Biskra - A la une

...PORTRAIT... Kanou Salah



Il est foncé comme la nuit. Une belle nuit que nul clair de lune n'éclaire. Il est fier de sa couleur qui le distingue des visages pâles, des bruns, des jaunes qui essaient de changer de couleur en lézardant sous le soleil jusqu'à insolation. Nul besoin pour lui. Le soleil est en lui. Pour la vie. Il n'a qu'une couleur : celle du c'ur. Ancien joueur d'un club de Biskra, Salah est connu pour ses talents de comédien et de boute-en-train. Revenons plus de vingt ans en arrière, du temps de l'équipe nationale version Kamel Lemoui. C'était le temps des Assad, Madjer, Belloumi and co. L'ambiance était aussi apaisée que les Verts d'aujourd'hui sont survoltés par un Halilhodzic qui balance tout. Tout y compris ses joueurs, fumeurs de chicha ! A une époque, ce n'était pas la chicha qu'ils fumaient : pire. Mais enfin, ne déterrons pas les cadavres. Viendra le jour où les cadavres ressusciteront tout seuls pour nous rappeler que le football n'est plus un jeu. Mais un job. On joue au football comme certains vont au boulot : déprimés. Mais revenons à Kanou qui fut présenté comme VIP aux Verts de l'époque par le facétieux Amrane Bachir, ami de Lemoui et grand serviteur du football. Comme il avait une belle tête souriante, comme il était tiré à quatre épingles, les plus grands joueurs, trentenaires à l'époque, l'ont pris pour un ambassadeur d'un pays africain qui cherche à recruter à prix d'or les meilleurs joueurs algériens. Il fallait les voir tourner autour de lui comme s'il était un bon gigot, en l'appelant son excellence. Et lui, pas bête, comédien dans l'âme, a compris la méprise. Il leur a servi ce qu'ils voulaient entendre. A l'un, vénal aimant le beau sexe, il a promis une mine d'or dans son pays, avec un harem à sa disposition, à l'autre il s'est engagé à lui payer un salaire de plusieurs milliards. Ainsi, il reçut dans le salon de l'hôtel où était hébergée l'équipe nationale, plusieurs joueurs à la file. A chacun il a promis le rêve. Il fallait le voir aussi sérieux que le pape, roulant des yeux avec un gros cigare et l'accent traînant d'un parrain. L'un tousse-t-il, qu'il lui promet de l'envoyer illico presto dans son jet personnel à Paris pour se soigner, l'autre a-t-il le front dégarni qu'il lui propose une prise en charge totale au Brésil pour lui donner la chevelure de Maradona. Les joueurs étaient aux anges. Ils planaient sous l''il de Bachir Amrane qui se tordait de rire en catimini. Quant à Lemoui, connu pour sa rigueur et son sens de la discipline, il était heureux de voir ses joueurs heureux sans qu'il pige rien à cette béatitude. Quand il a découvert le pot aux roses, passé le premier moment de stupéfaction, il éclata de rire. Il savait que les joueurs étaient de grands enfants crédules. Mais pas à ce point ! On parle de naguère. Naguère où l'on savait rire. Rire de soi d'abord avant de rire des autres.
H. G.
hagrine@gmail.com
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