Biskra - A la une

Mystérieuses agressions



«Une fois, c'est un hasard. Deux fois, c'est une coïncidence. La troisième fois, c'est une action ennemie.» C'est là un extrait de Goldfinger, le septième roman d'espionnage de l'écrivain britannique Ian Fleming. À voir les derniers événements qui se sont déroulés en Algérie, nous sommes presque tentés d'y croire. Il est évident qu'il ne faut pas verser dans la paranoïa et voir le complot partout, mais il est légitime de se poser des questions lorsqu'une agression contre spécifiquement des enseignantes se produit successivement dans trois régions différentes et en l'espace de seulement 15 jours. Il y a eu, dans la nuit du 17 au 18 mai dernier, l'«assaut» de Bordj Badji Mokhtar où neuf enseignantes ont été séquestrées, battues et même victimes de violences sexuelles par quatre hommes, dans le logement de fonction qu'elles occupaient dans cette commune de l'extrême-sud du pays. La justice a ouvert une enquête et a très vite arrêté les coupables de cet acte ignoble qui avait provoqué une onde de choc sur l'ensemble du territoire national. Mais à peine réveillée de ce cauchemar, la société s'est vue replongée dans un second drame, cette fois-ci à Biskra. Dans la nuit du 21 au 22 mai, à peine trois jours après la première agression, un homme armé d'un couteau s'est introduit, vers 3h du matin, dans un appartement occupé ordinairement par huit enseignantes venant de wilayas limitrophes. Il s'agit d'un logement de fonction, situé juste derrière le lycée Bedjaoui. L'homme s'est retrouvé nez-à-nez avec deux enseignantes qui avaient décidé de ne pas rentrer chez elles pour le week-end. Les menaçant de son arme blanche, il s'est emparé de tout ce qu'il pouvait emporter comme objets de valeur. Il ne les a, heureusement, pas violentées physiquement, mais elles ont été profondément choquées. Hier, la boucle a été bouclée et le mois de mai s'est terminé sur une troisième agression à Batna. La cible, encore une fois des enseignantes. Le mode opératoire identique: des inconnus, dont le nombre n'est pas déterminé, ont attaqué une résidence de fonction des enseignantes de l'école primaire Zekour Salah, dans la localité de Ouled Ameur. Pour cette fois et heureusement, au moment de l'intrusion, les institutrices, au nombre de trois, se trouvaient à l'extérieur. Les malfaiteurs ont alors juste «dénudé» l'appartement de tous les objets de valeur avant de repartir. Lors des deux premières agressions, le corps enseignant a exprimé sa colère et les syndicats ont même manifesté et appelé la tutelle à prendre des mesures pour sécuriser les lieux de résidence. Le ministre de l'Education avait qualifié l'acte commis contre les neuf enseignantes de Bordj Badji Mokhtar d'«abject» et son inspecteur général avait annoncé la prise d'une série de mesures pratiques, «urgentes» et «rassurantes». Les autorités de la wilaya d'Adrar se sont engagées à assurer la protection sécuritaire nécessaire aux travailleurs et enseignants dans la région, à travers notamment la protection de tous les établissements éducatifs et des résidences rattachées. Même le premier ministre a exprimé sa colère. Abdelaziz Djerad avait affirmé que «toute atteinte ciblant la femme algérienne dans son intégrité, physique ou morale, est inacceptable». Mais au delà de la colère des uns et des autres, il y a lieu de s'interroger sur les raisons de ces attaques à répétition contre les logements des enseignantes' Avec trois invasions, il ne s'agit plus d'un fait isolé mais d'une nouvelle tendance pour les agresseurs. Est-ce que ces derniers s'attaquent à l'enseignante ou à la femme' Si c'est à l'enseignante, c'est l'école et l'enseignement qui sont visés. Il n'y a, cependant, pas de raisons qui le justifient. C'est donc probablement la femme qui est attaquée. Est-ce parce qu'elle représente une proie facile' Ou serait-ce dans le but de vouloir dissuader les femmes d'occuper seules des logements, même si c'est dans le cadre d'une noble mission'À toutes ces questions, il faut des réponses. Et la société est en droit de s'inquiéter car si les enseignantes se résignent et abandonnent leurs élèves dans les régions reculées, ce n'est pas seulement l'école qui aura perdu, mais toute la société face à l'obscurantisme.
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)