aussi, l'objet de tortures diverses car les ravisseurs voulaient savoir où se trouvaient les ratios d'eau, alors qu'en réalité, nous n'en avions pas. Quelles sont les séquelles de ces dix mois ' Cette captivité avait provoqué chez nous des tensions parmi les otages à tel point que ces situations ont poussé certains à la folie. Nous sommes revenus tous sains et saufs alors que durant notre captivité, deux de nos camarades ont été sujets à une dépression nerveuse. Parlez-nous de votre libération, comment avez-vous vécu ce moment ' Nous étions très heureux lors de notre libération après toute cette période de captivité. Mais cela n'a pas duré plus de 24 heures. Sur notre destination vers le Kenya, les pirates somaliens ont essayé de nous captiver encore une fois à deux reprises, la nuit du 3 novembre 2011, le jour de notre libération, ainsi que le 6 novembre. A deux reprises, on a reçu l'aide des militaires américains puis espagnols. Nous avions tellement peur de retomber dans les mains des ravisseurs. Certains marins allaient se jeter à la mer juste pour ne pas revivre le même cauchemar. Au bout de 14 jours, nous étions arrivés au Kenya où nous avons demandé à la délégation algérienne qui nous attendait de nous accorder 24 heures supplémentaires afin de négocier nos salaires avec l'armateur grec du MV Blida. Malheureusement la délégation a refusé de nous recevoir et nous sommes rentrés aussitôt. Quand est-ce que vous avez pris contact avec l'armateur grec du MV Blida ' Comme je viens de l'expliquer, nous avons demandé à être mis en relation avec l'armateur juste après notre libération, mais la délégation algérienne nous a demandé de revenir au pays et faire confiance au gouvernement algérien pour régler notre situation avec l'armateur, car les membres de la délégation algérienne venus nous récupérer sur les lieux nous ont rassuré que l'Etat allait prendre en charge notre affaire, d'où «la nécessité de repartir au pays au plus vite». Aujourd'hui, l'armateur grec censé nous payer n'a encore rien fait et cette situation ne peut durer ainsi. Nous avons pris contact avec le reste du groupe de marins étrangers avec qui nous étions en captivité, ils nous ont affirmé que l'armateur grec les a indemnisés depuis des lustres déjà, alors que pour nous, c'est une autre histoire et ce, malgré que l'armateur ait reconnu par fax le dû qu'il nous doit. Pourquoi vous ne vous êtes pas tournés vers la justice ' Nous avons estimé notre salaire, pour les dix mois qu'on a passé en Somalie, à une moyenne de 18 000 à 20 000 dollars chacun. Pour ce qui est de la justice, nous ne pouvions attaquer l'armateur grec sachant qu'aucun papier ne nous relie contrairement à IBC. Cette dernière a signé un contrat avec cet armateur et nous, en tant que personnel navigant, nous avons signé un contrat avec IBC. Ainsi, nous avons porté l'affaire en justice contre IBC, ce qui est tout à fait normal et légal. Maintenant nous avons demandé notre réintégration à la société mère, Cnan. Où se trouve le problème concernant votre réintégration ' Nous avons demandé à être transféré de la filiale IBC à la société mère, Groupe Cnan. Ils nous ont dit que c'était difficile et compliqué côté administratif. Au début, nous avions été transférés du Groupe Cnan à la filiale IBC sur simple décision administrative. Pourquoi ne peuvent-ils pas faire l'inverse aujourd'hui' Outre ce prétexte, on nous dit que nous ne faisons plus partie du Groupe Cnan. Comment arrivez-vous à vivre au quotidien avec cette situation ' J'ai eu le courage de supporter et de résister lors de notre captivité en Somalie car certes, c'était une torture physique et morale mais infligée par des étrangers alors qu'ici, il est question de mépris auquel nous sommes confrontés au quotidien, ce qui nous rend malades. Etes-vous optimiste ' Bien sûr que nous y croyons car nous n'allons pas baisser les bras jusqu'à la satisfaction de nos revendications et doléances légitimes. Donc, vous êtes prêts à reprendre la navigation... Pour reprendre la navigation, j'en ai bien peur. Après tout ce que nous avons passé en Somalie, nous ne pourrions pas quitter la terre ferme. Nous sommes prêts pour reprendre le travail et finir notre carrière professionnelle au niveau du Groupe Cnan mais plus en tant que personnel navigant.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Hassiba A
Source : www.lnr-dz.com