Une enseignante devant le conseil de discipline à Biskra
PEF de lettres françaises depuis 25 ans, Mme Guenan S., enseignait jusqu?à cette rentrée scolaire, au CEM Hamza de Sidi Khaled, situé dans une zone tribale à 110 km à l?ouest de Biskra. Le 20 novembre dernier, elle a fait l?objet d?une mesure de suspension sans traitement qu?elle juge infondée et abusive. De plus, la direction de l?éducation de Biskra vient de lui intenter un procès à la Kafkaïenne, en la traînant devant le conseil de discipline, pour avoir « menacé » son directeur. Or, l?enseignante réfute absolument cette allégation. Interrogé à ce sujet, le directeur de l?établissement, que nous avons rencontré, reconnaît que c?est dans son bureau et en tête-à-tête que l?enseignante a proféré des menaces dans les termes suivants : « Vous avez tout fait pour me chasser de votre CEM, mais ça vous coûtera cher. »« J?ai l?intime conviction que c?est en quelque sorte le remake de l?histoire du pot de terre contre le pot de fer. En effet, pour l?administration, que vaut la parole d?une enseignante contre celle d?un directeur ? », nous confie, amère, cette enseignante. Inutile de vous dire qu?après avoir consacré les plus belles années de sa vie à l?enseignement du français « dans un coin perdu des Ziban, loin de la capitale, où j?ai grandi », Mme Guenan S., se retrouve après avoir signé son PV de rentrée le 12 septembre dernier, « en surnombre et affectée ailleurs sans autre forme de procès ». Mme Guenan S. soutient qu?elle est la plus ancienne parmi ses 4 collègues concernés eux aussi par cette mesure. Du reste, en fonctionnaire disciplinée, elle entame une procédure de recours auprès de la tutelle non sans avoir rejoint auparavant sa nouvelle affectation au CEM Haï Echamali, à Sidi Khaled où l?attend une surprise : on lui signifie poliment qu?il n?y a pas de poste de français vacant dans cet établissement... Enfin, lorsqu?elle revient à son établissement d?origine, le gardien lui dit embarrassé qu?il a reçu des instructions pour ne pas la laisser entrer au CEM. Il faut avoir une sacrée dose d?aplomb pour ne pas chavirer après pareilles péripéties ! Et dire qu?ailleurs et dans les plus grandes villes d?Algérie, on cherche à la loupe des enseignants de français ! N?empêche indique Mme Guenan, qu?auparavant elle était bien notée (les 17/20 obtenus en 2003 plaident en sa faveur, d?autant que cette note administrative a été donnée par ce même directeur qui l?a réduite à 13/20 cette année). Elle nous a expliqué que le harcèlement administratif - mauvais emploi du temps et qui plus est chargé, 25 heures de cours par semaine, salle de cours à tous les étages supérieurs alors qu?elle souffre d?une maladie chronique qui ne fait qu?empirer - aurait commencé l?année dernière et a abouti au début de cette année scolaire à son exclusion de l?établissement, grâce « au stratagème fourbi par le biais du barème concocté à mon insu, conjointement par le directeur et les trois autres collègues enseignants le français, alors que le classement des enseignants se faisait jusqu?à une date récente par la direction de l?éducation qui a pouvoir de nomination », ajoute-t-elle. « Et si je me retrouve aujourd?hui devant le conseil de discipline, poursuit-elle, c?est tout simplement pour avoir alerté la presse et écrit au ministre dont j?attends une réponse. Au besoin, j?écrirai au président de la République. » Difficile de se retrouver dans cette affaire d?autant que le directeur, à propos de la note, reconnaît : « Si j?ai réduit sa note à 13 alors qu?elle était de 17/20, c?est parce que ses collègues m?ont fait un rapport circonstancié disant qu?elle aurait l?an dernier fait profiter frauduleusement ses élèves de 9e année des réponses aux questions d?un devoir qu?elle aurait glanées auprès de certains enseignants de français », en d?autres termes, auprès de ces mêmes collègues avec lesquels, il faut le rappeler, « je suis en compétition en ce qui concerne le surnombre et que je suis sûre de surclasser si le barème retenu était juste », commente Mme Guenane. S?agissant du barème qui serait la cause directe du malentendu, le directeur du CEM affirme avoir écrit, le 20 septembre dernier à la tutelle, pour lui demander de le décharger de l?opération de classement des enseignante en vue de déterminer celui ou celle qui sera en surnombre et ajoute enfin que pour échapper à la vindicte de Mme Guenan, il aurait envisagé de prendre sa retraite.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Bachir Mebarek
Source : www.elwatan.com