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Un amoureux de la Reine des Ziban et des Gétules



Un amoureux de la Reine des Ziban et des Gétules
Après avoir publié en 2013 chez Edilivre une première ?uvre littéraire de 461 pages intitulée «Marie la Biskrite ou Marie Céleste» qui a eu un succès retentissant en France et en Belgique et qui est un hymne à l'amour, aux voyages et à l'altruisme et cela dans un cadre historique parfaitement maitrisé, Hocine Jouama a compilé 7 nouvelles dans un petit livre édité en 2014 avec l'aide du Comité des fêtes de l'APC de Biskra en collaboration avec le bureau local de l'union des écrivains algériens.Distribués gratuitement aux lecteurs et intitulés «Qui dit mieux '», ces courts récits savoureux et truculents où l'humour et le second degré suintent de toutes les pages se laissant agréablement lire. Comme dans le «Dr Fatma» ou «Le Pittoresque» ou encore dans «La bague du roi Ferdinand», l'auteur brocarde la société et ses tares, en apportant toutefois une touche de compassion et de bienveillance pour ses congénères. Ces textes sont le reflet de sa «mentalité» pour qui le connait intimement.Mais qui ne connait pas Hocine Jouama à Biskra ' Souvent, vous le verrez déambuler à pied ou à bicyclette dans les rues de la Reine des Ziban avec dans le regard une sorte d'admiration pour les choses et les êtres. C'est un artiste, éducateur, nouvelliste et écrivain comme seule sait les enfanter la Reine des Ziban, se plait-on à croire. Il fait partie d'une génération d'écrivains sexagénaires sublimés par leur ville natale, Biskra, qu'ils adorent et pour laquelle ils ont aussi de la peine.À l'école de la vieHocine Jouama est né en 1949 à Mezghiche, quartier du vieux Biskra en contrebas de la butte où était érigé le Fort Turc. Issu d'une famille nombreuse dont le père, cordonnier, était contre le fait d'inscrire ses enfants à l'école française parce que, disait-il, «elle corrompe nos enfants et les éloigne de leur peuple», Hocine Jouama fréquentera alors l'école coranique et dés 6 ans, se fait vendeur de persil au marché pour aider la famille. «Le travail au marchéestla meilleure des écoles. On y apprend la psychologie, le calcul et la rhétorique marchande», confie-t-il.Là, il côtoie les plus âgés que lui et de fil en aiguille s'acoquine avec les vendeurs de journaux à la criée. En lisant avec eux les unes des publications, il apprend l'alphabet et les rudiments de la langue française. Remarqué pour ses aptitudes orales par le moudjahid Saïd Mira, il est incorporé à l'âge de 9 ans à l'école primaire française. Au lycée d'enseignement technique d'Alger, il est orienté vers l'ajustage des pièces mécaniques et la métallurgie, sans que ces métiers ne lui siéent véritablement. En 1968, il entre à l'institut national de l'éducation de Constantine pour une formation de 2 ans.Il a alors une carrière de 16 ans en tant que professeur de français dans différents collèges. 16 ans seulement ' C'est qu'après 8 ans de service au profit de l'éducation nationale, il s'est investi dans une affaire commerciale, où il a laissé toutes ses plumes. «J'ai été grugé et dépossédé du local commercial que j'avais acheté au centre-ville de Biskra et pour faire vivre les miens, je suis devenu brocanteur», raconte-t-il.Les gétules reviennentSon prochain livre à paraître retrace l'épopée des Gétules en Afrique du nord. Encore une fois, il mêle son amour des récits d'aventures et son admiration pour les femmes accortes pour offrir à ses lecteurs une fresque historique. Intarissable en ce qui concerne cette peuplade de nomade vivant de l'élevage du temps de Massinissa et du royaume numide et ne reconnaissant ni loi, ni autorité, il explique que cette communauté se serait établie et sédentarisée à «Zekra», nom de l'époque donné, selon lui, à la vallée luxuriante et gorgée d'eau des Ziban actuelles et qui donnera des siècles plus tard Vescera puis Beskra pour arriver à Biskra.Les Gétules, de «Chenna chez les Gétules», c'est le titre de ce livre mélangeant faits réels et fiction, créent un havre de paix et d'harmonie à Zekra. Ils prospèrent et ont de très bons rapports avec les autres communautés de la région avec lesquelles ils commercent. Leur vie change quand le Roi Zoulay arrivant du nord décide de s'installer avec sa cours et sa fille Chenna sur le territoire des Gétules. L'auteur nous entraine alors dans les dédales d'un récit plein de lumière et d'évasion où la magie et le surnaturel ont une bonne place.A la manière d'un Tolkien, il ne nous laisse pas un moment de répit. Mais cette excursion dans le passé lointain des peuples d'Afrique du nord n'est qu'un prétexte pour lui pour évoquer les origines multiples et variées des Algériens fondues dans le creuset d'une histoire commune. Il y crie sa haine de l'intolérance, des préjugés malsains et du bigotisme prévalant dans nos sociétés. Hocine Jouama qui poursuit sa carrière d'écrivain ne vit pas de ses écrits. Pour arrondir ses fins de mois difficiles avec sa demi-pension de retraite de 18 000 DA, il donne des cours de guitare aux enfants car c'est aussi un bon instrumentiste, compositeur et chanteur.Il corrige occasionnellement les thèses et mémoires de fin d'études des étudiants universitaires contre quelques dinars. «Je m'estime heureux et ne crains pas la vie mais mon bonheur serait d'être publié en Algérie. Malheureusement, nous n'avons pas d'éditeur seulement des imprimeurs refusant de prendre des risques financiers avec les auteurs», lance-t-il, sans amertume, mais avec un sourire en demi-teinte.


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